Talleyrand est un homme politique français (1754-1838), député sous la monarchie, Président de l’Assemblée Nationale et Ambassadeur pendant la Révolution Française, Ministre des affaires étrangères sous Le Directoire, Consul sous Napoléon, Ministre des affaires étrangères et Président du conseil sous la Restauration, ambassadeur sous la Monarchie et il assista au couronnement de Louis XVI, de Napoléon premier et de Charles Dix (Wikipédia). Il a donc survécu à plusieurs régimes, en servant l’État, régimes aussi différents qu’antagoniques, ce qui a fait de ce haut personnage, un cas d’école concernant, le renversement d’alliances, les trahisons de ses anciens maîtres et de roublardise politique. Hédi Bacouche a éssayé, comme Monsieur Jourdain pour la prose de faire du Tallyerand sans le savoir, sauf qu’il a échoué de bonne heure, faisant de lui aussi, un cas unique dans l’histoire politique tunisienne. N’est pas Talleyrand qui veut.

Un Caméléon qui s’ignore

Hedi Baccouche ne cessa depuis son entrée au service de l’État, de régler ses comptes avec ceux qu’il a servi, souvent très servilement. On ne parlera pas ici de sa période militante à l’UGET, car rien ne fût sérieusement écrit sur cette pépinière de futurs ministres de Bourguiba et de Ben Ali, mais ce qui est frappant, dans son parcours de combattant, c’est qu’il a toujours été dans les coulisses du pouvoir, là où on faisait les carrières des uns et on défaisait celles des autres. Il a surtout était là, quand se décidait, grâce à une conjugaison d’éléments extérieurs et intérieurs, les changements majeurs dans l’histoire politique du pays, les renversements de régimes, notamment en 1969, 1987 et 2011. De là, à ce que certains l’accusent d’être un des plus grands comploteurs des temps modernes dans la Tunisie post indépendance, il n’ y’ a qu’un pas, que certains aussi n’hésitent pas à franchir.

Lorsque Hédi Baccouche parle de “mémoires” comme il vient de le faire en publiant son dernier livre, ce qui est évidemment son droit le plus absolu, il faut dégainer. C’est qu’il prépare, en tentant d’effacer de la mémoire collective son vrai parcours, un autre coup. Mais lequel?

Se mettre au service de l’Islam politique

Hédi Baccouche qui a été ministre de Bourguiba et Premier ministre de Ben Ali, et qui se distingue par un mutisme légendaire, sans être très bavard sur ce sujet, a toujours voulu être Président. Ce n’est pas nous qui le prétendons, c’est lui qui l’a affirmé dans une émission à la télévision nationale et c’est pour ça, disait-t-il qu’il avait organisé avec Ben Ali, la destitution du grand Leader. Mais Ben Ali a été plus rapide et l’a mis en retraite anticipée, non sans lui garder les honneurs et les privilèges, à lui et à sa progéniture, mais toujours sous une surveillance implacable. Pendant deux ans, il avait la haute main sur l’administration et sur le Parti Destourien et voulait s’accaparer l’essentiel des pouvoirs. Mais il s’était heurté à plus forts que lui, et fût obligé de végéter politiquement jusqu’au jour où à son tour Ben Ali fût destitué, et la voix fût libre devant cet éternel ambitieux, qui constitua le premier gouvernement de l’après 14 Janvier, en octroyant une grande parti des postes à ses fidèles qui se trouvaient pour la plus part issus de la région du Sahel, ce qui provoqua, souvenez vous un tollé général et enflamma la rue déjà en ébullition, et renforça le régionalisme anti-sahélien, et qui constitua l’élément décisif de la chute de tout le régime. C’est que Hédi Baccouche, prisonnier d’une vision politique très étroite, n’avait pas compris que la Tunisie a radicalement changé.

