l’histoire du 7 novembre 1987 (suite)

A la résidence de Ben Ali, à la rue du Docteur Burney à Mutuelle ville, et en présence de Hédi Baccouche, Habib Ammar, Kamel Ltaief, Mohammed Choukri, Ben Ali reçut un coup de fil du leader Bourguiba et l’a informé qu’il vient de le nommer Premier Ministre. Hédi Baccouche n’a pas pu alors cacher son mécontentement, il murmura alors à l’oreille de Kamel Ltaief, « Au lieu de me soutenir moi, tu soutiens Ben Ali». Et pour que Saida Sassi ne mécontente pas le grand patriote et grand militant Mohammed Sayeh, qui fût déçu, car il s’attendait à une promotion, le lendemain, Il fût élevé au grade de ministre d’État par le défunt Leader Habib Bourguiba. Quand les choses se sont calmées, Ben Ali félicita Mohammed Sayyah dans son bureau même au ministère de l’équipement. Après une courte période suivant la nomination de Ben Ali au rang de Premier ministre, le Combattant suprême, invita son premier ministre à son palais de Mornag et le reçut avec une grande colère, l’accusant d’avoir opéré un remaniement ministériel sans le consulter, ce qui est considéré comme un dépassement de ses prérogatives, selon lui. Il lui parla en termes agressives et avec des grands reproches. A ce moment là lui répondit avec insistance: «Monsieur le Président, je vous ai proposé les noms, avec leurs photos et vous avez accepté. Il s’agit des messieurs, Fouad el Mbazzaa, comme ministre de la jeunesse et du sport, Mondher Znaïdi, comme Secrétaire d’État au commerce, Saleh Jebali, comme Secrétaire d’État à l’énergie et aux mines, Mohammed Ghannouchi, comme Secrétaire d’État au plan, Mohammed Nouri Zourgati, comme Secrétaire d’État aux Finances, et vous m’avez autorisé.» A ce moment là Amor Chedly s’est adressé à Bourguiba en disant: «Oui Monsieur le Président, j’en suis témoin et ce qu’a dit Ben Ali est vraie et c’est vous qui avez décidé les nominations et je reconnais que Ben Ali n’a pas outrepassé ses prérogatives». Devant le témoignage du directeur de son cabinet, Bourguiba a fait marche arrière et a fait comme si rien ne s’est passé. Tout cela pour dire que ce qu’a prétendu Hédi Baccouche et sa critique à l’égard de Amor Chedly, comme quoi il n’a pas coupé la route à Ben Ali, pour qu’il ne soit pas nommé Premier Ministre, exprime qu’il ne voulait pas de bien à Ben Ali, car il se voyait plus méritant, comme il l’a souvent répété, car selon lui, Ben Ali n’avait pas le niveau culturel recuis pour occuper cette fonction.

L’après midi du 27 Octobre 1987, Saida Sassi s’est présentée avec les traces d’un coup sur son oeil, ce qui lui a causé un bleu, avec la béquille de Bourguiba qui lui avait dit: «Tu es responsable de la nomination de Ben Ali en tant que Premier Ministre, qui s’est opposé à la peine de mort contre Ghannouchi et son groupe» et il l’a informé qu’il compte le révoquer le plus tôt possible. Saida Sassi informa Ben Ali, qui fût surpris et indigné de ce qu’il a appris. Elle quitta en suite la résidence de la rue du Docteur Burney pour se soigner. Le soir, la même résidence accueillait, Hédi Baccouche, ministre des affaires sociales, Mohammed Choukri, le gouverneur, et l’ami intime de Ben Ali Kamel Ltaief et furent suivis par Habib Ammar, commandant de la Garde Nationale. Cette invitation avait pour objet, la condamnation à la peine capitale des islamistes. Hédi Baccouche a alors demandé à Ben Ali de démissionner (du poste du Premier Ministre) avant qu’il ne soit révoqué pour qu’il sorte la tête haute. Mais Kamel Ltaief et Habib Ammar ont insisté pour continuer (Contre la démission de Ben Ali) en s’armant de courage pour trouver une solution qui soit dans l’intérêt du pays selon le dicton: «J’y suis, j’y reste».

