Olivier Thibodeau, un critique canadien, a résumé en quelques mots, sur le site Panorama Cinéma, « la puissance tragique et politique » du court métrage de Slim Belhiba, le cinéaste tunisien auteur du film « Au pays de l’oncle Salem » En usant d’un dispositif narratif quasi muet.

Rappelons qu’avant l’apparition du cinéma parlant, puisque l’avènement officiel du parlant date du 23 Octobre 1927 avec la sortie à Hollywood du film « Chanteur du Jazz ». Slim Belhiba avait-t-il voulu renouer avec l’ancienne tradition du cinéma muet, qui n’utilisait aucune langue et qui était regardé dans le monde entier, en faisant parler uniquement l’image ? En effet le film de Slim Belhiba est très avare en parole, presque aucun dialogue et l’acteur principal n’a lâché tout le long du film qu’un « va te faire foutre » dite dans un dialecte tunisien tout ce qu’il y a de plus trivial. Comme si l’auteur a voulu jeter à la gueule de tout le monde, notamment les gouvernants actuels de la Tunisie, cette insulte dont le tunisien use à longueur de journée pour exprimer son ras-le-bol.

En tout cas, ce film « muet » ou presque a atteint son objectif : être compris par ceux qui ne comprennent pas l’arabe, mais qui comprennent le langage universel de l’image, puisqu’il vient de remporter deux prix du public, l’un en Belgique, au festival du film africain et l’autre au Maroc pour la 25 ème édition du Cinéma d’Auteur à Rabat. Ce film n’est évidemment pas connu du public tunisien car les organisateurs de nos festivals ne travaillent qu’en réseaux fermés pour ne servir que les copines et les copains en dépit du fait que c’est bien le Ministère Tunisien de la Culture qui a octroyé une subvention à l’auteur Slim Belhiba pour réaliser ce court métrage. La presse tunisienne et notamment les pages culturelles et les médias audio-visuels ont snobé superbement l’événement crée par l’octroi de ces deux prix. Il est vrai que l’auteur, originaire de Tataouine n’est pas le chouchou des médias du buzz, colonisés par les réseaux clientélistes habituels et que Slim Belhiba ne peut s’offrir le luxe d’organiser des réceptions, des beuveries ou même payer quelques café-crème.

Ce qui est curieux c’est que le Ministère de la Culture ne fait rien pour diffuser et promouvoir le produit qu’il a lui-même financé. Même les gens chargés de communiquer à ce sujet et payés grassement par les contribuables font comme si ces prix ont étés attribués à un étranger qui traite d’un thème qui n’a rien à voir avec la Tunisie.

Oncle Salem, protagoniste de cette petite histoire ne représente-t-il pas ces centaines de milliers de tunisiens qui servent dans le silence et la dignité leur patrie et son État qui n’hésite pas à les écraser par son ingratitude et par le népotisme qui la gangrène de plus en plus ?

Le pays de tarananni comme disait Ali Douagi, tout est à vendre et à acheter.

 

 Oueld Bled

 

 

                                                                                               Oueld Bled