Tout d’abord qu’on ne nous raconte pas cette histoire à dormir debout (dont seuls les débiles politiques peuvent y croire), qui consiste à dire que le nouveau Président du gouvernement, Yussef Chahed, somme toute un novice en politique, a lui même composé son gouvernement. Nous pouvons certifier aussi qu’il connaît à peine les membres qui composent son gouvernement pour ne pas dire plus. Nous pouvons déjà, confirmer sans risque de nous tromper, que ce gouvernement a été concocté par B.C.E, lui même, aidé certes par des conseillers occultes, qui, de leur côté sont au cœur des réseaux de pouvoir, connus ou inconnus par le commun des mortels. Les bruits de coulisses faisaient déjà fureur, depuis des mois et des personnes furent contactées de longue date, tandis que d’autres envoyaient leurs CV depuis au moins quelques mois, juste au moment du remaniement du gouvernement Hbib Essid. Certains partis politiques avaient même poussé le cynisme à l’époque jusqu’à promettre des postes à des nouvelles recrues, leur affirmant qu’ Essid partirait avant l’été 2016, ce qui fût fait. Car Essid a scellé lui même son sort lorsqu’il s’est mis dans la tête de « partager » le pouvoir avec B.C.E, tout en continuant à lui faire carpette. Il n’a pas compris que B.C.E, est le pur produit de l’école bourguibienne, du moins sur ce point, dont la doctrine repose sur un principe : Le pouvoir ne se partage pas !!.

Objectif : Charcuter les partis à la tronçonneuse

Bourguiba et Ben Ali ont régné avec un seul parti (PSD, RCD) politique et l’on connaît le sort de toutes les tentatives pour créer des partis politiques, quelque soit leurs obédiences, qui pouvaient constituer une alternance au pouvoir. B.C.E, malgré ses discours sur la démocratie et le pluralisme, reste prisonnier de cette vision, qui consiste à faire le vide et éliminer politiquement tous ceux qui gênent son pouvoir absolu d’où la tentation de réformer la constitution (qu’il a applaudi des deux mains) dans le sens qui consiste à lui accorder tous les pouvoirs, aidé par cela d’un Rached Ghannouchi, qui poursuit, quoique d’une façon différente, le même but, car il aspire lui aussi à la magistrature suprême.

Sous le mot d’ordre fallacieux de créer un gouvernement d’Union Nationale, la composition du gouvernement Chahed, prouve qu’on a phagocyté tous les partis, commençant par Nidaa en passant par Nahdha (avec la bénédiction de R. Ghannouchi) sans parler du Front Populaire (l’aile watad), Al Masar, Afek, Al Joumhouri, l’UPL, Al chaab, Al Moubadra, l’UGTT, l’UTICA. Il est clair qu’en continuant formellement à négocier avec les responsables des partis, réunis pompeusement et devant les caméras, on s’est appliqué à débaucher les personnes qu’on voulait recruter et qui appartiennent à ces formations et qui ne sont pas les personnes choisies par leurs chefs. Ainsi les nouveaux ministres ne doivent leurs postes qu’à Chahed, mais en réalité surtout à B.C.E. C’est la méthode Essebssi ! Ils seront de ce seul fait, des femmes et des hommes de B.C.E et non ceux d’une cause partisane et appliqueront son programme, qui, on le sait, peut se résumer aux injonctions des bailleurs de fond (FMI, BM, U.E…). C’est pour cela d’ailleurs que l’extrême gauche et l’UGTT sont les principales cibles de cette grande manœuvre, qui vise non pas à créer une Union Nationale, mais à créer une Union autour du tandem B.C.E-Ghannouchi. Et c’est brillamment réussi, car B.C.E, ce vieux renard, n’a fait qu’une bouché du Front et des débris de la gauche (Joumhouri, Masar, Watad, Chaab..) Il leur a en plus jeté la bombe de la discorde, puisque déjà on qualifie ceux qui ont rallié le gouvernement de « traîtres » et leurs ex-camarades les traitent de tous les noms d’oiseaux. Une fois au gouvernement, ces nouveaux ministres provoqueront immanquablement des scissions, ce qui n’est que du pain béni pour le tandem au pouvoir. Ce qui a facilité cette OPA sur les partis dits de gauche, c’est surtout l’incompétence manifeste de leurs leaders qui continuent à vociférer des slogans pseudo-révolutionnaires tout en ayant les pieds dans la m… jusqu’au coup. Il suffit de voire d’où viennent leurs finances.

La gauche en miette…pour des miettes

Historiquement la gauche tunisienne n’a jamais été qu’un auxiliaire du pouvoir en place depuis 1920, où les communistes et les socialistes ne revendiquaient que dans le cadre du protectorat. Sous le PSD de Bourguiba avec son « soutien critique », sous Ben Ali où elle a servi de suppléant pour la guerre contre l’islamisme, la gauche n’a jamais été qu’un sous traitant. La vraie gauche existait en fait au sein du parti au pouvoir. L’extrême gauche, restée groupusculaire dès les années soixante dix propulsée au devant de la scène politique et médiatique après le 14 Janvier 2011, pour servir de cache sexe aux comploteurs du coup d’État, a cru que son heure est arrivée et s’est mise à faire monter les enchères « révolutionnaires » jusqu’à demander à pendre haut et court les hommes de l’ancien régime qu’elle servait sans broncher pendant de longues années, balisant ainsi le terrain pour la prise du pouvoir à son pire ennemi l’Islam politique. On n’a jamais vu, dans l’histoire universelle de la gauche, une gauche aussi gauche et aussi nulle.

