La pandémie du Coronavirus chamboule tout. Non seulement le rapport de force mondial entre superpuissances, puisqu’en quelques semaines, la Chine semble arracher le rôle de leadership aux USA, et l’on a vu l’Union européenne éclater comme une bulle, et réduite à une bureaucratie sans emprise aucune sur les États et l’on assiste au retour fracassant de l’État-Nation, avec ses frontières, ses priorités, ses égoïsmes, son protectionnisme notamment en matière de médicaments et vaccins. Mais ce chamboulement se fait sentir aussi sur le plan philosophique et religieux. Dieu, dans sa grande et éternelle sagesse a-t-il voulut éprouver l’homme en lui envoyant ce virus tueur, capable de se propager à la vitesse de la lumière, faisant fi des frontières terrestres, maritimes et aériennes, n’épargnant aucune religion, aucune race, aucune ethnie, aucun peuple, aucune nation, aucun État, comme beaucoup, de toutes religions confondues et sans exception le pensent profondément, même s’ils n’osent pas toujours le dire. L’on est là devant un Dieu, terrible, vengeur, sans pitié ni clémence pour ses créatures, comme le décrit fabuleusement Karl Gustave Jung dans sa réponse à Job. Ou bien c’est la nature, qui reprends d’une façon imprévisible, fulgurante et mortelle, ses droits, pour châtier l’homme qui l’a très martyrisée, saccagée, meurtrie (jusqu’à créer le trou d’ozone) et qui, poursuivant ses lois physiques implacables, cherche à rétablir ses équilibres que l’homme tente depuis la révolution industrielle de rompre, comme le pensent tous les scientifiques, surtout les agnostiques parmi eux ?

Guerre contre le virus ou par virus interposé ?

Dès le début de la pandémie, l’on a vu le Président de la première puissance mondiale, Trump, mener la charge contre la Chine, premier foyer où est apparu le Coronavirus, jusqu’à appeler ce virus le « virus chinois ». Il accusait ce pays d’avoir caché au monde des informations cruciales, allant jusqu’à sanctionner l’OMS en bloquant les cotisations de son pays, pour « complicité » avec ce qu’Alain Peyrefitte appelait le Péril jaune. Les médias occidentaux se sont déchainés aussi contre ce pays qui produit plus de 60% des médicaments dans le monde (avec l’argent des entreprises européennes et notamment françaises), l’accusant de cacher le nombre réel des morts se basant selon certains services français, sur le nombre réel des cercueils (sic !) utilisés récemment et distribués par le gouvernement.  Bref la guerre médiatique fait rage entre puissants, pendant que le vilain virus fait des ravages et continue à semer la mort au cœur même du monde dit développé, faisant des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de contaminés.

Trump a même annoncé qu’une enquête sera ouverte pour déterminer comment s’est échappé ce virus mortel, et précisément dans la région du Wuhan où un laboratoire a été construit et cofinancé par les Français et les chinois, laboratoire spécialisé en virologie, dans l’espoir de trouver à l’époque, un médicament contre le virus du Sida. Selon la presse américaine, qui tire à boulet rouge contre la Chine, une manipulation des scientifiques a abouti (involontairement dise-t-elle) à donner naissance au coronavirus qui a contaminé un agent du laboratoire et qui à son tour a contaminé d’autres humains au marché de Wuhan. Après les accusations de Trump, les Anglais à leur tour et comme toujours se sont alignés sur la position américaine, suivis par les Français (Macron, qui oublie de dire que le laboratoire fût financé et crée par des scientifiques français), qui demandent maintenant des comptes aux chinois pour leur gestion de la crise sanitaire les accusant de cacher au monde des informations cruciales, aidé par cela par le Professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine, mais connu pour ses sorties médiatiques impétueuses et qui tout de suite  décrédibilisé par ses paires, pour sa théorie qui accuse les chinois d’avoir créé le virus. Bref Tous les grands alliés des américains sont partis en guerre, non seulement contre le coronavirus, mais surtout contre la Chine. Sauf que de l’autre côté, les russes font bloc avec leur allié chinois, devancés d’ailleurs par les cubains qui travaillent en collaboration avec la chine depuis le début. Curieusement les axes qui ont existé pendant la guerre froide refont aujourd’hui surface, sauf qu’entretemps les russes ne sont plus communistes et le chinois sont devenu les plus grands capitalistes de la planète. Il est clair donc que la guerre contre le coronavirus a tourné en guerre médiatique, économique et politique entre les puissants de ce monde, au détriment d’ailleurs de la solidarité nécessaire entre États et Nations pour en finir avec cet agent de la mort.