Ils quittèrent tous tardivement la résidence. Le lendemain Ben Ali s’est dirigé à son bureau au Ministère de l’Intérieur puisqu’il cumulait le poste du Ministre de l’Intérieur avec le poste de Premier Ministre. Après avoir traité quelques dossiers urgents, il se dirigea vers le palais présidentiel de Mornag. Le leader l’accueillait comme d’habitude, comme si rien n’était. Ben Ali fût soulagé et c’est à partir de ce moment que l’idée de trouver une issue rassurante pour la situation, sachant qu’il se rappelait très bien le mot adressé par Habib Bourguiba à Chedly Ben Jeidid (président algérien) quand ce dernier lui rendit visite à Tunis: «Rassure moi sur la Tunisie», phrase qui provoqua la colère de beaucoup d’hommes politiques et des hauts cadres de notre armée nationale.

A partir du 2 novembre 1987, les vents ont commencé à souffler sur la situation politique et Bourguiba hésita quant à la révision de sa position concernant la nomination de Ben Ali, comme premier ministre, sous la pression de Mansour Skhiri et son clan. Ce dernier joua un rôle clef dans l’éviction de Mohammed Mzali.

Le 4 novembre 1987, Ben Ali m’informa que les choses ne vont pas bien. Il s’adressa à moi en me disant: « Fais attention, j’ai une grande confiance en toi. Demain, tu vas contacter Ibrahim Khaouja, Ministre des postes du Télégramme et du Téléphone (PTT), pour qu’il te confie la carte des réseaux téléphoniques de la banlieue nord. Dans la matinée du 5 novembre 1987, Monsieur Ibrahim Khaouja me livra un dossier contenant le plan du réseau téléphonique de la banlieue nord. Le plan fût étudié par le Premier Ministre Zine el Abidine Ben Ali, sans que Habib Ammar ne soit au courant, sachant que je faisais tout pour qu’il ne sache pas que je suis la troisième partie dans le coup, et ceci selon les ordres du Premier Ministre. Ce dernier m’ordonna de constituer une liste nominative des agents de la section antiterroriste, dans le cas où on en aurait besoin. Je lui avais remis la liste le 5 novembre 1987 après avoir coordonné avec le premier lieutenant El Toumi El Sghaier, chef par intérim de la section. Je l’avais convoqué à mon bureau au Premier Ministère. J’ai coordonné avec lui pour la constitution de la liste nominative, dont je garde encore une copie, après avoir sélectionné les meilleurs en prévision d’attaque terroristes et des Frères musulmans, car je ne l’avais pas informé de la vraie raison.
Ben Ali étudia tous les scénarios, en rapport avec la nouvelle évolution de la situation et il n’avait pas au départ l’intention d’occuper le siège du Président de la République, mais seulement, de trouver une issue, qui lui permette de se maintenir en tant que Premier Ministre et de mettre en place une politique économique, sociale et sécuritaire au sens global qui soit en accord avec les impératifs de l’époque, en raison de la situation catastrophique du pays. Ben Ali avait le courage moral et une foi en sa responsabilité, ainsi que le devoir envers la chère patrie, tout en étant convaincu reste le libérateur de la Tunisie et le fondateur de la République et de la Femme. En raison de la détérioration de la santé du leader Bourguiba, et qui ne lui permettait plus de continuer à gouverner le pays, ajouté à cela les effets des médicaments, il était dans l’incapacité totale et incapable de diriger les affaires du pays, sans parler de son amnésie à tel point que ses fautes et les symptômes de la maladie étaient connus par tous les ministres et les proches, ainsi qu’à plusieurs parties étrangères.
C’est pour cela que Ben Ali avait décidé de prendre une décision, qui sauvegarde la dignité et le prestige de la Tunisie, surtout après que les services spéciaux de la sécurité nationale ont découvert, un groupe islamiste, dont des sécuritaires, a planifié un coup d’État prévu le 8 novembre 1987. Dans la soirée du 5 novembre 1987, correspondant à la nuit qui séparait le 5 et le 6 novembre, nous avons diné ensemble à la Soukra, moi, Ben Ali et Habib Ammar. A partir de ce moment, est partie, l’opération qui consistait à sauver Bourguiba, le combattant suprême, à qui tous les tunisiens lui devaient une dette pour avoir dirigé le pays pour de longues années, et qui était très fatigué au plan de sa santé, ainsi qu’amnésique pour son avancée dans l’âge et après avoir libéré la Femme tunisienne et généralisé l’éducation et la santé pour tous, et qui a fait connaître la Tunisie dans instances internationales tout en sauvegardant son prestige, mais qui fût atteint par l’âge et il ne pouvait plus assurer sa direction.

