Il ne faut pas sortir de sciences-po ou faire œuvre de prophétie pour affirmer que’ Ennahdha, le représentant local des Frères musulmans et la variante soft de l’Islam politique remportera immanquablement les élections municipales, électoralement et politiquement parlant.

Tout d’abord le parti islamiste dispose de relais dans toutes les mosquées du pays (Plus de 10 000) , qui sont pour la plus part sous son contrôle, non seulement via le ministère des affaires religieuses qui n’est qu’un appendice de l’organisation nahdaoui, allant du ministre, lui même islamiste, jusqu’à la moelle comme tous ses prédécesseurs jusqu’aux prédicateurs tous islamistes sans exception, après la purge effectuée après les événements de 2011, où tous les imams de la République ont étés remerciés, mais aussi via ses structures de propagande religieuse et ses militants qui assistent cinq fois par jour aux prières tenues dans ces lieux de culte, et surtout la prière du Vendredi. Imaginez ces milliers de prosélytes, qui s’adresseront aux millions de tunisiens qui fréquentent les mosquées, pour les inviter à élire les listes bénies de Dieu d’Ennahdha. En face, dans ces mosquées, aucune force politique n’est présente, même pas Nidaa, qui d’ailleurs a perdu une grande partie de sa base destourienne pratiquante et conservatrice. Sans parler de la gauche soft ou radicale, qui par convictions anti-religieuses ne fréquentent jamais les maisons de Dieu.

Ensuite Ennahdha a récupéré une grande partie des notables locaux et régionaux et qui étaient membres de l’ex RCD dissous, qui pour la plupart ont choisi de se mettre sous l’aile du parti islamiste pour échapper à la vindicte des pseudos révolutionnaires, des gauchistes et des syndicalistes hargneux et revanchards. Et enfin Ennahdha, pour constituer ses listes a eu recours aux ex-responsables municipaux rcédistes, ou autres notabilités locales, pour la plus part des cadres, des médecins, des avocats, des pharmaciens où l’on compte selon certaines sources, plus de 3000, sur les 7500 membres ou plus des candidats nahdhaouis. Et pour boucler le cercle et garantir son OPA, sur les pouvoirs locaux, Ennahdha a constitué, là ou ce parti a une présence, des listes « indépendantes » qui travaillent pour récupérer les voix qui risquent d’aller vers les listes qui ne sont pas sous son contrôle.

Enfin, une fois les élections terminées, le parti islamiste s’attellera à récupérer, les élus qui ne sont pas de son bord, par tous les moyens pour garantir le verrouillage des conseils municipaux, contrôler ainsi toutes les villes et imposer son ordre implacable en contrôlant définitivement et pour longtemps tous les pouvoirs locaux et régionaux, afin de se protéger des vicissitudes du temps. C’est aussi pour disposer des moyens financiers qu’offrent les municipalités et les mettre au service de sa stratégie de recrutement surtout à l’égard des couches les plus défavorisées, comme jadis faisait le parti destourien.

Mais le plus important c’est que le parti islamiste, par le biais de ces élections, pourra s’affirmer comme le premier parti politique, devenant ainsi le parti hégémonique et baliser ainsi la voie vers un retour du parti unique, mais cette fois-ci sous coloration islamiste, comme l’est devenu le parti turque d’Erdogan, modèle suprême des nahdhaoui dit « modérés ».

