On soupçonnait jusqu’alors, BCE, de vouloir rétablir le beylicat, en imposant son fils à la tête du parti politique qu’il avait crée, pour le préparer à sa succession (par la voie démocratique), soupçons confirmés par la nomination de Y.Chahed, comme chef du gouvernement, poste où il dispose de l’essentiel des pouvoirs, étant donné les liens de parenté qui les lient. Sans que BCE soit définitivement lavé de tous ces soupçons, il semble, que Y.Chahed, dès le départ, avait d’autres desseins, et comme ça se passait dans toute l’histoire de la Tunisie des Deys et des Beys, les ambitions individuelles de détenir le pouvoir suprême, prime toujours sur les ambitions d’asseoir, une dynastie familiale, que dire de sauvegarder ou de protéger une République. L’histoire, de Mourad 3, de Hussein Bey, de Ali Bacha, dont le fils, Younes, assassina son oncle des ses propres mains, sous les murailles de Kairouan, de la guerre menée par ce même fils à son père pour empêcher son frère d’accéder au trône, de la revanche prise par le fils de Younes, contre ses cousins, montre, que pendant plus de cinquante ans de guerre civile atroce, les massacres de centaines de milliers de tunisiens, le viol de milliers d’hommes et de femmes, la destruction totale du pays, les ravages faits par la famine à cause de l’insécurité générale et enfin la décimation et le déracinement de tribus entières telle les oueslatia, habitants originaires de Djebel Oueslat, n’ont jamais cessé. Tout ça à cause d’une lutte intestine au sein de la même famille husseinite. L’on sait aussi que les Beys de Tunis ont continué ce jeu de massacre fratricide, même sous l’occupation française, et la trahison de Moncef Bey par son cousin Lamine n’est qu’un exemple. Les guerres fratricides, au sommet de l’État, ont continué sous Bourguiba et Ben Ali, et l’on peut oser dire sans risque d’être démenti par les historiens, que chaque fois que la guerre de succession atteint le sommet de l’État, il ne peut en découler que malheurs et violences pour la pauvre population. Et c’est le cas actuellement. La guerre de succession à BCE fait rage, en sourdine et en clair et cela jusqu’à la fin.

Chahed, un outsider qui s’autoproclame favori

Le choix de Y.Chahed par BCE, ne fût pas un hasard. Sans passé politique, sans envergure intellectuelle, sans cv professionnel imposant, il aurait eu pour seul titre de gloire, un seul emploi, à l’USAID, boite américaine très proche des milieux du renseignements américains, en tant que lobbyiste pour les OGM (Organismes génétiquement modifiés). Bref, l’homme qu’il faut pour ne pas faire de l’ombre au Président, ce dernier croyant que la seule affiliation familiale suffirait pour dissuader le poulain de sortir des rangs et d’avoir des ambitions démesurées. Erreur fatale, c’est que BCE n’a pas suffisamment lu l’histoire de la Tunisie et particulièrement celles des familles beylicales ou affiliées. L’homme qu’il a crée de toute pièce se retourne contre lui. C’est la loi implacable de l’Histoire tunisienne, du moins du début du 18ème siècle jusqu’à maintenant.