Ce qui est sûr, c’est que le Premier Ministre avait pris une décision sans faire participer une quatrième partie (Ben Ali, l’auteur de l’article et Habib Ammar étaient seuls au courant de la décision) et cela avant l’exécution de l’opération. Il avait une grande confiance en Habib Ammar.
Le 6 novembre 1987, environ vers Cinq heure de l’après midi, nous avons quitté la résidence du Premier Ministre dans l’avenue du Docteur Burney, et on s’est dirigé directement vers le MI. Après avoir légèrement mangé, vers 19h30, Je me suis dirigé vers la caserne de Bouchoucha (Brigades d’intervention) et j’ai demandé au colonel Abdelfettah Jarraya, qui se trouvait sur place de mettre à mon service un groupe d’agents armés pour les affecter à des endroits sensibles : La maison de Bachir Zarg layoun, la poste d’el kram, le portail de la partie orientale du palais présidentiel, sur la route de Sidi Bou Saïd, la poste de la Marsa. Le colonel refusa au départ, mais il reçut un coup de fil du Premier Ministre et il accepta sans hésitation et sans connaître la vraie raison. Je lui avais expliqué que des courants islamistes menaçaient la sécurité de la Capitale.
Je suis revenu ensuite au MI vers 9h30 et j’ai remarqué des signes de colère sur le Premier Ministre en raison de l’absence de Hédi Baccouche ministre des affaires sociales et qui se trouvait à la résidence de l’ambassadeur de l’Union Soviétique pour participer à la fête nationale. A 21h30 Ben Ali l’appela au téléphone en lui disant texto: « Si El Hédi, c’est le Premier Ministre qui s’adresse à toi. Tu dois venir immédiatement ! Je t’attends.» De mon côté, j’ai continué à exécuter ma mission en me dirigeant vers la maison de Bechir Zarg layoun où j’ai posté des agents et où j’ai coupé les communications téléphoniques, ainsi que vers, la poste du Kram, en compagnie de l’ingénieur en chef, chef du district de Tunis Nord pour les communications téléphoniques, Monsieur Abdeljelil Gueddech, comme j’ai coupé toutes les lignes des endroits répertoriés. Ainsi que les lignes du palais présidentiel de Carthage et pour finir avec les lignes de la poste de la Marsa.
Après avoir coupé toutes les lignes téléphoniques prévues, et de la poste de la Marsa, j’ai appelé le Premier Ministre en lui disant: «Félicitations et au succès, l’opération s’est déroulé avec succès». Je me suis dirigé vers le MI où j’ai su que Abdallah Kallel était présent après avoir été averti par Ben Ali, alors qu’au départ il s’était excusé car il faisait tard et qu’il préfère reporter la rencontre pour le lendemain. Les médecins, Mohammed Gueddich, Ezzedddine Gueddiche, Mohammed Ben Smail, Sadok el wahchi, Abdelaziz Annabi, et la ministre de la santé Souad Yakoubi Wahchi. Le certificat médical fût préparé et signé, par les médecins, expliquant l’état de santé détériorée du Président Bourguiba. Étaient présents, aussi Saleh eldine Bali, ministre de la défense, le Général Yousef Baraket, chef d’État major et le colonel Youssef ben Slimen directeur des renseignements militaires. Monsieur Zine el Abidine Ben Ali a chargé Monsieur Chedly Neffati, Gouverneur des gouverneurs, directeur général des collectivités régionales et municipales au MI, de demander des gouverneurs de rejoindre leurs postes et de ne pas les quitter sous aucun prétexte. Et d’attendre les directives. Et il s’en est chargé. J’ai tapé la liste nominative des membres du futur gouvernement, ainsi que la déclaration du 7 novembre. Était présent à mes côtés l’ami Kamel Sassi, gouverneur de l’Ariana, et il était témoin de tout ce qui s’est passé, sans qu’il ne soit informé auparavant de l’opération… Il passait par la rue Bourguiba, quand il s’était aperçu que les lumières des fenêtres étaient allumées et la présence de voitures.

