« La maison Ennahdha » craque de tout part, ses piliers flanchent, ses murs se lézardent, son toit s’affaisse, et il ne lui reste que sa pierre angulaire et qui constitue son fondement, Rached Ghannouchi, mais qui ne tardera pas, lui, non pas à quitter Ennahdha (ou sa Présidence), mais à s’enfoncer durablement dans le trou noir de l’histoire des mouvements politico-religieux.

Rached Ghannouchi ne lâchera jamais la tête de cette mouvance, car il y va de sa propre sécurité et celle de sa famille et de ses héritiers. Comme BCE, il fait partie de cette génération de politiciens qui ne quittent leurs postes que les pieds devant. Bourguiba et Ben Ali ont été débarqués par des coups d’État, BCE fût sauvé d’un coup d’État in-extremis, mais Ghannouchi n’étant pas à la tête de l’État, il sombrera avec son bateau déjà ivre et chancelant sous les coups de boutoirs d’ennemis visibles et invisibles, dont et non des moindres ses propres lieutenants. Importe qu’il reste momentanément à la tête d’un parlement déjà moribond, le fait même que ses proches aient déclaré qu’il compte briguer la Présidence de la République, fera de lui une cible préférée de tous les prétendants et notamment l’actuel résident de Carthage, et cela contribuera à réduire Ennahdha à ses justes proportions (électorales et politiques) et mettra fin à dix ans de règne absolu de l’Islam politique en Tunisie. 

Un Islam politique non soluble dans l’État

Si l’Islam politique continue à prouver qu’il n’est point soluble dans la démocratie, l’exemple français le prouvant nettement maintenant au détriment d’une classe politique française dominée par la pensée unique, empreinte d’Islamo-gauchisme, il est encore moins soluble dans l’État. L’exemple tunisien l’a amplement démontré ces dix dernières années, où il régnait sans partage sur tous les gouvernements et sur toutes les institutions républicaines. Il a mené le pays à la banqueroute, à l’effondrement économique total comme l’a annoncé le nouveau Président du Gouvernement, à l’insécurité permanente, à la perte de la souveraineté nationale, à la généralisation de la corruption et surtout à ce que la paisible Tunisie se mue en quelques années en un grand foyer du terrorisme national et international. On n’a pas besoin de citer Macron, le président français, pour être convaincu que la Tunisie allait beaucoup mieux avant qu’elle ne tombe dans la toile d’araignée de l’Islam Politique.

Il s’ensuit que la seule voie pour sauver l’État-Nation tunisien de cette chute infernale est celle qui mène à expurger l’État de la gangrène de l’Islam Politique. Comment ?… Continuer à croire que la voie des urnes est la seule qui mène au salut (elle en est une) c’est ne pas connaître ces ruses dont seule l’histoire est friande. Il existe plusieurs autres chemins qui mènent à Rome.

Ce qui est certain c’est que la colonne vertébrale de l’Islam Politique qui est le parti islamiste Ennahdha est à la veille d’un effondrement irréversible. L’auto-sabordage est une de ces voies dont l’histoire garde le secret.

N’oublions pas que Ghannouchi est un capitaine aux abois et dont le navire chavire et les principaux lieutenants se sauvent et se jettent par-dessus bord. Comme BCE, il n’hésiterait pas à couler son propre navire pour ne pas le céder aux mutins, rappelons-nous, BCE n’avait pas fait autre chose avec Nidaa. On ne peut donc que l’encourager.

Ghannouchi est en train de devenir le pire ennemi d’Ennahdha et ça aussi c’est une spécificité de l’Islam Politique. Car son idéologie destructive peut le mener droit à sa propre destruction. L’histoire des courants radicaux dans l’Islam l’atteste assez bien et ce n’est pas seulement celle de Hasan al Sabbah chef des « Hashashin » (XIème).