Pourquoi Dieu est-t-il mêlé chez nous à cette catastrophe macabre ? 

Un dicton attribué au prophète Mohammed ibn Abdellah (béni soit-il) rapporté par sa femme Aïcha et cité par la grand compilateur du Hadith Al Boukhari, et parlant de la peste (taooun) dit : « C’est un châtiment, que Dieu inflige à qui il veut et c’est une bénédiction pour les croyants. Tout homme, atteint par ce mal et qui se confine (yamkouthou) dans sa maison, en faisant preuve de patience, et qui se remet à Dieu, sait que rien ne l’atteint que ce que Dieu lui a prédestiné, aura la même récompense que celle du martyr (Donc le paradis). »

Un autre dicton attribué aussi au prophète considère que l’épidémie (waba) est une épreuve divine et conseille aux fidèles de ne pas rendre visite aux personnes atteintes et de ne pas fuir la zone dans laquelle, elle s’est déclarée quad on s’y trouve. Bref d’appliquer ce qu’on appelle aujourd’hui le confinement et la distanciation. Il faut rappeler qu’à cette époque les arabes avaient quelques longueurs d’avance en Médecine sur le monde occidental (2ème siècle de l’Hégire). Il est connu que le Coran a traité dans plusieurs versets, la question hautement théologique de «el imtihan», l’épreuve dont celle que Dieu infligea au prophète juif Job, (Ayyub dans le Coran). Cette question métaphysique est remise à l’ordre du jour par tous les doctes en religion musulmane, à travers les sites internet, les chaînes TV et radios, et tous les moyens d’information, les prosélytes y voyant là une belle occasion pour propager leurs croyances religieuses, mais aussi pour se défendre contre la montée en puissance de la science qui s’avère être le seul moyen pour faire face à la pandémie. D’ailleurs, les États musulmans les plus théocratiques comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran ont agi comme tous les États laïques en cherchant à tout prix à se procurer les médicaments et les outils nécessaires pour empêcher la pandémie de se propager à l’intérieur de leurs frontières.

L’on remarque curieusement qu’en Tunisie, les partis islamistes et Ennahdha particulièrement, ont agi comme tous les partis modernistes sans essayer de favoriser la récupération religieuse et sont même allé jusqu’à interdire via le gouvernement auquel ils sont associés et notamment le ministère des affaires religieuse qu’ils contrôlent complètement la prière du Vendredi et la fermeture des mosquées, ce qui les prive de fait de leur formidable réseau de propagande, évolution notable sur le plan strictement doctrinaire, mesures d’ailleurs partagées par tout le monde musulman, particulièrement en Arabie Saoudite, qui est allé jusqu’à interdire le petit pèlerinage (la oumra) et interdira sûrement le grand pèlerinage (le Hajj) si la pandémie continue. Reste Ramadhan ? Évidement on ne manquera pas de polémiques mais il est certain qu’on continuera à le fêter par la sur bouffe, comme d’habitude.