En Face, les contre-pouvoirs s’écroulent 

Le sursaut salutaire qui a suivi la prise du pouvoir par les islamistes et leurs larbins et qui a abouti à la démission du Gouvernement nahdhaoui et les élections de 2014, a vite fait long feu, lorsque le principal parti vainqueur, Nidaa a tourné casaque, trahissant les espoirs de ses électeurs et ses propres promesses et se compromettant dangereusement avec les islamistes, sous l’argument fallacieux de l’unité nationale et son avatar le wifak « l’entente », car l’unité nationale n’a jamais été aussi mal même au pires moments de la Troïka. De quelle unité nationale parlons nous quand il s’agit d’un processus de balisage pour la prise du pouvoir par le bas, de la part des islamistes après qu’ils aient assuré la prise du pouvoir par le haut en contrôlant les principaux ministères de souveraineté, le MI et la Justice ? Le cas de l’ex ministre du MI, en cavale, poursuivi par la justice militaire, seule à n’être pas encore tombée sous la férule d’Ennahdha, et qui est soupçonné d’avoir permis à des terroristes libyens de s’entraîner dans les camps de notre propre police, sans parler des terroristes de chaambi qui ont ensanglanté le pays, massacré nos soldats et nos policiers, avec la complicité d’un autre ministre du MI, dont le parti Ennahdha est encore au pouvoir ne sont-t-ils pas des preuves suffisantes que cette fausse unité nationale ne sert que la stratégie d’hégémonie et de noyautage du parti Ennahdha. Nidaa, a depuis le début de ce maudit wifak, vendu la partie, en contre partie, de promesses d’arrangements et de « garanties » pour l’après BCE. Qui est encore assez idiot pour croire en des garanties, données par Rached Ghannouchi, qui le long de tout son parcours a toujours trahi ses plus proches alliés, comme l’attestent les destins malheureux de Marzougui, Chebbi, Ben Jaafer, qui furent utilisés puis jetés comme des kleenex ?

Ce qui est important à dire, c’est que Nidaa ne fait plus parti depuis son alliance avec Ennahdha du grand rempart contre l’Islam politique mais il constitue désormais, une colonne (voire même la cinquième) de l’édifice échafaudé par l’Islam politique et sa colonne vertébrale Ennahdha.

Les autres partis, dit centristes, comme Afek, l’UPL, al mubadra, ainsi que Joumhouri et el masar, censés êtres actuellement contre l’Islam Politique, ont étés les premiers à mordre dans les petites carottes que leurs ont tendues les deux partis, Nidaa et Ennahdha, pour prétendre constituer un rempart contre ce mastodonte, surtout que les élections municipales ont étés l’occasion de prouver que ce sont des partis squelettiques, avec l’arrogance et les fanfaronnades en plus. Reste al machrou, qui malgré des liaisons dangereuses passées de son leader avec l’islam politique et son protecteur arabe, prétend devenir la colonne vertébrale de ce rempart. Sauf que BCE, qui lui fait de temps en temps du pied, peut à n’importe quel moment, le remettre à son service. C’est à dire au service de l’Islam Politique.

Al Jabha, en voie de disparition

Hamma Hammami et son parti stalinien ont étés les premiers dans la gauche arabe à s’allier avec l’Islam politique depuis 2005, sous prétexte de lutte contre « la dictature », or si la Tunisie, a bien connu des autocrates comme Bourguiba ou Ben Ali, elle n’a jamais connu de dictature. Ce terme a été utilisé d’abord par les américains pour qualifier leur ancien allié Ben Ali, et jamais au grand jamais ce terme n’a été utilisé dans la littérature politique tunisienne de gauche ou islamiste avant le coup d’État de 2011. Comme d’ailleurs l’utilisation du mot « révolution » pour qualifier les mouvements de contestations populaires contre l’ancien régime. Dictature et révolution sont deux mots clefs pour légitimer et justifier la destruction systématique de l’État National et de ses acquis. L’extrême gauche tunisienne, représentée actuellement par le Front populaire, en a usé et abusé pour détruire toutes les institutions et créer le chaos. La dernière preuve est le retour d’une alliance Jabha-Ennahdha, pour maintenir une des ennemies les plus irréductibles de l’État National, et qui ne s’en cache pas, l’inqualifiable présidente du comité dit de la justice transitionnelle. Le long de son existence, ce comité à dirigé la bataille de destruction massive de l’État National, tant sur le plan symbolique que politique, avec en plus, l’argent des contribuables, avec le soutien infaillible d’Ennahdha et du Front populaire, sans compter le parti néo-fasciste de Marzougui et de ses filiales. Logiquement ce front a été constitué pour se battre contre Ennahdha, il finit comme a toujours fini l’extrême gauche dans son escarcelle.

