Diabolisés, pourchassés, traqués et même jetés en prison, le plus souvent sous des accusations fallacieuses et avant même que des preuves tangibles de corruption soient rassemblées, les destouriens deviennent, après cinq longues années de chaos généralisé et après l’échec cuisant de toute la classe politique qui a pris le pouvoir, toutes tendances confondues, la famille la plus courtisée, la plus chouchoutée, voire même la plus sollicitée, pour que ses « azlems » reprennent du service, évidement sous d’autres étiquettes. Même Ennahdha s’est mise à faire les yeux doux aux RCDistes, cette fois publiquement, puisque un de ses ténors, réputé pour être un « radical » a carrément appelé les ministres RCDistes à rejoindre les rangs du parti islamiste exception faite a-t-il déclaré (sans sourire), des « corrompus » alors que chaque jour les tribunaux déclarent des non-lieu à l’encontre, d’anciens ministres, des PDG et des patrons de l’administration de l’ancien régime. Quant au Nidaa, Canal historique (le qualificatif n’est pas de moi), il s’est carrément permis de « recevoir » par le biais de son directeur exécutif, comprendre tenter de recruter, les secrétaires généraux et les têtes les plus illustres de l’ancien R.C.D. L’autre Nidaa des dissidents et des récalcitrants, tente carrément, non seulement de séduire les barons de l’ancien régime, en sollicitant leur bénédiction, mais son dirigeant déclare à qui veut l’entendre, qu’en fait il a toujours été destourien et qu’il a fait ses classes dans « la jeunesse destourienne ». Nous n’évoquerons ni Afek Tounes ni l’UPL, car tout le monde sait que pour l’essentiel les cadres de ces deux formations, ont étés fabriqués dans les organisations satellites de l’ex RCD ou dans les réseaux occultes qui tournaient autour du système Ben Ali. Pour la bonne cause, ces nouveaux dirigeants, s’étaient mués, dès le décollage de l’avion présidentiel, un certain 14 Janvier 2011, en chantres de la « Révolution » et mêmes que certains avaient rejoint à l’époque les formations les plus jusqu’au-boutistes. Tout ce beau monde se découvre soudain une filiation destourienne, si non RCDiste, tout au moins bourguibienne. C’est la revanche à titre posthume de l’ancien néo-destour, de l’ancien RCD et surtout de Bourguiba. Le plus amusant c’est que ceux qui ont pendant les trois premières années ont appelé à pendre (politiquement) haut et cour les destouriens, non seulement versent aujourd’hui carrément dans la surenchère (Plus destourien que moi, tu meurs), mais cherchent encore une fois une nouvelle virginité et tentent de prendre l’habit d’hommes d’État. Or l’habit ne fait jamais le moine !.

La raison réelle de cet engouement perceptible pour les RCDistes (car les destouriens non RCDistes se comptent sur le bout des doigts) réside d’abord dans l’incapacité, presque structurelle des membres de la nouvelle classe politique à diriger les affaires et ensuite le retour brutal de l’opinion publique, qui de plus en plus, manifeste une nostalgie directe pour l’ancien régime et donc vers les hommes de l’ancien régime. Mais ne nous trompons pas, il ne s’agit nullement d’un désir de voire rétablir l’ancien système, qui soyons clairs, a été déstabilisé par un soulèvement populaire avant que les trahisons et les retournement de vestes ne viennent asséner un coup fatal à l’État et livrer le pays à l’instabilité et l’anarchie qu’on a connues et qui continuent encore. L’Histoire dira qui a été responsable de ce désastre que la Tunisie n’avait jamais connu depuis la fin de la dynastie sanhajite (Les Zirides, 11ème siècle) puisque depuis les Hafsides (1207), l’État central n’a jamais été aussi menacé. Après cinq ans d’anarchie, érigée même en système constitutionnel, la population exprime de plus en plus son rejet de ceux qu’elle considère comme responsables de cette décadence et appelle de plus en plus au retour des « anciens ». Les sondages d’opinions réalisés souvent en catimini ainsi que les spécialistes et autres observateurs occidentaux, confirment cette lame de fond. D’où l’agitation fébrile qui a pris les hommes politiques, qui sont tous partis à la pêche des perles « rares » parmi les azlems pour les faire figurer sur leurs tableaux de chasse. Retour à la case départ (R.C.D) ? Non sûrement pas, mais retour des « anciens » ? C’est certain ! Il n’y a qu’à voire les dernières nominations et le silence absolu des pseudos révolutionnaires ! Les vociférations pendant les cinq dernières années contre les azlems se retournent contre leurs auteurs. C’est même devenu à la mode de s’en réclamer ! Triste spectacle !

Quant aux RCDistes et autres destouriens, dont la plus part s’étaient retirés en désordre dans leurs maisons et fiefs pendant au moins la première année et dont ceux qui ont osé affronter la tempête se comptent aussi sur le bout des doigts, sans compter ceux qui ont retourné leurs vestes ( ils sont minoritaires), ils amorcent un retour vers la vie publique tout timide qu’il est, retour, du et encouragé par les appels du pied des partis politiques à l’approche des municipales, car il est clair, que dans les villages , les campagnes et les bourgades les plus reculées, on est soit destourien soit islamiste. Point de gauchistes, de démocrates, de laïcs ou de libéraux. On est soit musulman destourien, soit musulman islamiste. Et disons le clairement seuls, les destouriens disposent d’un réservoir qui peut fournir plus que 4500 candidats aux municipales dont une majorité de cadres, déjà rompus à l’action municipale et que même si les islamistes d’Ennahdha, s’ils peuvent aligner un tel nombre, ils ne pourront pas se prévaloir de la même qualité des candidats. Autre chose dont on est sûr, les candidats de « souche » destourienne se présenteront pour l’écrasante majorité sous une étiquette non destourienne, d’où l’aubaine pour les partis qui n’arborent pas le drapeau destourien, qui commencent à recruter les destouriens même dans leurs instances dirigeantes. Car même si la famille destourienne reste la plus nombreuse, ses descendants et représentants ne s’aligneront pas derrière le label destourien, car dans leur majorité, ils considèrent que le Destour, en tant que parti politique, fait partie du passé. D’où la complexité de la situation !

Ce qui est certain, c’est qu’il y a un retour progressif à la politique et aux affaires des destouriens, souvent par le biais de formations politiques modérées et modernistes. Pour la plus part des « revenants » tout en se réclamant de cette identité passée, ils se réclament plus de l’idée patriotique, voire même du bourguibisme. Mais le Bourguibisme c’est aussi le passé et les destouriens doivent se présenter comme les hommes de l’avenir ! Sauront-t-ils le faire ? Oui à condition d’exiger un droit d’inventaire, car c’est le seul moyen de rétablir leur honneur.