Si Dieu revient en force dans cette épreuve (mihna pour utiliser un concept coranique) chez nous ou ailleurs, ce n’est point à cause des religieux, mais pour une raison plus métaphysique : La mort qui menace tout le monde et s’installe partout, nous interpelle sur la signification et le sens de la vie. Aidé par le confinement, et les annonces morbides partout et tout le temps puisque les États annoncent quotidiennement le nombre, de leurs morts par le coronavirus, de leurs citoyens contaminés ou guéris, nous avons tous tendance à se tourner vers Dieu cette entité transcendante, invisible, mystérieuse qui est partout (là où vous tournez la tête il y a la face de Dieu) et selon les mystiques comme El Hallaj, il est même en nous-mêmes, (ma bil joubbati illa allah). Même les plus agnostiques et les libres penseurs ont créé leur propre Dieu qu’ils appellent tantôt la nature tantôt l’homme. Il s’est créé donc une ambiance et un environnement propice pour la haute spiritualité, chose qui ne tardera pas à laisser ses traces dans les cœurs des hommes, même les plus hâtés.

Kaïs Saïed et le retour au mythe

Mais l’exception tunisienne est aussi au rendez-vous. Voulant occuper aussi le terrain religieux, fief traditionnel des islamistes, notre très pieux et atypique Président de la République a voulu mettre son grain de sel dans ces questionnements métaphysiques. Oubliant le Coran et le prophète notre, président s’est apparemment entiché de Omar Ibn El Khattab, troisième Calife musulman, que la tradition sunnite a transformé en mythe et mort assassiné dans la mosquée de Médine par un esclave converti, mystère jamais élucidé par ailleurs. Mais ignorant la vraie histoire de Omar, Kaïs Saïed, n’en a retenu que les visites nocturnes aux plus démunis, particulièrement à cette femme qui n’avait pas de quoi nourrir ses enfants et à qui Omar a amené de la farine et c’est lui-même qui a cuisiné la Assida, purée de semoule sur un feu de bois. Mais KS ne sait pas que ce même Omar, si l’on croit les historiens comme Tabari, aurait enterré sa fille (waad), il est vrai, avant sa conversion à l’Islam, tradition à l’époque du paganisme, très fréquente, pour ne garder que les enfants mâles. Mais depuis, des spécialistes de la censure ont épuré la tradition de ces informations qui portent atteinte aux mythes. Mais Dieu est miséricordieux et l’on ne peut que se féliciter que notre Président veuille suivre les traces de Omar Ibn El Khattab. Et de loin je préfère ce mythe positif que fût Omar à Ben Laden puisque malheureusement on est amené à choisir entre les deux par ces temps où l’ignorance de notre propre histoire vient remplir le vide sidéral que connaît notre conscience historique.

Sauf que Notre Président qui a fait montre d’une grande ingéniosité quand il s’agit de dépasser les limites que lui trace la constitution, est devenu le chef incontesté de l’Etat puisqu’il tient périodiquement des réunions qu’il préside du Haut Conseil National de la Sureté, marginalisant de fait le chef du gouvernement, qui en profite pour s’éclipser et faire profil bas, alors que la situation, exige de lui, le chef suprême de l’exécutif, une présence quasi permanente. Il laisse passer l’orage et refile le cadeau empoisonné à son patron qui continue à nous abreuver de discours surréalistes et pompeux. Pendant ce temps, les députés continuent à se déchirer sur les affaires de corruption réelles ou supposées, comme cette histoire de « masques » qui vient rappeler le disfonctionnement du système politique. D’ailleurs une affaire qui n’a pas lieu d’être, puisqu’aucun contrat n’a été signé. Tapis dans l’ombre Rached Ghannouchi continue à surveiller ses adversaires et ennemis, pour mieux les éliminer au moment voulu. Le coronavirus fera certainement des victimes parmi le personnel politique actuel. Mais pas forcément ceux qu’on croit. Car, comme dans les sociétés primitives il faut bien des boucs émissaires qui seront sacrifiés pour exorciser le mal et chasser le diable. On le saura bientôt !

Par Moncef Gouja