Jamais dans l’histoire contemporaine depuis l’affaire de Mustapha Khaznadar (1817-1878), le pays n’a été dans une si mauvaise situation économique, sociale et politique. La différence est qu’à cette époque, on avait fait appel à un grand homme Kheireddine Bacha (1822-1890) dont l’œuvre marquera par la suite, non seulement l’histoire de la Tunisie mais aussi du monde musulman puisqu’il fût aussi Grand Visir (Al-Sadr al Aadham) de la Sublime Porte. La situation économique et sociale de la Tunisie actuelle ressemble étrangement à celle de la Tunisie de Khaznadar puisqu’on est économiquement au bord de la banqueroute et socialement au bord d’une explosion populaire semblable à celle de Ali Ben Ghedhahem (1814-1867), sauf qu’il n y a point de Kheireddine pour sauver le pays… Les conséquences catastrophiques de cette époque furent l’instauration de le commission financière (1869, perte de souveraineté) avant l’occupation coloniale (Protectorat et traités du Bardo et de la Marsa). En effet, avec un taux d’endettement actuel qui voisine les 60% alors qu’il fût ramené par l’ancien régime en 2010 à 34%, avec un million de chômeurs (ils étaient 400 000 en 2010) dont 350 000 diplômés (ils étaient 200 000 en 2010), avec des dépenses de l’ État toujours en hausse puisque le recrutement dans la fonction publique pour absorber une partie des demandeurs d’emploi, a atteint les limites les plus élevées au monde (15%), avec un taux d’inflation réel qui avoisine les 10% et que la banque centrale ne fait que tourner la planche à billets, avec une explosion sociale qui s’annonce foudroyante après les émeutes des régions du Nord Est, avec une montée en flèche du péril terroriste malgré les coups de boutoirs que lui ont asséné les forces de sécurité et l’armée et enfin avec une classe politique, qui s’embourbe dans la corruption et l’allégeance à l’Étranger, la Tunisie est réellement au bout d’un gouffre sans fond et le pire c’est qu’à sa tête, trône une médiocratie totalement inconsciente des dangers qui guettent la Patrie. C’est le résultat de cinq ans d’une descente aux enfers systématique, au nom d’une révolution qui n’a jamais eu lieu, mais tout au plus une révolte des laissés pour compte tout à fait légitime par ailleurs. Il est futile et sans intérêt aussi de mettre des noms sur les figures qui ont amené le pays à cette situation, car désormais tout le monde sait, qui a fait quoi, et on laisse aux historiens la tâche de le faire. Mais il est du devoir patriotique de chacun de dire haut et fort : Halte au règne des incompétents et des incapables, même lorsque ces gens là ont étés propulsés au sommet des l’État au biais des urnes. La seule légitimité qui compte c’est celle de la compétence. Les autres légitimités ont atteint leurs limites y compris celles des urnes. Tout le monde sait que si le suffrage universel et le vote citoyen, constituent le moins mauvais des systèmes politiques comme le disait Churchill pour la démocratie, ils n’en constituent pas pour autant, le seul moyen d’atteindre les objectifs d’une Nation. Ils deviennent parfois même un handicap, comme lorsqu’on avait fait appel à De Gaulle pour enterrer la quatrième République Française, déjà moribonde, en 1958. Le problème c’est que la Tunisie n’a jamais et n’aura jamais un De Gaulle. Sauf que la Tunisie n’a plus le choix et ce ne sont pas des remaniements gouvernementaux ficelés sur mesure pour servir les intérêts de certains lobbies qui peuvent sauver la Tunisie. Seul un sursaut nationaliste et populaire peut le faire, qui enterrera les effets catastrophiques de cinq ans de gabegie et de destruction systématique de l’État et du pays. Ce sursaut ne peut être l’œuvre de la plèbe et des gueux. Il ne peut être que celui d’une élite patriotique rompue à la lutte et au combat pour un projet salvateur donc le seul objectif est le salut national. Car l’élite politique actuelle au pouvoir et dans des dites