C’est le parti islamiste Ennahdha et ses satellites pseudo-modernistes (Ettakattul, CPR, Al-joumhouri, le parti du couple Abbou, etc..) qui ont jeté les bases idéologiques, politiques, constitutionnelles et juridiques de l’actuel système qui gouverne la Tunisie depuis 2011.L’on sait d’autre part que c’est l’ancien sous-secrétaire d’État pour le Proche Orient, l’américain Jeffrey Feltman, et qui avait dirigé la section politique de l’ambassade américaine à Tunis (1998-2000), qui peut revendiquer la paternité du brouillon de l’actuelle constitution, dont le seul objectif était de garantir la primauté de l’Islam politique sur toute forme de gouvernement, en garantissant sa suprématie sur la chambre des

Représentants. On était à l’époque où les Frères musulmans régnaient absolument sur la politique moyen-orientale de la maison blanche où un conseiller Frère musulman, avait l’oreille d’Obama et de Hilary Clinton.

Ennahdha continue donc actuellement à gérer ce système avec ses nouvelles satellites, Qalb Tounes, El Karama, Le parti des Abbou, Altayyar, et le parti Echaeb, mais aussi avec la connivence de fait de l’actuel résident de Carthage, en dépit des menaces de ce dernier de faire éclater le système en faveur d’une sorte de « Jamahiriyya » à la Libyenne, une forme de dictature, qui permet à un seul homme d’imposer son dictât, au nom d’une populace regroupée dans des Structures flasques et dont le seul objectif est de déstabiliser l’État de la République. Ajoutons aussi que l’extrême gauche représentée à l’époque par la défunte El Jabha, a servi surtout comme caution à ce système hybride destructeur et anti État, de par son idéologie anarcho-gauchiste et son activisme subversif.

Le piège se referme sur ses poseurs

Ce système a fini évidement par générer ses propres contradictions et à provoquer des conflits fratricides au sein même de ses initiateurs et au cœur même de l’Islam politique et en particulier du parti des Frères musulmans tunisiens Ennahdha. Faut-t-il rappeler que le système républicain basée sur la séparation des pouvoirs, législatif, judiciaire et exécutif, tel que décrit par Montesquieu, exige que l’État soit centralisé autour d’un seul chef, qu’il soit le Président du gouvernement dans un régime parlementaire ou le Président de la République dans un régime présidentiel ? Or nos ingénieux « révolutionnaires » avaient fini, lors d’une Constituante qui fera annales comme l’exemple à éviter à tout prix, dans l’Histoire politique des Nations, par créer, un pouvoir à trois têtes, contrôlées de surcroît par le seul parti islamiste, grâce à la fameuse constitution, ce qui poussa ces têtes à s’entre tuer en déstabilisant l’État, ceci au temps aussi bien de la troïka de triste renom, de BCE et ses deux premiers ministres, que du pouvoir issu des élections de 2019.

Les conséquences désastreuses de cette lutte pour le pouvoir, on le sait, ont paralysé les structures de l’État, ont charrié une classe politique des plus médiocres, ont fragmenté le pouvoir de décision, ont désorienté les institutions de la République et surtout ont favorisé la montée en puissance du pouvoir déstabilisateur de la plèbe, qui s’ingénie à saper l’autorité non du seul gouvernement, mais de toute autorité, nationale, régionale ou locale.

La grave crise économique et les menaces d’un embrasement social général qui pourrait provoquer une nouvelle révolte populaire, n’en sont que les conséquences de ce système bâtard, qui empêche l’instauration d’un gouvernement et d’un pouvoir central, capables de gouverner et de sortir le pays du gouffre.

Or cela, l’Islam politique est incapable, de par sa nature de le faire. La gangrène populiste a de surcroît, allumé un brasier sur lequel, soufflent aussi bien Kaïs Saïd qui troque souvent son habit de Président de la République contre l’habit de l’ultra-révolutionnaire, que Rached Ghannouchi qui sème à tout vent la discorde du haut de son perchoir à la tête d’un parlement moribond, peuplé d’énergumènes qui échappent à toute classification, qu’ils soient de gauche, de droite ou du centre, hormis de rares députés qui tentent de se faire entendre dans le vacarme et le tohu-bohu qui rappellent le souk de « Oukaz », mais sans la dimension poétique et épique. Un proverbe arabe dit : « Celui qui creuse un trou béant (al joubb) pour son frère finira par y tomber ».

 

L’Islam politique en Tunisie est tombé dans son propre piège et y repose dans le fond actuellement. Contrairement à ce que croient et propagent certains, ce n’est pas l’État tunisien qui s’écroule, c’est le pouvoir de l’Islam politique qui sombre et qui subit une chute vertigineuse. Quand des Bhiri, et autres tenants de l’Islam politique crient au désastre de la chute de l’État, c’est de leur État qu’ils parlent et non celui qui a été bâti par les pères fondateurs. Quand ils prétendent que « le plafond va s’effondrer sur tous » ce « tous » n’englobe nullement les patriotes qui attendent leurs heures pour reconstruire tout ce qu’avaient détruit les

Barbares qui sont passés par là depuis cette hideuse année 2011. Il englobe à coup sûr tous ceux qui ont fricoté avec Ennahdha, le long de ces dix années désastreuses, qui lui ont servi de caution «démocratique», et qui lui ont permis de continuer à régner. Ils passeront tous à la trappe, comme furent déjà les Marzouki, Ben Jaafer, les Abbou, les Fakhfakh et autres subalternes de l’Islam politique.