Le retour de l’Etat-Nation

En dépit de multiples signes qui indiquent que l’État tunisien vit une crise très grave due aux coups durs qui lui ont été assénés par les islamistes et les Anarcho-gauchistes, sous des slogans pseudo-révolutionnaires, sa capacité de résistance surprend plus d’un observateur aguerri.

Tout d’abord, les institutions sécuritaires sont non seulement intactes, mais, exposées à l’adversité, elles se sont renforcées. Elles ont remporté toutes les batailles contre le terrorisme, malgré la proximité d’un des plus grands et plus dangereux foyers mondiaux près de nos frontières sud.

Progressivement l’État a recouvert son autorité sur toutes les régions et a mis fin à l’anarchie généralisée qui a perduré durant des années sous prétexte de « révolution ».

S’il est vrai toute fois que la criminalité a augmenté, cela est essentiellement dû au laxisme de l’appareil judiciaire qui reste contrôlé par L’Islam Politique comme tout le monde le sait. Une purge salvatrice de ce système devient impérative pour qu’il recouvre son efficacité. Le débarrasser de la main mise d’Ennahdha et de tous les groupuscules qui y ont élu domicile est une opération de salut public.

Il va sans dire que l’armée nationale a réussi à sécuriser nos frontières, ce qui a eu pour conséquence de neutralisation de la filière terroriste de Chaambi et de « normaliser » la situation dans cette région souvent instable. Contrairement à une idée reçue, l’existence de la contrebande dans les régions frontalières peut être jugulée non pas par la seule répression douanière, mais par l’abolition des réglementations et autres mesures qui enfreignent le libre-échange, héritées d’ailleurs d’un autre âge où l’État avait le monopole de l’importation. Ceci d’autant plus que ce qu’on appelle le marché parallèle est devenu le véritable marché et l’administration n’a aucune issue si non celle de s’y adapter.

Reste la fameuse affaire du Kamour, où quelques énergumènes continuent à narguer l’autorité, elle finira par être réglée par la négociation ou par la force ou les deux à la fois, mais le gouvernement a eu raison de ne pas recourir à la répression pour ne pas déstabiliser toute cette région frontalière où quelques kilomètres plus loin au sud se regroupent le plus grand nombre de terroristes au kilomètre carré dans le monde. De toutes les façons les pseudo-dirigeants de cette fronde sont déjà complètement isolés de la population de Tataouine à cause de leur excès.

Bref, le pronostic vital de l’État tunisien n’a jamais été engagé et il est clair qu’une nouvelle vague de patriotisme se prépare. En témoigne les sondages qui prêtent aux partis nationalistes (nationalistes tunisiens et non arabes) des scores historiques et surtout au PDL de Abir Moussi.

Ce réveil politique, même tardif, va avoir un effet d’entraînement sur le reste des formations politiques où ce qu’il en reste et se fera inexorablement au détriment de l’Islam Politique.

Reste le phénomène Kaïs Saied, qui n’est que le dernier soubresaut du révolutionnisme qui perdure depuis dix ans et dont l’influence va se rétrécir comme une peau de chagrin au fur et à mesure que la vague nationaliste gagne du terrain. Le seul danger qu’il constitue pour l’État, c’est qu’il se croit lui-même l’État mais n’est pas Louis XIV qui veut.

Il est aussi clair que le système politique et la constitution actuels sont les principaux responsables du chaos et constituent l’handicap majeur au retour d’un État fort, sauf qu’un État fort ne peut se faire avec l’Islam Politique au pouvoir.

La réforme de la constitution et le retour au régime présidentiel ne doivent se faire qu’après la réduction de l’Islam Politique à sa plus simple expression électorale, c’est à dire à moins de cent milles électeurs. Ceci est possible à moyen terme.

Je suis sûr que la crise économique et la future et incontournable crise sociale finiront par chambouler toute la donne politique. Ce gouvernement ou celui qui va le remplacer n’y pourront rien.

Par Moncef Gouja