Avec la Troïka, parce que deux de ses leaders ont étés assassinés, et que les autres leaders avaient la trouille de connaître le même sort, au lieu de prendre le pouvoir qui était dans la rue et qu’il suffisait de se baisser, elle s’est rejetée encore une fois entre les mains des destouriens et s’est aligné derrière un des plus grands barons des régimes de Bourguiba et de Ben Ali, Béji Caïd Essebsi et a même participé activement à sa montée au pouvoir en tournant le dos à Moncef Marzougui et M. Ben Jaafar qui étaient sensés êtres de gauche avant de se jeter à leur tour dans les bras d’El Nahdha.

Pire encore, continuant dans sa débilité, au lieu de tout faire pour participer au pouvoir avec B.C.E et l’empêcher de s’allier avec Ennahdha, elle l’a poussé dans les bras de ce parti. Une gauche aussi nulle, on n’en trouve qu’en Tunisie. Et voilà maintenant que les plus « radicaux » de ses ténors font des pieds et des mains pour un strapontin au gouvernement Chahed. Triste spectacle, où des révolutionnaires de pacotilles travaillent pour un gouvernement totalement dépendant de l’étranger. Au nom d’un « réalisme » de bas étage, après avoir vilipendée, les capitalistes, les corrompus, les compradores, l’impérialisme, les voilà dirigés par un ex agent de l’USAID (Ce n’est pas une insulte mais un fait). Ils seront les alibis et la vitrine pour faire passer les politiques les plus rétrogrades, les plus impopulaires, les plus réactionnaires que la Tunisie ait jamais connus depuis la commission financière qui a engendré le protectorat (1881), il est vrai dans « la démocratie »  la plus totale qui frise même l’anarchie. Ainsi l’a voulu l’oncle Sam !!

Ce n’est pas faire œuvre de prophétie que d’annoncer l’éclatement du front populaire, qui est déjà une organisation squelettique et sans projet et les quelques députés de cette formation qu’on a poussés par tous les moyens à figurer dans l’Assemblée ne sont que des Don Quichotte qui s’ignorent ! Ils passent leur temps à combattre des moulins à vent qu’ils dénomment les corrompus (al fasidoun), alors que la corruption a gangrené une partie au moins de leurs leaders, il suffit de demander à un ex secrétaire général de l’UGTT.

La Nahdha est crucifié à l’autel de Ghannouchi

Les «colombes » d’Al Nahdha dont certains figurent sur la liste du Gouvernement Chahed , imposés par R.Channouchi à sa formation d’abord, puis à Chahed, sont ceux qui ont la bénédiction de B.C.E. Ils ne tiendront pas longtemps devant les menées des « faucons » qui voient d’un mauvais œil ces nouveaux promus dont le seul mérite est d’êtres des inconditionnels de Ghannouchi qui les a fabriqué de toute pièce.

Comme les dessins d’al-Nahdha se confondent souvent avec les dessins de son gourou, il y a à parier que cette formation pyramidale (comme les partis communistes), même si elle ne connaîtra pas de graves scissions, va se rétrécir comme une peau de chagrin et reprendre sa taille normale d’avant 2011. Ce parti n’est qu’un mastodonte aux pieds d’argile, ou comme disait Mao Tsé-Tung, un tigre de papier. Mais un tigre est toujours un tigre même en papier. Sans Rached Ghannouchi, Nahdha aurait elle aussi éclaté en mille morceaux. C’est la loi du genre. Mais pas tout de suite. En tout cas, le rôle des ministres nahdhaoui, dits politiques, est justement de dompter ce fauve, pour qu’il suive sans broncher la politique anti-nationale du gouvernement Chahed, et pour faire avaler la pilule au pauvre peuple tunisien qui sera à coup sûr plus pauvre que jamais. C’est l’objectif même du « wifak » concocté dans les laboratoires américains.

Al Nahdha n’a plus aucun choix à court terme, prise dans l’étau de ses alliances internationales et nationales. S’adapter vite, très vite ou subir le courroux de ses nouveaux maîtres, car R. Ghannouchi connaît les conséquences d’une désobéissance. Quitte à perdre une grande partie de ses adeptes, trompés eux aussi par Ghannouchi, comme ceux de Nidaa par B.C.E, mais la politique a ses raisons que la raison ignore. En réalité la raison en connaît quelques uns. C’est le prix à payer pour rester fréquentable, et ça Ghanouchi le sait très bien.

En guise de conclusion, on peut affirmer que B.C.E a réussi à chambouler la scène politique en faisant éclater comme, seul il sait le faire, ces formations dites politiques, formées ou boostées à la va vite après le 11 Janvier 2014. Beaucoup de comparses vont devoir aller se ré habiller. D’autres prendront la place, à condition d’être des inconditionnels d’un des deux « cheikhs » au moins si non des deux. Vous avez dit Gouvernement de Jeunes ? Quels jeunes ?