La gifle, le crash, la punition, le châtiment, le coup de pied au derrière, le rejet, autant de qualificatifs, qui ont fait le bonheur des médias locaux, pour résumer le résultat du premier tour du scrutin présidentiel, qui s’est déroulé le 15 septembre 2019 en Tunisie et qui a renvoyé 24 des 26 candidats à leur chères études, pour être poli, car c’est à la poubelle de l’histoire (politique), pour la plus part, que les citoyens, en majorité, ont décidé de les jeter, qu’ils soient de gauche, de droite, du centre, islamistes, marxistes « révolutionnaires », libéraux, déstouriens ou nationalistes arabes.

Les électeurs, comme pour illustrer leur choix, ont envoyé au second tour, deux personnages atypiques, sans passé politique connu, hormis une vague appartenance de l’un deux au défunt Nidaa Tounes du feu Président Caïd Essebsi, en dotant Kaïs Saïd de 18,4% et Nabil Karoui de 15,58% des voix, le taux de participation avoisinant les 49% des inscrits. Ce n’est nullement une surprise, car les sondages les plaçaient depuis quelques mois toujours en tête, sans discontinuité, alors que la place des autres candidats potentiels à l’époque, variait au grès de la conjoncture. On sentait la colère des citoyens monter, depuis que le pouvoir d’achat de la classe moyenne et des couches les plus pauvres chutait dangereusement, contre tous ceux qui leurs ont promis monts et merveilles après 2011.On devinait leur haine du nouveau Establishment, maintes fois exprimée, mais on ne croyait pas les électeurs capables de porter leur choix sur ces deux outsiders, que les têtes bien pensantes prenaient pour des rigolos, sans passé politique, sans expérience dans la gestion des affaires de l’Etat, sans partis politiques qui assurent une présence permanente dans la scène politico-médiatique, et même pour Kaïs Saïd, sans argent, sans courtisans, sans charisme et sans vision politique, hormis des bribes d’idées tirées du livre vert de Khaddafi visant à transformer la République en Jamahiriya en abolissant le parlement, les institutions républicaines, les partis politiques, pour les remplacer par des structures hybrides sensées représenter le peuple.

L’islam politique et la descente aux enfers

Les résultats du scrutin prouvent que le parti islamiste Ennahdha est passé de 1 million de voix en 2014 à moins de 400 000 voix en 2019, soit une perte sèche de 60% de son électorat. Pourtant le candidat Abdelfettah Mourou, jouissait jusqu’alors d’un large courant de sympathie jusqu’à chez les laïcs irréductibles, étant aussi un islamiste atypique. Ni la puissante machine électorale, du parti islamiste, appuyée par les dizaines de millions de dollars injectés, ni les boites de conseils européennes et américaines consultées à coup de centaines de milliers d’euros, ni le nouveau look de Rached Ghannouchi et son discours mielleux en direction de l’Occident, n’ont pu empêcher la chute vers les enfers des islamistes tunisiens.

Pour la majorité des tunisiens et des électeurs, ils sont « pourris » comme les autres, voyant leurs dirigeants s’enrichir à vue d’œil, prendre du ventre, signe d’un enrichissement rapide pour le tunisien moyen, et rouler en limousines et autres 4/4 et se pavaner dans les hôtels de luxe et les restaurants chics de la banlieue nord. Leurs Gourou Rached Ghannouchi, ne voyage-t-il pas en avion privé et n’a-t-il pas fait plusieurs fois le tour du monde, au moment même où un haut cadre de l’administration ou un grand commis de l’Etat retraité ne peut plus, lui et sa famille, manger un plat de viande par semaine. Sa fille, soudain très friquée ne paye-t-elle pas, environ 120 millions de millimes comme frais de scolarité à l’étranger pour ses deux enfants ? Les électeurs savent tout ça et plus, grâce aux médias tunisiens et hormis les irréductibles franges islamistes de la société qui continuent à voter pour le parti de Dieu, l’écrasante majorité des tunisiens ont vomi, cette mouvance rétrograde et réactionnaire de la scène politique. En plus, la maison Ennahdha craque de tout part et des guerres fratricides et meurtrières se sont déclarées en son sein mettant en cause le contrôle absolue de Ghannouchi, de son fils et de son gendre, sur les deniers et les structures du parti. La débandade électorale qui risque de se confirmer aux législatives, va finir par faire éclater cette construction organisationnelle faite par Rached Ghannouchi à sa mesure et donner naissance à une multitude de micro-partis sans envergure.

