Quatre vingt seize ans nous séparent de la fondation du parti destourien (l’archéo) en 1920, par Abdelaziz Thaalbi, auteur de « La Tunisie martyre » et ses compagnons et Quatre vingt deux ans nous séparent de la fondation du Néo destour par Habib Bourguiba et le groupe de L’Action Tunisienne, en 1934, sans qu’à aucun moment, de cette longue marche et illustre épopée de ce qui a été et reste toujours la colonne vertébrale, du patriotisme, du nationalisme tunisien, n’a été marqué par un inventaire, un regard critique ou un bilan global de ce qu’on peut appeler la famille politique destourienne. Tout se passe comme si l’Histoire des hommes, comme Thaalbi, Bourguiba, Tahar el Haddad, Salah Ben Yousef, Farhat Hached, etc…, a été sacralisée, par les adeptes et les membres de cette « famille » et que la critique des positions politiques et itinéraires des uns et des autres est un sujet tabou et que la simple idée d’évoquer la nécessité de faire l’inventaire et d’opérer une, voire plusieurs, relectures est conçue comme une trahison. C’est une des grandes faiblesses de cette grande famille politique, qui disons le clairement n’a jamais posé la question démocratique au centre de ses préoccupations, jusqu’à ce que le Tsunami de 2011 ne vienne la secouer de sa torpeur. Depuis, aucun membre illustre de ce qui est devenu une mouvance, n’a eu le courage d’engager un débat sérieux sur cette question du droit et du devoir d’inventaire. La raison est toute simple : Alors que les destouriens sont devenus la cible politique principale de toutes les calomnies, de toutes les diabolisations, de toutes les surenchères et sont passés en quelques jours du statut « d ‘oppresseur » au statut « d’opprimé », des pseudos portes paroles de cette mouvance, faisant une OPA sur le label Destour et même sur l’héritage destourien, n’ont fait que tenter d’utiliser cette grande famille politique pour leurs propres calculs, souvent sordides et maladroits, pour pouvoir marchander, soit un strapontin, soit un passeport confisqué, soit pour continuer à exister sur l’échiquier politique soit même une liasse de dinars. D’ailleurs, une meute de petits voyous de la politique s’était ruée sur la dépouille encore vivante de l’ex RCD, héritier légitime et légal du Destour, pour marchander, presque à la sauvette, des restes de réseaux, des têtes encore vendables aux autres partis politiques comme Al Joumhouri, Ettakattul, voire même Ennahdha. Heureusement que la grande masse des militants, qui se comptent réellement par centaines de milliers, n’a jamais trempé dans ces sordides marchandages, même si cette masse a été décisive dans les résultats des scrutins de 2014. Cette masse est toujours en attente d’un bilan critique des ceux qui prétendent représenter cette mouvance, ne serait ce que pour donner une explication à l’effondrement du parti. Vouloir se dérober à cette tâche, c’est verser de l’eau dans le moulin de ceux qui veulent gommer et effacer un siècle du mouvement national et détruire les fondements de l’État-nation tunisien. C’est aussi faire preuve de lâcheté et de myopie politiques, sachant que tout retour de la mouvance politique destourienne, qu’il soit à travers des partis dits destouriens ou des partis apparentés destouriens passe inévitablement par l’élaboration d’un bilan critique, qui pointe du doigt, courageusement, les manquements et les défaillances des destouriens à travers presque un siècle d’histoire politique. C’est même un impératif pour toute tentative de construire une future « réconciliation nationale ». A ceux qui jettent la pierre aux autres mouvances politiques, qui de leur côté n’ont jamais été tentées de faire leurs propres inventaires, pour se dérober à ce devoir, il suffit de répondre que seule la famille destourienne a eu l’honneur de diriger et le mouvement national et la construction de l’État-nation, et que c’est à elle donc que revient principalement le devoir de faire non seulement son propre bilan mais aussi celui de l’État tunisien post- indépendant. A ceux qui veulent rejeter cette responsabilité aux seuls historiens, nous disons qu’il s’agit d’un droit d’inventaire politique et non d’une thèse de doctorat, sachant que nombreux sont les historiens tunisiens qui ont entamé brillamment ce travail, même s’il a été essentiellement concentré sur le mouvement national. Nous rejetons du même coup l’idée d’une autocritique pratique stalinienne par excellence dont l’objectif a été toujours été l’exclusion, pratique héritée de l’inquisition et de l’idée chrétienne de la « pénitence ».

Un autre handicap empêche encore l’acceptation de cette idée, est due à la tentative faite, juste après le 14 Janvier 2011 par certains politicards destouriens de rejeter toutes les fautes politiques commises à l’égard des autres mouvances, comme les youseffistes, les baathistes, les gauchistes, les syndicalistes, les démocrates et les islamistes, sur les seuls ex Présidents de la République à savoir Bourguiba et Ben Ali et de faire endosser la répression à eux seuls et tout au plus à certains ministres de l’Intérieur ou autres hauts responsables sécuritaires. C’est faire encore preuve de lâcheté politique et de lâcheté tout court, car lorsqu’on a appartenu à un système on est toujours quelque part responsables de ce qui s’est passé, aussi bien de positif que de négatif. Nous parlons évidemment de la responsabilité politique et non juridique. D’où la nécessite pour tous les hommes politiques de souche destourienne de participer chacun à sa façon et à partir de sa nouvelle position à ce devoir d’inventaire. De toute façon personne ne pourra y échapper, car l’Histoire finit toujours par nous rattraper. Il ne s’agit point aussi d’auto-flagellation, car ne nous sommes pas des chiites, mais des Républicains et qu’on veut reconstruire notre chère Tunisie sur des bases solides.