L’exposition « Nous, les autres » de l’artiste plasticien Ahmed Zelfani est une joyeuse quête de la quintessence de l’expression plastique. Dès qu’on accède au seuil de la galerie, nous nous sentons submergés par les couleurs chaudes et voluptueuses des toiles, si imprégnés que nous effaçons toute pensée lugubre et acceptons tout de suite le pacte de la jovialité, de l’envoûtement et du plaisir qu’offraient les créatures de Zelfani. Les couleurs accomplies avec maîtrise et savoir, prêtent aux personnages une force, de la grandeur et de la délicatesse. Ces derniers  s’imposent à nous en toute fraicheur, nous interpellent avec leur lyrisme assidu, nous comblent de leur merveilleux épatant. Charles Baudelaire avait qualifié les coloristes de « poètes épiques », l’artiste Ahmed Zelfani l’est sans doute !

On ne résiste pas, en effet, à entrer en symbiose avec les personnages créés, tant ils sont vivants de par l’expressivité  de leurs visages, la générosité de leur âme, la finesse de leur exhibition sur scène. L’abondance des couleurs sert à suggérer leur intériorité cachée, leurs vies sublimées. Nous la frôlons dans les trames invisibles, au niveau des lignes, des traits et des courbes délicatement structurées, minutieusement redressés.

Certainement, les « autres » de Zelfani ne sont pas « les autres » de Jacques Brel qui dérangent par leur grossièreté (Les bourgeois ou chez ces gens-là), ils ne sont pas non plus « les autres » infernaux de Jean Paul Sartre qui rendent la vie insoutenable. Ceux de Zelfani sont agréables, charmants et affectueux.

Ils sont « nous » parce qu’ils sont différents, en proposant une autre variété qui pourrait être nous, un revers, un pli, un air… Ce qui définit morphologiquement un visage, nous le savons tous ; ce que pourrait être un visage, son potentiel, seul l’artiste peut le suggérer, le proposer à travers les différentes possibilités, la multiplicité, l’étendu, l’infini, l’indéfini ; à travers le désordre et l’harmonie. Ils sont nous tout en étant les autres parce qu’on s’y retrouve, on s’y identifie, dans un regard, dans un sourire, dans un air de tristesse, de déception, de timidité, d’angoisse, de regret, de reproche. Il suffisait seulement d’un regard profond pour saisir à quoi ils pensaient, à l’instar de la toile « Femme au balcon », « L’homme à la fleur jaune », « Le grand souvenir », de quoi ils étaient intimidés, ou fatigués « le timide », « Ces gens las », dans quelle sphère de transe, ils jubilaient, « La Diva ».

C’est ainsi qu’à travers la matérialisation des figures et des silhouettes, l’artiste a peint les aspects immatériels de ses personnages, leurs émois, leurs tempéraments, leurs aspirations… l’étirement au niveau des formes tels que  la taille, le cou, le nez…, est une façon de se distinguer du commun, un mise en lumière de leur singularité, de leur sensibilité, spécifiques à chacun. Le peintre aussi désire se distinguer en sillant son propre chemin esthétique. Même si sa peinture nous renvoie à d’autres icones du paysage pictural universel, ceci reste dans le cadre de simples réminiscences de  la mémoire  inintelligible. L’artiste s’invente en déposant sa touche personnelle, créatrice et innovante !

Faiza Messaoudi 

   

« Nous, les autres » exposition de l’artiste plasticien Ahmed Zelfani

 Concept Store, Cité de la Culture

 Du 26 mars au 4 avril 2021