Points.tn livre à ses lecteurs un témoignage exclusif d’un des trois hommes qui on été au secret de l’opération de destitution du leader Habib Bourguiba, le 7 novembre 1987, à savoir Zine al-Abidine ben Ali, Habib Ammar et Abdelkerim ben Jilani Ghouma, un officier de la sécurité, qui était chargé de mission auprès du Ministre de l’Intérieur Zine Al-Abidine Ben Ali. Sa version des faits vient démentir celle de Hédi Baccouche ex Premier Ministre, qui à plusieurs reprises, avait livré une version qui ne correspond pas aux témoignages d’autres personnes ayant vécu les évènements. Il semblerait même selon la version de Abdelkerim Ghouma, qu’il aurait essayé de se débiner le soir du 7 novembre, en « oubliant » de venir au Ministère de l’Intérieur, n’eut été l’ordre qui lui a été donné par Ben Ali en tant que premier Ministre. Mais la plus grave des versions données par Hédi Baccouche aurait été son accusation à Habib Ammar et Zine Al-Abidine Ben Ali, qui auraient pensé empoisonner le leader.

Abdelkerim ben Jilani Ghouma, le plus proche personnage de Ben Ali, a joué un rôle déterminant dans cette opération que la presse occidentale appelait « Le coup d’Etat médical » qui a servi à finir le règne du Leader Habib Bourguiba. Commissaire général, chef de la cellule des affaires sécuritaire et des services généraux, chargé de l’intendance au MI. Abdelkerim Ghouma a pris sa retraite en Août 2011.

Nous publions ce démenti-témoignage dans le but de lever le secret, tout le secret sur ce moment décisif de l’Histoire contemporaine de la Tunisie. Nous comptons publier, toutes les réactions, démentis, et rectifications qui nous parviendraient.

La rédaction

Abdelkerim ben Jilani Ghouma:

Quand il s’agit de la loyauté envers la patrie, je fais fi de toutes les reproches qui peuvent m’être adressés et pour rattraper mon manque de réaction, malheureusement, devant les déclarations de Monsieur Hédi Baccouche, concernant sa version à propos d’une des étapes de l’histoire, que j’ai personnellement vécu avec l’ancien Président Zine el-Abidine Ben Ali, j’ai décidé de réagir par cet article. Je considère tout ce qui a été dit par Hédi Baccouche, a été dominé par une haine farouche contre Ben Ali, malgré qu’il était l’objet d’une haute sollicitude et d’un grand respect de la part de ce dernier, y compris lors de ses déplacements à l’étranger et à l’intérieur du pays et ceci jusqu’au 14 Janvier 2011. Nombreux sont les gouverneurs et les ambassadeurs de la Tunisie, connaissent cette vérité, ayant reçu des directives de la part de Monsieur Hamed Mlika ou Monsieur Abdelaziz ben Dhia.
Ma relation avec Hédi Baccouche était bonne, mais mon désir de diffuser une information vraie, sachant que j’ai vécu ces évènements avec Ben Ali, m’a poussé à livrer des informations sur la vraie histoire, avant et après le 7 novembre 1987. Une nation ne peu se reconnaître dans son identité et son authenticité, qu’en protégeant son histoire, consciente de son passé, car l’histoire n’a de valeur que sauf si le vrai passé est narré d’une façon authentique et fidèle aux faits, et quand cette nation fait de cette histoire un fondement de la compréhension du présent.
Je commence donc par ce qui m’a le plus provoqué dans les déclarations de Hédi Baccouche, le vendredi, 6 Janvier 2017, alors que j’étais invité par Monsieur Lazhar Dhifi, secrétaire général de l’association des anciens parlementaires, pour assister à une séance de lecture critique des politiques de l’ancien régime, de 1987 à 2010 en présence de nombreuses personnalités politiques et partisanes, ainsi que des hommes des médias et des intellectuels.
Donc j’ai écouté la déclaration de Monsieur Hédi Baccouche affirmant, que Ben Ali, et Habib Ammar comptaient empoisonner feu Habib Bourguiba, en important le poison d’Italie, et c’est Habib Ammar qui s’était chargé de l’amener. Les présents à cette séance furent en colère et certains ont quitté la salle, notamment, Abdel Rahim Zouari, qui a vu en cette déclaration, un coup contre la crédibilité de tous les rcedistes et destouriens honnêtes, et Monsieur Hédi Baccouche, s’est refusé à me répondre, ainsi que Monsieur Mekki Aloui et s’est contenté de dire qu’il nous répondra ultérieurement, si Dieu le veux.
Je considère que la déclaration de Hédi Baccouche, n’est pas seulement un mensonge fabriqué, mais une régression morale sans précédent, chargé d’une farouche haine contre Ben Ali, qui s’est constituée après son limogeage pour des fautes politiques, notamment sa déclaration à la journaliste de Jeune Afrique, Souhir Belhassen où il avait relaté des affirmations erronées. Il avait en effet démenti ces affirmations, mais la journaliste avait enregistré cette déclaration et l’enregistrement ne l’avait nullement innocenté. Le Président Ben Ali via Monsieur Kamel Ltaief, lui avait demandé d’envoyer un démenti et des excuses. Monsieur Hédi Baccouche a alors refusé d’envoyer un démenti à la rédaction de ce journal sachant que l’Agence TAP a accepté de publier ses excuses. Hédi Baccouche ne s’était pas arrêté là, malgré que Ben Ali lui avait demandé de rester chez lui après l’avoir écarté. Il faut noter que Monsieur Kamel Ltaief a joué un rôle très positif pour plusieurs raisons. Il est à noter que ce dernier était derrière la nomination de Hédi Baccouche, comme ambassadeur à deux reprise: La première en 1981, lorsqu’il fût envoyé comme ambassadeur de la Tunisie auprès du Vatican, avec résidence à Bernes pour plusieurs mois et la seconde jusqu’à 1984, comme ambassadeur à Alger. Une étroite relation liait alors Monsieur Kamel Ltaief au ministre de Bourguiba Mezri Shquir et au premier ministre Mohammed Mzali et ils ont tous les deux accédé à sa demande de nommer Hédi Baccouche.