Avec un Président de façade, Fouad Lambazza, et un Premier ministre, sans envergure et sans culture politique, Hédi Baccouche était devenu pour quelques semaines, le maître absolu du pays, avec le Général félon et autres comploteurs. Mais la réaction virulente des élites politiques, informées du retour de ce vieux politicard, qui avait établi ses quartiers à la Casbah, l’a vite renvoyé à ses chères études. Il replongea alors dans la “clandestinité”, non sans avoir au préalable ordonné à Mohammed Ghannouchi, de laisser entrer de Londres l’autre Ghannouchi, le fameux Rached en l’amnistiant et en lui donnant l’absolution de tous les crimes dont il était accusé par la justice. Car Hédi Baccouche avait compris que ce dernier est le nouveau homme fort de la Tunisie dite “révolutionnaire”. Les conséquences de cet acte, que revendiqua H.B, dans une de ses nombreuses interviews, furent dramatiques et ont amené la Tunisie à la situation actuelle, qui se distingue par la prise du pouvoir par l’Islam Politique et la descente aux enfers du pays aussi bien sur le plan politique, économique, que social et sécuritaire.

Mais jamais personne n’a pensé que ce destourien, qui se dit bourguibiste et qui assuma de grandes responsabilités à la tête de l’Etat, n’ira jusqu’à déclarer un jour, pour se rapprocher d’avantage des islamistes, que lui, et les conjurés du 7 novembre, avaient pensé tuer Bourguiba par empoisonnement. Pourquoi un homme peut-t-il aller jusqu’à s’accuser lui même d’un crime aussi odieux, c’est à dire le fait même de penser, ne serait-ce un instant, d’assassiner le combattant suprême? Nous pensons qu’à moins qu’il ne soit sénile, il adressait un message aux islamistes, qui vouent une haine indestructible au grand Leader nationaliste. Le message fût reçu cinq sur cinq, puisque depuis, Hédi Baccouche est dans l’antichambre de la Nahdha, fricotant avec ses faucons et ne manquant aucune occasion, surtout à l’approche de 2019, de jouer au conseiller occulte. Car, contrairement à ce qu’il avait déclaré à un magazine de la place en 2013, cet animal politique ne renoncera jamais à ses ambitions, non de devenir Président cette fois-ci, mais de devenir un faiseur de rois. Nous pensons que ses “mémoires” ne visent qu’à le mettre en scelle de nouveau et pour attirer sur lui l’attention, quitte à tordre le cou à la vérité historique. Nous laisserons aux spécialistes, le soin de le commenter et à ceux qui l’ont connu de près de répondre par les faits. Ce qui nous intéresse et nous révulse en même temps c’est son retour sur scène, toujours par le biais des coulisses, les chambres noires, et les réseaux clientélistes pour se mettre au service de l’Islam Politique. Comme Ghariani, déjà d’autres se sont essayés comme Ahmed Mestiri et Mustpha Filali, mais, jamais nous avons le devoir sacré de ne pas laisser passer ça. Car, cela détruit l’image même de l’État de l’Indépendance et mine les bases du modèle de la société initiée par Bourguiba et mis en application par ses collaborateurs, dont Hédi Baccouche lui même, sauf que ce dernier tente de dilapider ce glorieux héritage au profit de ses seuls propres ambitions. Tel Brutus, qui asséna le premier coup de poignard mortel à César, HB, avait déjà asséné des coups à Bourguiba et Ben Ali.