La gauche écartée et écartelée

Autre victime, de cette vague antisystème, l’ex extrême gauche du temps de Ben Ali, transfigurée au grès des années postrévolutionnaires en gauche caviar ou gauche loup comme l’appellent les tunisiens .Son Leader Hamma Hammami, qui n’a jamais travaillé de sa vie, se pavanant en des voitures luxueuses, flanqué de gardes du corps, se faisant filmer à Roland Garros et portant de costumes ciselés, ne trompe plus personne quant à son appartenance au prolétariat. Tenant toujours un discours dont le lexique appartient à la logomachie révolutionnaire des étudiants rebelles des années soixante dix, et après avoir longtemps fait alliance avec l’Islam politique, il se paye le luxe de provoquer une scission fatale au sein de la Jabha, Front Populaire pour la seule raison qu’il a décidé d’être le seul candidat à la Présidentielle, pou finir de récolter moins de 20 milles voix. Les deux autres ténors de cette mouvance, n’ayant pas dépassé les 0,2%. Les tunisiens ont définitivement donné le coup de grâce à cette gauche stupide et archaïque et la grande partie de ses cadres sont allés naturellement rejoindre les partis centristes, contribuant ainsi à enterrer une mouvance pourtant historique et ayant joué un rôle fondamental dans les luttes démocratiques du temps de Bourguiba et de Ben Ali. Mais pour avoir ignoré une loi de la nature et de la vie, la loi de l’adaptation à l’environnement et à l’étape historique, cette gauche, déjà moribonde, a rendu définitivement l’âme sous les coups de boutoir d’un électorat qui a décidé de prendre son destin en main. Il existe cependant une autre gauche, non représentée par les partis. Une partie d’intelligentsia, voire de la classe moyenne s’identifiant aux valeurs du progrès et de la modernité, se situant politiquement au centre, résolument anti intégriste et farouchement souverainiste qui depuis longtemps avait rompu avec les groupuscules cryptocommunistes. L’éradication électorale des groupuscules actuels censés la représenter peut donner lieu à une nouvelle recomposition politique, la nature craignant le vide. Comme tout le spectre politique vit une crise d’identité, il est possible de voire ressurgir des formations nouvelles après cette étape qui prendra fin avec les législatives.

Les partis du centre massacrés

Au centre, on s’attendait à la catastrophe, car la famille centriste élargie, est partie au scrutin énormément divisée. Pour la plupart, transfuges du parti Nidaa Tounes fondé par BCE, et ayant été pour la plupart aux affaires, on savait qu’ils allaient être sanctionnés, surtout qu’ils se sont livrés à une guerre fratricide sans merci. La première et la grande victime de cette sanction fût évidement Y Chahed, actuel chef du gouvernement qui a crée, avec son cousin et ami Selim Azzabi, ex chef du cabinet de BCE, et au forceps une nouvelle formation qui a regroupée des caciques de l’ancien régime et des transfuges de l’ex PDP, en s’appuyant sur l’appareil de l’Etat, mobilisant des moyens financiers énormes et utilisant des moyens pas toujours catholiques pour arriver à leurs fins. Obtenant à peine 7% des suffrages au premier tour, tout indique que le compte à rebours a commencé pour ce parti crée ex nihilo pour servir les ambitions illimitées d’un homme trop pressé pour conquérir la magistrature suprême. Son échec patent à redresser la situation économique catastrophique, à stopper l’appauvrissement accéléré de la classe moyenne, à ralentir la chute vertigineuse du dinar, à limiter l’inflation et ayant poussé le pays vers un endettement faramineux ont fini par le rattraper et a lui assainir le coup de grâce.

Un autre candidat, Abdelkrim Zbidi, ministre de la Défense Nationale, qui, à la dernière minute a déposé sa candidature, soutenu par une nomenklatura qui, jusqu’à maintenant, était connue pour être la faiseuse des Rois, n’a pu décrocher que la quatrième place loin derrière le candidat islamiste. Lui aussi, a été touché par le vote sanction antisystème après avoir raflé des voix à Abir Mousi, candidate elle aussi et leader du Parti Destourien Libre, qui était donnée il y a quelques mois favorite dans les sondages.

