Dans une interview accordée le 8 Mars à un quotidien de la place, le tout nouveau Président du Gouvernement, Elyes Fakhfakh, s’est voulu « direct » et « Franc ». Il a déclaré qu’au cas où le FMI ne débloque pas la sixième tranche de prêt, de 1,3 MD avant le 20 Mars prochain, le gouvernement serait dans l’incapacité d’honorer ses engagements, vis-à-vis de ses salariés et peut être aussi vis-à-vis de ses créditeurs dans le remboursement de ses prêts. Il a en outre affirmé que le taux de croissance, estimé dans le budget à 2,7 ne dépassera pas le 1%, mettant ainsi à nu les mensonges que n’a cessé de propager son prédécesseur et surtout son mentor Youssef Chahed (qui a proposé son nom au Président de la République Kais Said) sur la bonne santé de l’économie tunisienne.

Elyes couvre son copain Youssef

Ce qui est incroyable c’est que le parti de Youssef Chahed qui a mené le pays à cette faillite fait partie de cette coalition et s’est vu accorder un ministère clef pour impulser l’investissement (sic !!). Mais il n’est pas le seul parti politique qui est responsable de la faillite du pays puisque le taux d’endettement a atteint le chiffre record de 80% alors qu’il ne dépassait pas le 45% au temps « de la dictature », le parti islamiste Ennahdha qui depuis 2011 dirige effectivement le pays est aussi la véritable formation qui dirige actuellement le gouvernement Fakhfakh et qui est responsable de la banqueroute de l’État. Lui-même Elyes Fakhfakh était ministre des Finances au temps de la Troïka et a contribué directement à délester les caisses de l’État au profit de supposés victimes de « la dictature ». Le cynisme avec lequel il vient de promettre aux tunisiens de geler leurs salaires alors que l’inflation réelle, et non celle annoncée par les ministres de Chahed a atteint un stade intolérable et une grande partie de la classe moyenne a basculé d’une façon vertigineuse dans la pauvreté. Encore une fois, comme son prédécesseur, il en appelle aux sacrifices des plus démunis et des citoyens les plus frappés par la crise, au lieu d’aller chercher l’argent chez les plus riches, notamment ceux qui ont accumulé des fortunes colossales dans cette phase dite « révolutionnaire ». Il ne va surtout pas chercher l’argent chez les banques qui font des taux de bénéfices monstrueux sur le dos de l’État dont ils sont devenus les véritables créanciers pour boucler les déficits faramineux des différents budgets ; cet État même qui les fournit en liquidités via la banque centrale. Il n’ira pas non plus chercher l’argent chez les contrebandiers qui contrôlent 54% de l’économie. Il ne fera rien pour taxer les centaines de ministres, Présidents, Présidents du parlement retraités, qui continuent à toucher l’équivalent de salaires de ministres, faisant de notre pays un cas unique dans le monde qui garantit une rente politique à vie. Il ne fera rien pour rééquilibrer l’assiette fiscale, en faveur des petites et moyennes entreprises et mieux taxer les entreprises les plus riches, car ce sont celles-là mêmes qui l’ont poussé vers ce poste, notamment les lobbys d’argent. Non, contrairement au titre de social-démocrate dont l’affabule une certaine presse française, Elyes Fakhfakh est un ultralibéral convaincu comme il vient de l’annoncer, sauf que le seul parti politique ultralibéral qui soutient pour le moment son équipe n’est autre que le parti islamiste Ennahdha.

Le Coronavirus à la rescousse de Fakhfakh

Qu’il se proclame de Kaïs Saïed, qui est un objet politique non identifié (OPNI), et de sa légitimité, est une chose, qu’il gouverne selon le programme tracé par les experts du FMI et de la Banque Mondiale lors de l’élaboration du Budget 2020 et entériné par une assemblée peuplée de populistes aussi crétins qu’ignorants, c’est une autre paire de manche. Ce programme annoncé par Elyes Fakhfakk, va non seulement ruiner les moyennes et petites entreprises, mais il va surtout envoyer au chômage des milliers de salariés, sans pour autant stopper l’inflation ni réduire le déficit budgétaire. Anticipant cette catastrophe dans laquelle est précipitée le pays, et pour échapper à sa responsabilité, il a invoqué l’épidémie du Coronavirus qui jusqu’à maintenant n’a fait qu’effleurer le pays… Le roi UBU n’aurait pas dit mieux et cela ne mérite aucun commentaire. La chine et l’Italie qui subissent les conséquences de ce fléau, et ses répercussions sur leurs économies respectives, n’ont jusqu’à maintenant rien évoqué de tel. A l’évidence notre Président du gouvernement cède à la panique. Fini les fanfaronnades dont il nous a écorché l’oreille, avant qu’il ne soit mis devant cette réalité cruelle : Le pays est au bord de la cessation de payement comme il l’a si bien précisé dans l’interview. Mais lui et ses copains n’ont pas le courage du Premier Ministre libanais qui a déclaré que son pays ne payera pas sa dette, car ce sont justement le FMI et la Banque mondiale via des chemins tortueux qui ont propulsé Monsieur Elyes Fakhfakh à ce poste d’homme le plus puissant constitutionnellement dans le pays ; Mais pour le moment, il n’est que le premier des Ministres et son gouvernement, constitué d’ailleurs en partie par Kaïs Saïd, qui a usé de la faiblesse de son protégé pour étendre son pouvoir et l’Intérieur et à la Justice.

L’OS de l’UGTT

A l’évidence Monsieur Elyes Fakhfakh se trompe quand il déclare dans la même interview, qu’il va pouvoir négocier avec l’UGTT, comment faire avaler la couleuvre du gel des salaires à la centrale syndicale. Tout d’abord, il y’a des accords salariaux signés avec le gouvernement Chahed, ainsi qu’avec ses prédécesseurs que ces derniers n’ont pas honoré, ce qui explique le retournement spectaculaire, de la centrale contre Y. Chahed. Ensuite on est à la veille d’un congrès très conflictuel et la direction actuelle ne peut pas jouer avec le feu, au risque d’être débordée, et le seul atout qu’elle aura si elle veut passer l’amendement qui l’autorise à rempiler c’est de jouer la carte de la radicalisation. Enfin, la base syndicale et l’immense majorité des salariés ne se laisseront pas faire. Donc de ce côté-là, même si la direction de l’UGTT l’a aidé à faire passer son gouvernement ce n’est que pour mieux lui ligoter les mains.  Ajoutons à cela la décision d’Ennahdha de faire tomber son gouvernement avec Qalb Tounes, après lui avoir collé la responsabilité de l’échec, ce n’est pas « le peuple » de Kaïs Saïed qui va lui sauver la tête. Pire sachant que ce dernier tire continuellement sur l’Etat comme il l’a prouvé récemment à Ben guerdan, il choisira son moment pour le lâcher à son tour. Elyes Fakhfakh nage depuis le début en eaux troubles, et comme il ne semble pas avoir ni l’expérience ni le talent pour affronter le cyclone qui s’annonce, parions que son bateau n’arrivera jamais à bon port.