Je me suis dirigé avec Monsieur Mohammed Bellagi, au quartier général de la Gendarmerie Nationale à Louina, et je suis entré dans le grand chapiteau installé spécialement pour accueillir les personnalités politiques arrêtées. Le chapiteau était meublé avec les meilleurs meubles ainsi que des tapis et des couvertures et des chauffages. A l’intérieur, il y avait, Mohammed Sayyah, Hédi Atiya, Mahmoud Charchour, Hasen Quasim, et Mansour Skhiri qui fût amené de Tozeur, dans une voiture administrative accompagné par Monsieur Ezzeddine Jnayyah, chef de la sécurité nationale à Gafsa. J’ai demandé à Monsieur Bourguiba Junior de m’accompagner et on s’est dirigé vers sa maison à la Marsa, où nous avons été accueillis par son épouse, fille de Zouiten qui m’a bien reçu et ensuite on l’a quitté tout en l’assurant que demain matin, je viendrais prendre un café et rétablir les communications téléphoniques. A cinq heure du matin, après l’enregistrement vocal de la déclaration du 7 novembre, avec le Président Ben Ali, cet enregistrement fût délivré au journaliste Hédi Triki, qui fût au siège du MI à 4h du matin. Nous nous sommes dirigés avec ma voiture administrative au siège de l’ERTT et je portais sur moi mon arme administrative pour rassurer Hédi Triki et à sa demande.
Nous avons trouvé mon ami et frère Abdelmalek el Arif à son bureau, et qui a permis à Hédi Triki et l’a aidé à accomplir sa mission. Je suis ensuite retourné à la maison de Bourguiba junior et j’ai pris le café et le petit déjeuner et rétablit les communications téléphoniques où j’ai trouvé sur le toit, le technicien Habib Boukethaba à qui j’avais confié cette mission. Revenons à la nuit du changement. Vers 23h 30, le 6 novembre 1987, Monsieur Habib Ammar était arrivé au MI et il l’a quitté vers 1h du matin accompagné de Monsieur Rafik el Chelli en direction du quartier général de la Garde Nationale, à Laouina. Puis vers le palais de Carthage, où ils sont arrivés vers 1h30 environ. Il s’est attaché à changer les agents en garde et à prendre leurs armes et à poster des unités spécialisées de la garde nationale dans le palais et à l’extérieur. Il a placé aussi des blindés devant et à côté du palais, ainsi qu’une frégate maritime conduite par le premier lieutenant Moncef Zaiter. Des arrestations ont eu lieu ce soir même jusqu’à huit heures du matin, le 7 novembre 1987, de 73 membres de la Tendance Islamiste. Rappelons que le 8 novembre était le jour fixé par les Frères musulmans pour assassiner le leader Habib Bourguiba, et pour attaquer la caserne de la Gendarmerie Nationale de Laouina et la caserne de Bouchoucha de l’Ordre Public, ainsi que la bâtisse du Ministère de l’Intérieur. Mais Salah Karkar a choisi de reporter ces attaques pour le 16 novembre 1987, ce qui a lui valu une haine farouche des dirigeants des Frères musulmans qui considèrent le responsable de l’échec de leur mission.

Bien sûr, ce qu’a prétendu Hédi Baccouche à propos de l’intention de constituer une haute instance des chefs des armées est totalement faux… Ben Ali pensait nommer Hamed Karoui comme premier Ministre, amis Habib Ammar était contre et a préféré Hédi Baccouche et il a demandé à Ben Ali d’accepter sa proposition. Ceci est arrivé le 6 novembre au soir au siège du MI, sachant qu’un déférent opposait Habib Ammar à Hamed Karoui.