La trahison d’une partie de l’intelligentsia moderniste est la cause principale du désastre national. Car elle savait que la déferlante islamiste allait tout récupérer dès le début, mais elle a continué d’enfouir sa tête dans les sables, comme l’autruche, et a participé activement et hargneusement à démolir ce qu’ont construit de leur labeur et leur volonté, les bâtisseurs de l’État national. Ils étaient les métayers (khemmasa) d’une « révolution » dirigée par les têtes enturbannées islamistes. Leur silence actuel ont dit long sur leur trahison. Ils seront rattrapés par l’Histoire.

 

Le sursaut nationaliste, fossoyeur de l’Islam politique.

L’Islam politique est d’abord une idéologie antinationaliste, qui croit à une chimérique « Oumma » musulmane, et qui rejette l’État-nation. Sa théorie, crée par Al-mawdoudi, Hasan El Benna, et Saied

Qutb, considère que la reconstruction de la Oumma islamique, passe par la destruction totale des États dans le monde arabo-musulman, comme préalable à l’instauration de l’État islamique et la restauration du Califat.

Les Frères musulmans, une sorte de confrérie supranationale, dont la section locale est le parti Ennahdha, ont pour objectif stratégique d’œuvrer à la destruction de l’État national.

Le texte fondateur de l’organisation de l’islamisme tunisien est toujours en vigueur et n’a jamais été dénoncé ou amendé. Même ceux qui ont quitté le parti de Rached Ghannouchi, n’ont jamais fait la moindre allusion qu’ils sont désormais en désaccord avec ce texte. Tout au plus, ils ont fait état de divergences à propos de la ligne politique tactique de leur leader. Aucun parmi ceux qui avaient prêté allégeance à l’Emir ‘ Rached Ghannouchi ne le lui a retiré. Pour eux c’est un sacrilège.

 

Combattre l’Islam politique c’est d’abord combattre son idéologie. Seul le nationalisme tunisien, comme l’ont défini les pères fondateurs, Thaalbi, Bourguiba, Ben Youssef, Ali Belhaouane, Habib Thameur, Farhat Hached, Taher Hadded, etc.…est à même de combattre et de vaincre l’Islam politique, car il a institué les bases de l’État-nation, dirigé la lutte nationale contre le colonialisme et a réussi à le transformer en réalité historique. Toute les autres idéologies, communiste, nationaliste arabe, islamiste, ont non seulement combattu l’État-nation, mais en dehors d’une certaine gauche communiste qui a révisé sa vision, toutes les autres idéologies continuent à distiller une haine farouche à l’idée d’un État strictement tunisien et rien que tunisien. Lorsque Ali Belhaouane avait écrit son livre à propos d’ « al oumma al tounsia », idée bourguibienne par excellence, il a été combattu ainsi d’ailleurs que Bourguiba, par tous les idéologues du monde musulman. Or c’est l’essence même du mouvement nationaliste tunisien qui consiste à ne croire qu’à la oumma tunisienne et à l’État-nation tunisien. Évidement il faut faire une distinction entre nationalisme et patriotisme, car des islamistes, des nationalistes arabes, des communistes, des libéraux peuvent bien être des grands patriotes sans êtres nationalistes. Le nationalisme tunisien est une idéologie à part entière, le patriotisme est juste un sentiment d’appartenance à une patrie. Le patriotisme est une condition préalable au nationalisme mais elle est loin d’être suffisante. Pour combattre une idéologie, il faut une idéologie.

Seul le parti de Abir Moussi, jusqu’à maintenant hérite en tant que parti politique de cette idéologie, en digne héritier du nationalisme tunisien, ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas d’autres nationalistes tunisiens dans d’autres partis politiques ou indépendants des partis.

Il est sûr que le sursaut nationaliste tunisien qui se prépare, jouera un rôle majeur dans la libération de la patrie de l’emprise de l’Islam politique. L’idéologie du nationalisme tunisien a été marginalisée même au temps de Ben Ali. Certains destouriens avaient même appelé à l’époque à se défaire des idéologies, notamment de l’idéologie nationaliste au profit d’un bricolage, dit pragmatique, réduisant l’idéologie à un simple culte de personnalité en faveur de Ben Ali, ce qui a finit par vider le RCD de son essence militante et le transformer en une simple caisse de résonnance.

Le PDL en particulier a intérêt à tirer les conclusions qui s’imposent. Si les sondages d’opinion, lui restent largement favorable, l’encadrement idéologique devient pour lui encore plus que nécessaire.

Sans idéologie claire aux contours précis (Ce qui fait la force d’Ennahdha), point de salut pour un parti de combat. Mais le combat contre l’Islam politique nécessite un front qui fédère tous les nationalistes tunisiens et qui n’est aucunement un programme pour gouverner mais un programme politique pour éjecter l’Islam politique du pouvoir par la voix des urnes mais aussi par l’action politique de masse.

Lorsque ce front sera constitué, les partis électoralistes, n’auront qu’à se soumettre ou se démettre. L’Islam politique vit dans une crise structurelle profonde. Qu’un parti politique conservateur qui adhère au nationalisme tunisien naisse de cette nébuleuse, rien n’est moins profitable pour le pays et ce n’est pas à exclure.

Seul un combat idéologique sans merci contre les tenants de l’Islam politique est à même d’accélérer le retour de et à l’État-nation.

 

Moncef Gouja