Lorsque les Sebsis, notamment le fils héritier, découvrirent les intentions cachées de leur petit cousin, il était trop tard. Dès la nomination de son premier gouvernement, ils s’est entouré d’un quarteron de ministres qu’il a nommé lui même, à la grande surprise de la nouvelle classe politique, aussi novice qu’arrogante, car ces nommés ne disposent d’aucun cv valorisant, d’aucune carrière au service de l’État et d’aucun passé politique glorieux, hormis des apparitions télévisées fracassantes après la chute de l’ancien régime et que même certains parmi eux, avaient servilement servi, des membres de l’ancienne famille « régnante », tout en empochant, au passage, les dividendes. L’un d’entre eux s’est particulièrement illustré pour avoir quatre « affaires de corruption » au pôle judiciaire de lutte contre la corruption. Y.Chahed s’est aussi assuré les services de communicateurs qui ont déjà servi sous tous les gouvernements pour vendre une image de jeune premier, qui pourrait devenir Président. Il fût décidé donc par cette équipe, que Y.Chahed doit être présenté comme le champion de la lutte anti-corruption, et ce dernier s’est fondu à maintes reprises en déclarations, aussi fracassantes que surréalistes, menaçant les corrompus de ses foudres et induisant ainsi une bonne partie de l’élite et de l’opinion en erreur, qui a cru apparaître l’homme qui sauvera la Patrie des voleurs et des corrompus. Pour anticiper, il a même accusé tous ceux qui mettent en doute ses intentions, d’être eux mêmes des corrompus ou les suppôts de ces derniers, dans le but de faire taire toute critique. En guise de corrompus, on a vu arrêter des contrebandiers connus, des douaniers suspects ou quelques hommes d’affaires qui gênaient des concurrents. L’affaire Jarraya, étant uniquement l’arbre qui cache la forêt et elle a été conduite essentiellement pour affaiblir l’autre clan dirigé par le fils BCE. Pour servir ses ambitions présidentielles, Y.Chahed a fait feu de tout bois, au risque de brûler sa propre maison, sachant que l’incendie a atteint les proches de BCE, comme l’actuelle ministre du tourisme.

BCE en embuscade

Il est évident que le vieux routier s’est trompé deux fois, en nommant ses premiers ministres. Primo parce que aussi bien les deux gouvernements d’Essid et Chahed n’ont fait que mener la Tunisie vers la catastrophe économique et sociale, à tel point qu’on n’a plus besoin de le démontrer, parce que le Président de la République lui même l’a déclaré, ainsi que les chefs des partis au pouvoir. Secundo, parce que ses deux poulains, une fois au pouvoir, leurs appétits se sont aiguisés et particulièrement Chahed qui ne rêve depuis, que d’aller à Carthage, ce qui n’est pas un crime en soi, mais une faute politique grave, que ni BCE ni son allié et désormais ami R.Ghannouchi ne lui pardonneront. Ces derniers cumulent à eux deux, plus de 130 ans de pratique politique, faite de luttes, de batailles, de trahisons, de coups bas, et ce n’est pas un jeune prétentieux qui est là par leur volonté qui, entouré d’une voyoucratie, sans parti politique, ni syndicat, ni armée ni police, ni milice, ni argent, qui pourra leur ravir le pouvoir suprême. Ceux qui ont pensé un seul instant, que Y.Chahed s’imposera contre la volonté de ces deux vieux politicards, n’ont rien compris à la politique dans la Tunisie des Deys, des Beys et des Présidents à vie. On est toujours dans cette éternelle Tunisie et en plein dans le théorie khaldounienne du pouvoir.

Pour BCE, comme pour les chinois, la vengeance est un plat qui se mange froid. Il a d’abord, laissé Y.Chahed, se brouiller avec ses propres alliés, l’UGTT et l’UTICA, désormais sa sœur jumelle. En le laissant s’embourber dans le dossier imbroglio, Jarraya, il l’a poussé à se mettre sur le dos Ennahdha, qui a vu ses protégés, le dit Jarray, et l’ex ministre du MI, Gharsalli, devenir des parias, sans oublier Ben Hmiden le gendre du numéro 2 d’Ennahdha.. D’autre part, Y.chahed, sous le conseil de ses amis, est parti en guerre contre le très puissant et très populaire ministre de l’intérieur, qui compte à son tableau de chasse les pires terroristes que la Tunisie a connu. Ajouté à cela, avec le limogeage d’un des directeurs généraux des plus intègres et des plus professionnels, Y.Chahed s’est aliéné une partie du corps sécuritaire. Le bras de fer qu’il a engagé avec le syndicat des enseignants, et avec eux toute l’UGTT, même s’il est juste quant au principe, il fût mal géré par son ministre, qui très politique, a déclaré que c’est la position du gouvernement, passant ainsi la patate chaude à son chef hiérarchique. BCE ne fait rien pour sauver son ex protégé, pire il convoque les partis et les syndicats, sachant qu’ils vont demander la tête de Chahed, ce qui fût fait. Mais BCE, attend la fin des municipales, et l’aggravation de la situation sociale, pour que le fruit Chahed tombe de lui même, soit par sa démission, soit par un limogeage déshonorant par le parlement. De toute façon, le FMI a déjà demandé sa tête, car lui posant des conditions humiliantes pour continuer à ouvrir les vannes des prêts. BCE lui donnera le coup de grâce quand il sera sûr qu’il ne le gênera plus dans ses dessins. Et quels desseins.