Quant au témoignage de Monsieur Hédi Baccouche concernant l’empoisonnement du leader Habib Bourguiba, je le considère comme un témoignage toxique, et comme un poison mortel. Prétendre, qu’on a pensé un seul instant empoisonner Bourguiba, qui a passé sa vie à servir la Tunisie, est une prétention digne de quelqu’un qui a perdu la mémoire, mais qui a voulu gratuitement faire du tort à Ben Ali à tout prix et probablement pour rendre service à d’autres partis politiques. Et de ce fait, il a révélé aussi sa haine farouche de Bourguiba que Dieu lui accorde sa miséricorde.

Parmi les faux témoignages livrés par Hédi Baccouche, celui concernant l’installation de Laila Trabelsi au palais de Carthage, avant qu’elle ne devienne l’épouse de Ben Ali. Ce témoignage n’a aucune once de vérité, car Laila habitait une villa de location près du restaurant Néptune, qui se trouve à côté de la mairie de Carthage et n’avait nullement le besoin d’entrer au palais présidentiel pour plusieurs raisons à cette époque. De tels mensonges font partie de cette régression morale qui a frappé Hédi Baccouche et illustrent son opportunisme et son hypocrisie.

l’histoire du 7 novembre 1987

Je reviens aux jours précédant le Changement du 7 novembre. Tout le monde sait que les évènements dont l’hôtel Sahara Beach a été le théâtre, dans la ville de Monastir et Hannibal Palace, à Sousse, le 2 Aout 1987, au moment même où le Leader Habib Bourguiba fêtait son anniversaire, ont été commis par un groupe qui appartenait au Mouvement de la Tendance Islamique. Ces évènements ont eu pour conséquences, plusieurs explosions qui ont tué plusieurs touristes étrangers, pour la plupart de nationalité allemande. Des arrestations politiques ont eu lieu par la suite qui ont provoqué des luttes politiques et partisanes. Les arrestations qui ont visé des dirigeants du MTI, ont rendu la situation plus grave. Tous ont étés déférés devant le tribunal de la sûreté de l’État, présidé alors par Hechmi zemmal et qui présidait en même temps le ministère public au Ministère de la justice. Le Président Habib Bourguiba, exigea alors la condamnation a mort de Rached Ghannouchi et de ses compagnons. Il est aussi à noter que Bourguiba avait intercédé auprès du Président Jamel Abdel Nacer pour qu’il commue la peine de mort contre Saïd Qutb et ses compagnons Frères musulmans, qui a par la suite exécuté la peine. Lors de l’assassinat du Président Sadat, Bourguiba a compris, qu’il faut se débarrasser des Frères Musulmans.
Le ministre de l’Intérieur Zine al Abidine Ben Ali, a senti alors la gravité de la situation, et a réalisé que la condamnation à mort (De Ghannouchi et de ses compagnons) allait ébranler la sécurité de la Tunisie et décida de convoquer Messieurs Abdallah Abaab et Mohammed Kraïem Mastouri. Ce dernier occupait le poste de chef de la police à Médenine, avant d’être nommé député après avoir démissionné du corps de la police. Ben Ali les avait convoqué au ministère de l’intérieur pour consultation, et leurs a proposé en insistant de s’opposer, en tant que membres du tribunal de la Sureté de l’État, à la condamnation à mort, en raison de la gravité de la situation à ce moment là. Mais le Président Héchmi Zemmal était résolu à prononcer la peine de mort, puisqu’il avait déclaré à Bourguiba: «Je vous garantis quant à leur sort», (nhennick alihoum), ceci quand il a été reçu par Bourguiba avant que le tribunal ne siège. Bourguiba lui avait rétorqué : Si la condamnation à mort est prononcée, je n’accepterais aucune demande d’amnistie. Cette discussion a eu lieu en présence de messieurs, Rachid Sfar, le Premier Ministre, Zine el Abidine Ben Ali, ministre de l’intérieur, Mansour al Skhiri, ministre et Abdel Aziz Ben Dhia Directeur du parti destourien.
Suite à cela Abdallah Abaab et Karim Mastouri, ont contacté Abdelaziz ben Dhia, à son bureau et ont exprimé leur opposition à la peine de mort, pour éviter la montée de la violence politique et les dangers du terrorisme au nom de la religion.

