La catastrophe générée par la pandémie du Coronavirus frappe tous les pays du monde, tous les Etats, tous les gouvernements, qu’ils soient démocratiques, dictatoriaux, royalistes, à régimes présidentiels ou parlementaires, que la population soit, blanche, noire, jaune, ou mulâtre, que le pays soit pauvre, riche, extrêmement riche, très développé, émergent, extrêmement pauvre… Elle frappe aussi les chrétiens, les musulmans, les juifs, les hindouistes, les bouddhistes, les animistes, les hâtés, les sans religions, les fanatiques, les mystiques, les adorateurs du diable, sans distinction aucune, à une vitesse foudroyante, et a fait déjà plusieurs milliers de morts et a contaminé certainement plusieurs centaines de milliers d’hommes et de femmes. C’est le danger le plus terrible, le plus imminent, depuis la guerre planétaire, le plus implacable, et le plus meurtrier et ni, les rois, les princes, les présidents les chefs des gouvernements, ni les plus riches, ni les plus puissants ne sont épargnés, sauf en cas de confinement absolu, très absolu. Certains diront que c’est une malédiction de Dieu, d’autres que c’est la nature qui reprend ses droits sur l’homme qui l’a très malmenée, sacrifiée, meurtrie…

Ni Dieu ni la nature, seul l’homme sauvera l’homme 

Importe, ce ne sont ni les Dieux, ni la nature d’elle-même qui sauveront l’humanité de ce fléau, mais bien l’Homme. Plus précisément les femmes et les hommes, scientifiques de leur état, chercheurs, médecins, infirmiers, qui affrontent déjà avec vaillance le virus mortel, mettant à tout instant leurs vies en danger. Des vrais héros, souvent anonymes. Mais il existe surtout une autre catégorie qui a un rôle crucial et déterminant, les femmes et les hommes qui détiennent le pouvoir politique et qui décident des politiques sanitaires et des mesures économiques et sociales à prendre, à chaque instant, à chaque heure, parfois à chaque minute. C’est là où le bât blesse chez nous. Cette trempe de femmes et d’hommes, qui peuvent juguler les effets catastrophiques non seulement de la pandémie, mais surtout de ses conséquences, sur l’économie, le social, le sociétal, le culturel, le religieux, l’éthique individuelle et communautaire, qui fait défaut actuellement à notre pays, car non pas que ces femmes et ces hommes n’existent pas, mais c’est que notre pays a vécu une tragédie pendant plus de neuf ans, où on a systématiquement nivelé par le bas, sous couvert de slogans creux pseudo-révolutionnaires, en renversant la pyramide du pouvoir politique , en menant une chasse aux sorcières et une inquisition généralisée contre les élites qui ont construit l’Etat-Nation tunisien, favorisant de facto, l’émergence de toute une classe politique nouvelle qui a pris toutes les commandes de l’Etat et qui a fait table rase de tous les acquis qui ont fait la force de la Tunisie post-indépendante. Cette nouvelle classe est composée d’islamistes , de gauchistes, de nationalistes arabes, de pseudo-démocrates, de djihadistes  qui ne s’en cachent même plus, de pseudo-technocrates , de fonctionnaires pourries, d’anciens délateurs de la police et même de contrebandiers notoires , d’hommes d’affaires sulfureux, qui tous crient qu’ils ont été élus par « le peuple », alors qu’en réalité , ils furent poussés au pouvoir, par des lobbys, des tribus, des clans, des castes, de puissances étrangères, tout ça au nom de la démocratie et de la « révolution » .Maintenant nous sommes face à notre terrible destin et nous aurons ce que nous méritons. L’Histoire ne pardonne pas aux peuples qui ont hypothéqué leur futur, dans une hystérie collective dite « révolution », qui a fini par mettre le pays à genou, à détruire totalement le tissu économique du premier pays émergent de l’Afrique (en 2010), à multiplier par trois la dette publique à transformer un Etat fier et souverain à un Etat mendiant et vassal, un Etat infiltré par les espions de tout bord, par des réseaux mafieux et corrompus, qui ont saigné le pays à blanc, notamment les six milliards de dinars, laissés dans ses caisses par l’ancien régime, comme trésor de guerre. Pour affronter le fléau, par exemple le gouvernement actuel, qui a promis de mobiliser 2,5 milliards de dinars ne peut compter que sur un peu plus de 1,1 milliards de dinars que va lui octroyer le FMI. Alors pour trouver le reste de l’argent manquant pour combler le déficit budgétaire et faire face au péril, il n’a d’autres choix que de saigner encore une fois à blanc les pauvres citoyens pour la plupart issus de la classe moyenne, déjà exsangue, qu’on ne peut plus désigner que par la classe des nouveaux pauvres.