Pire encore Y.Chahed a réussi à se mettre sur le dos son meilleur allié au départ, la puissante centrale syndicale, ce qui prouve son manque de culture politique. Depuis l’indépendance, tous les ministres qui se sont donné à cet exercice ont quitté la politique par la petite porte. Le dernier en date Mehdi Jomaa. Et pourtant, il compte parmi ses ministres, des syndicalistes qui auraient pu le conseiller. Mais, grisé par la puissance de sa fonction, il ne semble écouter que ceux qui le caressent dans le sens du poil. Brefs ses courtisans, et quels courtisans.

Pouvoir sans conscience n’est que ruine de l’âme

Des nouveaux venus en politique pensent à tort, que, parce qu’ils disposent du pouvoir dû à leurs fonctions, ils peuvent l’exercer l’accord de kbar el houma (les vieux sages). Les islamistes l’ont appris à leurs dépends et ils semblent avoir compris. Ils appellent ça l’État profond, concept américain par excellence, the deep state. L’État profond est désormais contre Y. Chahed. Non parce qu’il est islamiste, mais parce qu’il est devenu le jouet et l’otage de ces derniers. Tous ceux qui se sont essayés à cet exercice périlleux, alors qu’ils sont au pouvoir, se sont trouvés relégués aux oubliettes de l’Histoire. Pour ne citer que Marzougui, Ben Jaafer, Chebbi, que la vindicte populaire poursuit en les rayant eux et leurs partis de la carte. Or Y.Chahed qui a trahit son propre parti, s’est trouvé entre les bras étouffants d’Ennahdha qui ne cesse de l’utiliser avant de le jeter à son tour. Pourtant Ghannouchi était le premier à lui demander directement de renoncer à ses ambitions présidentielles ou de quitter sans poste. Cela aurait pu suffire à le rendre prudent. En attendant, ce parti continue à avancer ses pions, en l’utilisant surtout dans les nominations dans les postes stratégiques. Chahed a le pouvoir mais pas la conscience politique qu’il faut pour un leader. Il navigue à vue, au jour le jour, sans vision, sans programme, sans stratégie. Il a cependant une obsession, non pas de réussir son passage à la tête du gouvernement, en améliorant les indicateurs économiques, en rétablissant la paix sociale et en assurant la sécurité des citoyens, mais celle d’utiliser son poste, qu’il n’a jamais mérité, pour accéder un jour à la magistrature suprême. Pures hallucinations. Regardez où en est Mehdi Jomaa, autre victime de ses propres ambitions démesurées.

Un chef en sursis

Toute la Tunisie le sait, le chef du gouvernement est en sursis. La preuve ? La commission créée par BCE, pour évaluer « les priorités » sic !!!….Cela signifie que le chef tout puissant du gouvernement, ne connaît pas ses priorités. Spectacle accablant où l’on traite le teneur du titre d’incompétent. On veut qu’il sorte par la petite porte, sans gloire, sans « indemnités de départ ». C’est la méthode soft power. Un autre politique aurait donné sa démission avec fracas, pour une telle humiliation. Mais c’est là ou on reconnaît les hommes politiques, les vrais, des faux, sans compter les humiliations que lui ont fait subir des pseudo-parlementaires qui, usant d’un langage ordurier, l’ont traîné dans la boue. Il n’a même pas eu le courage de quitter la salle, affichant toujours un air impassible et arrogant. Tous les jours, des hommes politiques et des médias accusent ses ministres de corruption, qui auraient dû démissionner pour protéger leur chef ou du moins préparer leur défense et éviter leur gouvernement d’être éclaboussé par des scandales à répétition.

Alors que son gouvernement coule, Y.Chahed continue à arborer des airs de vainqueurs. Cela frise parfois le ridicule. Il continue à distiller un discours qui ne trompe plus personne sauf lui même. A croire qu’il finit par croire ses propres niaiseries. Il lui reste une seule solution, démissionner avec dignité pour sauver son honneur. C’est ce que l’histoire retiendra.