Il n’existe pas non plus de déclaration à l’avance par Hédi Baccouche, ni d’une liste des membres du gouvernement. La déclaration a été rédigée à l’intérieur du MI et précisément à l’intérieur du bureau du Ministre. Elle fût écrite avec la calligraphie de Ben Ali. Les Messieurs qui ont participé à sa rédaction et à sa mise en forme sont: Zine el Abidine Ben Ali, Hédi Baccouche, Frej Chayeb.

Ce qu’à prétendu Hédi Baccouche, à propos de la libération de Bourguiba Junior, sous son ordre est complétement faux. L’arrestation de Bourguiba Junior s’est faite sans que Ben Ali ne le sache. J’ai décidé personnellement de transporter Bourguiba Junior parce qu’il me connaissait personnellement très bien surtout lorsqu’il occupait le poste de PDG de la BDET à l’avenue Habib Bourguiba. Il est à noter que c’est Bettino Craxi, Premier Ministre italien qui a appelé Ben Ali Chez lui et c’est Slim Chiboub qui a répondu. Il lui a demandé d’intervenir rapidement auprès de son gendre pour libérer Mohammed Sayyah, ce que fit Ben Ali qui a informé Craxi, qu’il peut lui rendre visite à son domicile, ce qu’il a fait.

Le Président Ben Ali a chargé Mohammed Ghdira d’accompagner le combattant suprême et Saida Sassi du Palis de Carthage au Palais de Mornag au bord d’un hélicoptère piloté par deux militaires, qui se sont avérés ensuite qu’ils appartenaient au groupe islamiste qui projetait d’assassiner Bourguiba le Jour de l’arbre. J’étais accompagné par Monsieur Mohammed Bel Haj Directeur général des affaires financières et administratives à la Présidence. Après la descente de l’hélicoptère du leader Habib Bourguiba et de Saida Sassi, ils sont entrés dans le bâtiment du Palais, mais Bourguiba est ressorti en colère en criant… Bel Hadj et Ghedira se sont enfouis pour ne pas êtres frappés par la canne de Bourguiba. Il a continué à proférer des insultes et des invectives et exigé qu’on s’éloigne de lui. Il était dans une colère extrême. Je me suis approché de lui en mettant mes mains derrière mon dos et je lui ai dit mot pour mot: «Monsieur le Président, je suis ton fils, frappe moi, il n’y’a aucun mal». Il m’a demandé de s’éloigner de lui car il était toujours en colère. Mais je n’ai pas bougé et j’ai commencé à m’approcher de lui doucement. Alors j’ai remarqué qu’il a commencé à se calmer. Il m’a dit: « Que me veux tu?» Je lui ai demandé de m’accompagner et on est entré dans le bâtiment. Saida Sassi fût soulagé et l’a pris par la main pour s’asseoir dans le salon. Je l’ai salué et j’ai quitté avec Mohammed Ghuedira et Mohammed Belhaj, dans ma voiture administrative, en direction du Palais de Carthage. L’hélicoptère a au même moment quitté le Palais de Mornag. Tout le personnel qualifié qui était à Carthage fût affecté à Mornag au service du leader par alternance, comme à la Présidence.

J’étais présent lorsque Hédi Baccouche, au bureau du Président Zine el-Abidine Ben ALi, a demandé à ce dernier de transférer la statue de Bourguiba de la place d’Afrique à la Goulette arguant que le nouveau départ de Bourguiba fût de cette ville le jour de la victoire (1 er Juin) Ben Ali a accepté sans conviction cette proposition en disant : «C’est un grand chantier ce transfert et il faut qu’on pense à la remplacer». Sur ce Hédi Baccouche ajouta: « On doit aussi changer le nom de l’avenue Bourguiba par l’avenue du 7 novembre». Inconsciemment j’ai regardé avec surprise Ben Ali qui m’a interpelé en disant: « Qu’est ce que tu as? Crache ce que tu veux dire! ». « Monsieur le Président !» ai-je répliqué : « Ceci est en contradiction avec la déclaration du 7 novembre. Le nom de l’avenue Bourguiba doit rester tel quel et il n’y’a aucun intérêt à le changer, pour éviter les critiques et on fera quelque chose dont on ne pourrait pas supporter les conséquences.» Il a rétorqué: « ça c’est du solide et on n’a pas besoin de faire ça, au contraire nous devons réfléchir à changer ses luminaires».