Quant au turbulent Mohsen Marzouk, en dépit de sa présence continue dans les médias depuis neuf ans, il n’a récolté que des miettes et connaît une fin politique tragique. Les autres 1% et moins de la famille centriste n’ont plus que leurs yeux pour pleurer, car ils n’ont pas su se retirer dignement non du scrutin mais de la politique. La désunion de cette famille centriste est à analyser par les spécialistes de la psychologie sociale, car elle révèle sûrement une pathologie sociale doublée d’une pathologie psychique. Trompés souvent par leurs ego démesuré, ils finissent par croire qu’ils ont un destin alors que le destin ne cesse de leur jouer des tours, tels leurs prédécesseurs Najib Chabbi, Mustpha ben Jaafer, Marzougui et d’autres. Marzougui qui n’a jamais su quitter la scène au bon moment, a obtenu un score tellement honteux pour un ex Président de la République et un ex sérieux candidat contre le prestigieux BCE, qu’il n’a qu’une chose à faire : Aller se faire oublier chez ses maîtres qatari s’ils veulent encore bien de lui. Car l’histoire et les peuples ne pardonnent jamais puisqu’il fût éjecté par les électeurs comme un vulgaire sous fifre lui donnant l’estocade mortelle qui logiquement le fera taire à jamais.

L’avenir incertain d’un pays qui vogue à l’aveuglette.

Les électeurs tunisiens ont à choisir au second tour de la présidentielle, entre un play-boy, genre bling bling et voitures de course, mais doué dans le business et croupissant en prison pour des soupçons de fraude au fisc jamais prouvés par la justice, ce qui fait de lui un prisonnier politique sans aucun doute possible et Kaïs Saied ,une ovni ou opni (objet politique non identifié), qui prétend suivre les traces du second Calife de l’Islam (6 ème siècle) Omar Ibn El Khattab, un mythe fondateur de l’Islam des origines, qui refuse le luxe et l’apparat liés à la fonction présidentielle et qui projette d’abolir le parlement, interdire les partis politiques, se conformer strictement à la chariaa. Tous les deux ont pour point commun qu’ils sont uniquement la création de la petite lucarne et qu’ils n’ont jamais dirigé même une petite municipalité ou un petit service d’une quelconque obscure administration. Il en découle qu’il n’y aura pas avant un moment, un pilote dans le cockpit de l’avion Tunisie qui traverse déjà une forte zone de turbulence. Ni l’un ni l’autre ne connaissent rien aux affaires militaires et de sécurité nationale alors qu’ils seront appelés à en être les chefs suprêmes. C’est du surréalisme version tunisienne.. Quant à la diplomatie, leurs déclarations et leurs cursus prouvent qu’ils vont nécessairement êtres dans la m….de la plus totale même s’ils s’entourent de conseillers chevronnés. En existe-t-il encore dans cette Tunisie où la médiocrité la plus totale règne ? Ceci évidement s’ils se tiennent à leur prérogatives constitutionnelles, ce qui est loin d être certain, vu leurs penchants l’un et l’autre à se considérer comme des êtres providentiels.

Mais ce qui va rendre la situation plus grave, ce sont les résultats des élections législatives qui seront vraisemblablement à l’image de présidentielles. L’assemblée nationale prochaine, en termes d’anarchie et d’inefficacité sera certainement plus caricaturale que la précédente et l’on verra une faune de députés atypiques qui changera de partis politiques comme elle changera de chemises et de vestes souvent retournées au grès des offres souvent en pièces sonnantes et trébuchantes. L’instabilité gouvernementale sera la règle et l’on oubliera l’essentiel. Le pays risque de devenir ingouvernable, ajoutant à ça la crise économique et sociale, ce qui poussera le pays vers l’inconnu. Hormis le choix d’un Président du gouvernement qui contrôle son équipe, et qui appliquera les réformes économiques nécessaires et imposera des sacrifices à tout le monde, il n y a point de salut et l’on pourra se trouver dans une situation de chaos généralisé.

Comme dirait l’autre Général, seuls les Saints patrons Sidi Belhassen et Sidi Mehrez seront aptes à sortir ce pays du merdier dans lequel, il ne cesse de s’enfoncer.