Les différents événements douloureux qui ont secoué, ces derniers jours, juste après l’investiture du cabinet Y.Chahed , différents gouvernorats et délégations du sud et du nord ouest sont les signes précurseurs d’une sédition ou voire même les prémisses d’une insurrection qui couve dans ces contrées, contre le gouvernement constitué essentiellement sur la base d’une alliance dite « stratégique » entre le parti séculier Nidaa et le parti religieux, colonne vertébrale de l’Islam politique, Nahdha, depuis les élections de 2014. Présentée par ses propagandistes comme la clef de voute de la stabilité politique, de la sécurité et du développement économique, cette alliance contre-nature, n’avait aucun fondement idéologique, politique ou de programmes économiques, car elle a été concoctée par les deux patriarches, B.C.E et Ghannouchi pour sauvegarder d’abord les intérêts propres de leurs familles et de leurs proches, au détriment même des intérêts supérieurs du pays, ainsi que pour se plier aux injonctions de leur grand protecteur l’Oncle Sam, qui tenait jusqu’alors à sauver le cobaye Tunisie vitrine du « printemps arabe » de la déflagration générale qui a frappé tous les pays touchés par les « bienfaits » de la démocratie à l’américaine. On a inventé alors un concept qui n’existe nullement dans les dictionnaires et les lexiques des sciences politiques, « le wifaq », « l’entente » qui rime d’ailleurs en arabe avec « nifaq », hypocrisie.

Une unité de façade

Depuis la fameuse rencontre de Paris entre les deux patriarches, qui jusqu’alors se vouaient une haine sans limite, aucun texte sérieux ou déclaration solennelle commune, ne sont venues sceller cette alliance contre-nature des deux partis que tout oppose naturellement. Pire encore, les discours délivrés par et à leurs bases respectives révèlent la persistance de divergences de fond, quant aux projets sociétaux qui sont antagoniques et historiquement inconciliables, qui comme le disait à juste titre B.C.E lors de sa campagne électorale, étaient séparés par quatorze siècles. Pourtant les deux gourous n’arrêtent pas d’afficher une unité de façade et s’envoyer mutuellement des fleurs, comme pour camoufler le grand malaise qui pèse sur les esprits de leurs militants, cadres et mêmes hauts dirigeants. Le simulacre d’une prétendue séparation entre le politique et le prosélytisme du parti Nahdha a vite tourné court, quand ce parti religieux a imposé à la tête du Ministère du culte un des plus salafistes parmi ses dirigeants, après avoir éliminé lors d’un remaniement, le ministre qui a osé s’attaquer à ses fiefs politico-religieux, les mosquées transformées depuis 2011 en bunkers idéologiques nahdhaouis, où sont formés les prétendants au jihad, et d’où sont partis les 13 000 combattants en Syrie ou ailleurs, selon les propres chiffres du M.I.

Nahdha, par le biais de son appareil sécuritaire clandestin qui continue à agir comme un parti salafiste qui prépare ses troupes pour le combat final, tout en tenant un discours mielleux sur l’unité nationale et l’État. Tout au plus Nahdha est en embuscade, continuant à infiltre l’État avec toutes ses institutions y compris sécuritaires. Ce parti n’a cure du développement et de la croissance économique, car selon ses stratèges, une possible révolte populaire ne pourra être que du pain béni pour recruter des adeptes, comme il l’a toujours fait, sur une base religieuse, sachant que la religion restera toujours une valeur refuge pour les déshérités. Les dernières déclarations de Rached Ghannouchi, à Gafsa et à Sfax qui torpillent déjà les accords faits pour constituer le gouvernement Chahed, sont à ranger dans la stratégie du renversement futur de la table sur Nidaa et le gouvernement le moment opportun, ce que Nahda ne manquera pas de faire le moment où ce parti sera sûr que l’axe Nidaa-Nahdha a pris l’eau et qu’il faut sauver sa peau quitte à enfoncer son ex-allié comme il l’a déjà fait avec les malheureux Marzougui et Ben Jaafar.

Un Nidaa qui n’est plus que l’ombre de lui même

Une des raisons de l’inéluctabilité de la fin de l’alliance Nidaa-Nahdha est la situation catastrophique de ce parti, en raison essentiellement de l’entêtement de son fondateur à placer à sa tête son fils, en éliminant tous les cadres qui s’y sont opposés. Mais la principale, n’est autre que la « trahison » de sa raison d’être même, comme alternative à l’Islam politique, lorsque son leader avait tourné le dos à ses électeurs et aux cadres qui l’avaient rejoints dans l’espoir de faire barrage à la montée de l’hydre de l’Islam politique, et a créé avec son ennemi mortel, un axe du mal dont les résultats après deux ans de règne, amènent le pays au bord d’une catastrophe nationale sans précédent. Nidaa n’est plus désormais que l’ombre de lui même et toutes les tentatives de le replâtrer seront vouées à un échec total. Ce parti est depuis longtemps en mort clinique et continue de vivre à un état végétatif, et les scandales successifs qui le frappent, ne sont que les signes nauséabonds d’un cadavre en décomposition. Sa chute brutale a de fait miné les bases de cet axe du mal Nidaa-Nahdha, et l’on ne voit pas pourquoi le parti religieux de Ghannouchi continuerait à s’allier avec un cadavre de parti, tout au plus, il continue à faire semblant pour ne pas fâcher B.C.E, tout en assénant des coups bas à son « allié » devenu trop infréquentable.

L’autre facteur sur lequel nous reviendrons, est sûrement le facteur régional, voire même régionaliste, car les deux « cheikhs », ont révélés pendant leurs longues carrières des tendances régionalistes, souvent bien camouflées, surtout dans les nominations dans les hautes fonctions de leurs partis et de l’Etat. Le « sudisme » de Ghannouchi lui a permis de ratisser large pendant les dernières élections dans tout le sud et ses dernières déclarations à Gafsa sur le phosphate vont dans le même sens régionaliste. La réaction de Mourou (un beldi) est aussi à interpréter comme une défense des siens !!!!. Le budget de l’Etat fera l’objet d’une âpre bataille ! A suivre…

Les craquements dans l’alliance Nidaa Nahdha qui se font entendre prouvent que les vrais clivages finissent par avoir le dessus sur les faux arrangements. Cet axe du mal est condamné par la nature de la société, voire la nature tout court et par l’Histoire. Il ne durera pas plus longtemps !