oppositions est dans l’incapacité de faire un pas en avant sans précipiter le pays dans le gouffre de l’anarchie, de l’abandon de la souveraineté et peut être dans la guerre civile. Ses victimes sont l’État et la Patrie, qui sont menacés de disparition surtout avec l’augmentation des périls et notamment la nouvelle guerre coloniale qui se prépare à nos frontières au nom de la lutte contre Daech, monstre crée de toute pièce, mais dans l’objectif en réalité est de contrôler les sources d’énergie et se partager les zones d’influence stratégique. L’exemple le plus significatif de la déconfiture de l’élite politique qui a dirigé le pays depuis cinq ans est la situation ubuesque du parti sensé être au pouvoir Nidaa Tounes qui s’est livré poings et pieds liés à son ennemi d’hier, le parti Ennahdha et qui soustraite l’exécution des Ukases de ce dernier pour des raisons de successions, obscures et malsaines. Ce parti passera vite à la trappe, car dans sa nouvelle version c’est un mort né. Le vide politique sidéral crée par cette guerre de succession en dit long sur la trempe des chefs et des hommes qui l’ont dirigé (et non fondé). Idem pour les autres formations politiques dites « modernistes » et qui ont sombré dans l’opportunisme le plus abject. Tous des « tartours » même s’il y en a un qui s’est illustré par sa vocation à figurer dans le Guiness book des grands comiques, mais sans l’art de divertir et il est loin d’être le seul. Cependant son appel à des élections anticipées, appel retiré aussi vite que déclaré, après le camouflet qui lui fût asséné par son ex-mentor et protecteur, n’est pas aussi idiot qu’on le pense, même s’il sort de la bouche d’un obsédé du pouvoir, car il exprime quelque part un ras le bol exacerbé de toutes les couches sociales déçues par la classe dirigeante actuelle. Ce ras le bol va in crescendo et les dernières émeutes qui ont tourné au vandalisme pur et simple prouvent que le feu couve et que les mesures prises par les différents gouvernements ne sont pas à même de l’éteindre et que même ces mesures et les déclarations qui les accompagnent servent à attiser le feu comme les déclarations de ce malheureux porte parole du gouvernement qui n’a jamais su être qu’un porte parole de ses propres ambitions et de ses sponsors, toujours changeants. On ne met pas une girouette pour désigner la direction à prendre car elle ne sert qu’à indiquer le sens du vent. Encore de l’amateurisme ! Ce Monsieur doit d’ailleurs se taire tant qu’il est un « porte parole ».

Quant au Président de la République, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a raté sa sortie et que la dernière cartouche qu’il a tiré, a plutôt touché son premier ministre (Président du Gouvernement sic!), car elle l’a accablé d’avantage, le rendant indirectement responsable de la situation puisqu’il fût prié de répondre aux revendications des émeutiers alors qu’il sait pertinemment qu’il n’en a pas les moyens. Vielle technique bourguibienne qui a fait son temps ! Toujours cette politique politicarde ! Alors que la Nation attendait un message fort qui crée un choc salvateur, on a eu le droit à un coup de com qui a fait vite flop. Décidément le Président est très mal conseillé, des fois qu’il est conseillé par quelqu’un. Mais qui ose conseiller B.C.E, qui comme le disait l’autre « porte parole » a été envoyé pour sauver le pays par la toute puissance divine. Dieu nous préserve de nos amis, nos ennemis, on s’en charge !

Alors ne reste t-il que les Saints, vers qui il faut se tourner pour prier, comme le Saint Sidi Abu Saïd El Beji, comme l’a fait BCE ? Non, tout en croyant aux saints, et aux anges gardiens, étant moi même mystique, un Ibn arabiste convaincu, il faut surtout prier Dieu, qui dans son ultime Miséricorde peut balayer tous les apprentis sorciers de la politique, sachant que Dieu a toujours ses bras séculiers et qui ne sont pas souvent ceux qui prétendent l’être.