La vraie catastrophe : Le crash économique et l’appauvrissement général 

Le pays finira par vaincre la pandémie, on ne sait pas encore à quel prix. Nos gouvernants profitent du choc que subit la population pour détourner son attention de la situation catastrophique que vit le pays. La solidarité horizontale entre citoyens est nulle, et le principe que « chacun pour soi » est devenu une loi générale et il ne faut donc pas s’attendre à ce que la générosité sociale et l’entraide seront au rendez-vous lorsque le moment de vérité économique, conséquence de la banqueroute délibérée organisée par les prédateurs pointera du nez. C’est une question de semaines, surtout qu’on ne peut compter sur aucun Etat frère ou ami, dans ces moments difficiles pour tout le monde. Avec la catastrophe qui frappe le secteur touristique et la mauvaise récolte due à la sécheresse, qui vont envoyer des centaines des milliers de salariés au chômage, ce ne sont pas les 300 milliards annoncés pour le secours des plus démunis, et à condition qu’ils leurs soient réellement versés, qui pourront atténuer les effets multiplicateurs de la catastrophe. Au lieu du 2,7% de croissance annoncés par les planificateurs, on aura à la place, une croissance largement négative (-2, probablement, selon certains experts) et des milliers de nouveaux chômeurs. Le tissu économique traditionnel est en cours de désintégration, et seul le secteur informel et la contrebande se développent. Les ressources de l’Etat vont se raréfier et il ne peut plus compter sur la « générosité » de la Banque Mondiale et du FMI. Encore moins sur le soutien de l’UE qui déjà fait faux bond à un de ses membres, le plus durement frappé par la pandémie : L’Italie.

Le gouvernement tunisien, constitué par les lobbys, va tout faire pour faire payer la classe moyenne le prix de cette catastrophe annoncée. Ce gouvernement, ne viendra pas en aide aux petites et moyennes entreprises qui croulent sous les dettes. Il n’obligera pas les banques qui ont fait le long de ces neuf années, des bénéfices record, à annuler ces dettes des plus fragiles tout ou plus elle demandera un rééchelonnement pour ceux uniquement qui auront les moyens de payer. Les autres seront laissés sur la route. Les mesures prises par le gouvernement, applaudis par certains vont dans ce sens, quoiqu’il n’est pas sûr qu’il puisse tenir ces promesses. Il est aussi presque certain, que nos milliardaires et nos riches ne vont pas de leur plein gré mettre la main à la poche. Ils invoqueront certainement la crise financière qui frappe leurs entreprises, et demanderont encore plus à l’Etat.  

Devant cette catastrophe annoncée, le citoyen Lambda, n’a que ses yeux pour pleurer. Fini depuis longtemps, l’Etat providence, protecteur et qui vole au secours des plus démunis. Les organisations syndicales épuisées par des années de chahut et des vociférations corporatistes, ne peuvent rien obtenir de ce gouvernement, comme d’ailleurs l’a annoncé le chef du gouvernement. Des grèves, des protestations, des déclarations, des menaces… Cela ne servira à rien car la plus belle des filles (le gouvernement) ne peut donner que ce qu’elle a, or elle n’a rien ou très peu. Le pire arrivera quand les citoyens exacerbés, voudront se faire justice eux-mêmes, comme certaines prémisses le laisse entrevoir. L’on a vu des citoyens détourner à leur profit des camions de farine, d’autres brader la mise en quarantaine pour chercher à gagner un peu d’argent pour se nourrir hormis les menaces et les sanctions judicaires, qui ont frappé des contrevenant. Il arrivera un stade, où la répression sera inefficace si cela dure plus que de raison. Alors si le phénomène s’aggrave le gouvernement risque de faire face à une rébellion civile, que personne ne souhaite car nous avons plus que jamais d’ordre et de discipline.

L’autorité n’est pas l’autoritarisme

Ce qui sape l’autorité de l’Etat, ce ne sont pas les pauvres bougres, qui ont attaqué les camions de farine, mais ceux qui par illumination ont voulu remplacer l’Etat de la République par une sorte de jamahiriya à la khaddafi, sous le slogan creux « Le peuple veut ». Ceux qui ont lancé un programme pour émietter encore plus, ce qui reste de l’Etat de l’Indépendance. Ceux qui, croyant flatter le peuple en lui faisant miroiter le mythe d’un pouvoir direct, sans passer par des institutions républicaines qui ont fait leurs preuves, ont provoqué les bas instincts de l’homme primitif qui ne reconnaît aucune autorité sauf celle de ses propres désirs individuels et forcément égoïste. L’Humanité a mis plusieurs milliers d’année, avant de faire émerger l’Etat moderne tel qu’il existe aujourd’hui chez les peuples civilisés. Appeler à anéantir l’Etat tel qu’il se présente aujourd’hui chez nous, fruit d’un dur labeur des élites réformistes, c’est la porte ouverte au retour de la barbarie où règnent les tribus, les clans, les castes, les chefs de guerre et tous les lascars de tout acabit. Il ne sert à rien d’envoyer l’armée patrouiller dans les rues si le chef de l’armée lui-même enfreint la loi et se déplace, non par nécessité du devoir mais pour aller déposer une somme d’argent à un bureau de poste (Il ne manquait plus qu’il ne fasse la queue) quel que soit la noblesse du prétexte, et devant les caméras, alors que les circonstances exigent l’humilité et la discrétion quand on veut accomplir un tel devoir. L’autorité vient de l’expérience et du charisme et non de déclarations pompeuses et illisibles. Gouverner par l’autorité est un art que ne peuvent posséder les incultes politiques et les inexpérimentés. Faute de cela on ne fera que rentrer tôt au tard dans le mur. Or ni l’intérêt du pays ni la grave situation dans laquelle elle sombre ne nous autorise à nous taire. Le vrai problème est que nous sommes devant une situation inédite. Le pays a besoin et doit avoir des gouvernants à la hauteur des terribles menaces qui se profilent à l’horizon. Le gouvernement actuel n’a ni le savoir-faire ni les moyens de maîtriser la situation. Il ne suffit pas de faire des discours et de proclamer des mesures que rien ne prouve qu’ils soient bien exécutés. Le manque d’humilité est une tare chez les hommes politiques. C’est un crime quand ils sont au pouvoir.

 

Moncef Gouja