Un faux socialiste

Dans un discours, adressé aux hommes d’affaires de Sfax, quelques jours avant sa destitution, le 27 septembre 1989, en tant que Premier ministre, H.B s’était fondu d’une déclaration, où il affirmait que la Tunisie allait continuer à avancer sur la voie irréversible du Socialisme, au moment même où le camp socialiste lui même, commençait à se fissurer, avant sa chute brutale et l’écroulement total de l’Empire Soviétique. Son discours était en réalité une manœuvre, sachant qu’il allait être révoqué, pour se démarquer de Ben Ali et se positionner comme un grand opposant à ce dernier. Il avait auparavant convoqué le correspondant du Monde, Michel Deuré pour l’informer qu’il s’oppose à Ben Ali (Tout en étant son premier ministre sic !…), message adressé aussi à Lionel Jospin, alors Secrétaire Général du PS Français alors que Mitterrand présidait aux destins de la France. Mais en réalité H.B ne fût socialiste que par hasard, car il était au Néo-Destour, avant même que l’idée socialiste ne germe dans la tête de ses leaders et notamment Ahmed Ben Saleh et ne fût qu’un apparatchik qui servait sous tous les régimes. Bourguiba, le fondateur du Néo-Destour n’a jamais été socialiste mais plutôt proche de Mendès France. Les habitants de Sfax se rappellent de ses méthodes, pour le moins anti-démocratiques, pour imposer le collectivisme et les désastres économiques qui ont frappé cette région, cœur de l’économie tunisienne au moment où il était gouverneur de cette région. Personne n’a jamais lu un seul livre ou un seul document sur le socialisme, écrits par H.B, hormis des discours de propagande fades, comme on en fabriquait à l’époque. De toute façon, après avoir été jugé dans l’affaire Ben Saleh, il était le premier à faire fausse route à son compagnon de route, moyennant un poste de Consul Général à Lyon après avoir été récupéré par Wassila Bourguiba car, Bourguiba lui même ne le portait pas en haute estime. S’il est arrivé à devenir le directeur tout puissant du puissant Parti Socialiste Destourien, c’est parce que, ce parti nationaliste, certes, et patriotique, n’était pas plus socialiste que n’importe quel parti socialiste africain ou arabe. Il était à l’image de Bourguiba sans idéologie précise même s’il regroupait dans ses rangs d’authentiques socialistes et même des communistes. La preuve? C’est son Comité Central, sous le houlette de HB lui même, alors Premier Ministre, qui changea son nom en RCD en retirant le mot socialiste et qui appuya le gouvernement libéral de l’après 7 novembre qui était dirigé par le même Hédi Baccouche, qui d’ailleurs a continué à être membre du Comité Central jusqu’à la dissolution du RCD après 2011.

Pour Hédi Baccouche, comme pour beaucoup de destouriens, l’idéologie, ne résume et ne synthétise pas les convictions et les principes qu’ils portent, mais c’est un simple moyen de se positionner politiquement, et grimper les échelons du pouvoir. Ils passent allégrement du libéralisme, au socialisme, au nationalisme arabe et actuellement beaucoup virent à l’Islamisme sans gêne aucune. Hédi Baccouche est un opportuniste intégral, mu par un machiavélisme certain.

Intoxiquer la mémoire des tunisiens

En écrivant des mémoires, forcément sélectives, et en se présentant comme l’homme providentiel, le gardien des valeurs républicaines, H.B n’a fait que sacrifier à la tradition inaugurée par d’autres ministres de Bourguiba, qui consiste à devancer les historiens, en donnant une lecture valorisante de leurs parcours, qui souvent n’est pas aussi « clean » et aussi prestigieux, qu’ils le prétendent. Mais c’est surtout un moyen pour revenir sur la scène politique et devenir un invité privilégié des plateaux de télévisions, qui, truffés de journalistes souvent analphabètes, contribuent à intoxiquer la mémoire collective. C’est souvent aussi un moyen déloyal pour régler leurs comptes avec d’anciens ennemis ou adversaires politiques, d’une façon souvent morbide. En se présentant par exemple comme les champions de la démocratie alors que dans la réalité, prouvée par des faits, ils étaient ses pires adversaires.

Hédi Baccouche, n’a pas dérogé à la règle, car, représentant un courant, au sein du parti destourien, qui combattait le multipartisme, la liberté d’expression et l’Indépendance des organisations nationales comme l’UGTT, puisqu’il était derrière la création d’une UGTT constituée de fantoches nommés cyniquement (al chorafaa) après avoir envoyé dans les geôles, Habib Achour le leader syndicaliste, sans oublier qu’il s’était toujours opposé à l’existence de l’opposition légaliste et de tout débat démocratique au sein du PSD ou du RCD. Mais son rapprochement avec les Islamistes d’Ennahdha en dit long sur ses convictions. 
Hédi Baccouche, est un pur continuateur de la tradition totalitariste au sein du Destour, mais un totalitarisme opportuniste, contrairement à la tradition sayyahiste qui, elle était moderniste et progressiste. Il est clair qu’il tente par son retour sur scène de jouer un rôle occulte. Mais qu’il sache que la scène politique a changé et qu’il ne pourra plus manœuvrer dans les coulisses, car tout se sait et tout se dit et il sera contré, car vu ses nouvelles alliances, il doit s’attendre à être âprement combattu comme l’est Mohammed Ghariani par exemple.