Après avoir un déjeuner avec le ministre de l’intérieur, Zine el Abidine ben Ali, à sa résidence de l’avenue du 1er Juin, vers 14h 30, une réunion a eu lieu regroupant, Ridha ben Ali, ministre de la Justice, Habib Ammar commandant de la garde nationale, Mohammed Choukri, gouverneur, Kamel Ltaief, homme d’affaires, et qui étaient tous opposés à la peine de mort (contre les islamistes), sauf, Hédi Baccouche, qui était absent à cette réunion, car sa position n’était pas claire et parce qu’il n’avait pas accepté la proposition, selon Ben Ali.

Des équipements techniques furent installés au tribunal, pour pouvoir suivre avec son et image le déroulement du procès et en direct, à partir du bureau du ministre de l’intérieur et du bureau du premier ministre Rachid Sfar, qui avait pensé auparavant donner sa démission, n’eût été, l’intervention de Ben Ali, qui l’en dissuada, ce dernier étant convaincu, que la peine de mort ne sera pas prononcée.

Le 27 septembre 1987, une peine condamnant une grande, partie des dirigeants islamistes, à perpétuité fût prononcée. Cette peine ne fût pas acceptée par le défunt Président Habib Bourguiba, qui s’attendait à une peine de mort. Après que ce tournant eu lieu au tribunal de la sûreté de l’État, Zine el Abidine Ben Ali fût pris de joie et a déclaré qu’il fallait qu’on arrive à convaincre son excellence le Président Habib Bourguiba pour qu’il donne son accord quant au jugement prononcé par la cour le 27 septembre 1987. Bourguiba avait confiance en Ben Ali après que ce dernier soit arrivé à le convaincre quant au verdict de la cour de la Sureté de l’Etat. Il lui fit sentir qu’il approuve sa proposition. Ce dernier fût aussi très satisfait et m’a téléphoné du bureau du directeur général du protocole présidentiel, Moncef Ben Mahmoud et m’a dit mot par mot: « Dieu soit loué, Son excellence, est d’accord pour la non prononciation de la peine de mort contre Ghannouchi et son groupe ».

La relation était très étroite entre Saida Sassi, Ben Ali et Bechir zarg layoun. Elle me rendait fréquemment, visite au siège du MI. Après le passage dans mon bureau et le bureau de Khaled Guellala, elle se dirige directement vers le bureau du ministre de l’intérieur Zine el Abidine Ben Ali. Elle suivait de près l’évolution de la situation dans le pays tout en s’occupant de la santé de son oncle et en sauvegardant le prestige du leader Habib Bourguiba. Elle avait joué un grand rôle dans la consolidation des rapports entre Bourguiba et Ben Ali.

A la résidence de Ben Ali, à la rue du Docteur Burney à Mutuelle ville, et en présence de Hédi Baccouche, Habib Ammar, Kamel Ltaief, Mohammed Choukri, Ben Ali reçut un coup de fil du leader Bourguiba et l’a informé qu’il vient de le nommer Premier Ministre. Hédi Baccouche n’a pas pu alors cacher son mécontentement, il murmura alors à l’oreille de Kamel Ltaief, « Au lieu de me soutenir moi, tu soutiens Ben Ali»…

à suivre