Mais le pire, c’est que ce front formé des plusieurs micro-partis a réussi à peine à constituer le 1/3 des listes pour les municipales, ce qui signifie qu’il est en phase descendante et qu’il va se rétrécir comme une peau de chagrin. Aux prochaines élections législatives, il renouera avec ses zéro, virgule. C’est le destin qui frappe tous ceux qui se sont alliés un jour ou l’autre à l’Islam politique. A quelqu’un qui lui conseillait de temporiser avec les Frères musulmans, Bourguiba qui les connaissait très bien pour avoir protégé plusieurs de leurs dirigeants égyptiens de la vindicte de Nasser, a répondu : « Nasser a pendu Saïd Kotb et il est mort dans son lit et Sadate qui s’est allié avec les Frères, s’est fait tuer par eux ».

Les destouriens noyés dans la multitude

Nous avons dit plus haut qu’une bonne partie des cadres de l’ex parti destourien a été récupérée par Ennahdha. Mais d’autres parties constituent aussi, la grande majorité des listes de Nidaa, de Machrou, de Moubadra et totalement, les listes du parti destourien libre. Électoralement les destouriens constitueront à coup sûr, une grande partie des futurs conseils municipaux, mais sous des étiquettes différentes. Les municipales signeront le grand retour des destouriens aux affaires, mais non le grand retour politique. La guerre impitoyable que mène le parti déstourien libre à l’Islam politique, même si électoralement est non productive, elle destine ce parti à devenir le principal pôle anti-Islam Politique et le positionne dans une stratégie d’avenir où il sera la matrice qui supportera les batailles à venir, qui, comme l’Histoire nous l’a appris, finiront par corriger cette anomalie de l’Histoire. L’Islam Politique sera tôt au tard ramené à ses justes proportions, une fois la vague du dit printemps arabe sera refoulée dans les abysses de l’Histoire. Tous les indices géopolitiques convergent pour signifier que ce cauchemar sera vite oublié. Cet avatar venu des fonds du moyen âge et propulsé au devant de la scène politique mondiale, et qui a servi à détruire presque tous les États nationaux arabes, va servir étrangement à les reconstruire sur d’autres bases, celles des temps modernes. Mais comme on le sait les destouriens ne peuvent s’unir que derrière un Leader nationaliste, ce dernier tarde à se présenter. Ce sont les circonstances nationales et internationales qui décideront et non le désir des femmes et des hommes, quelque soient leur patriotisme. Les destouriens doivent encore attendre.

Un triomphe en guise d’un requiem funèbre

Le triomphe d’Ennahdha et donc de l’Islam Politique aux prochaines municipales annonce la fin inéluctable de ce fléau. Rappelez vous, la victoire écrasante d’Ennahdha et de ses alliés aux élections de la dite constituante. Trois ans d’exercice du pouvoir ont suffi pour convaincre l’écrasante majorité des citoyens de la nécessité de les faire déguerpir. Ils seraient restés un an de plus et ils auraient étés rayés de la carte politique du pays, ce n’eût été la main tendue de BCE, pour les sauver. Il le sait et ils le savent, du moins leur chef.
 La raison principale de leur désaveu par la grande masse, est qu’ils ont montré leur vrai visage, le visage hideux de l’Islam Politique. Nous connaissons la suite…

Cette fois-ci, ils seront des milliers à vouloir imposer leur loi, aux citoyens, avant ils étaient une centaine à la tête de l’État. Ils seront obligés de se démasquer avec l’incompétence en plus. Les destouriens qu’ils ont mis sur leurs listes, en grande partie opportunistes et arrivistes les abandonneront en cours de route, quand ils seront empêtrés et embourbés dans les méandres de la gestion municipale. Le citoyen Lambda qui assistera à la dégradation totale de son cadre de vie où les municipalités ressembleront aux quartiers de Kandahar, ou Kaboul, n’aura plus à être convaincu pour les déloger au plus vite. Rappeler vous de l’histoire des révoltes depuis le début de la dynastie housseinite, celle de Ali Ben Ghdhehoum, surtout que, ni ce gouvernement qu’ils contrôlent, ni celui qui viendra après (qu’ils contrôleront aussi) ne pourront stopper la descente aux enfers du pays. Car l’enfer, c’est justement l’Islam Politique.