Il y a tout d’abord une idée très répandue que le retour à la monarchie est une impossibilité de l’Histoire. C’est une idée totalement fausse, car l’histoire des peuples prouve le contraire et il n y a point de déterminisme historique. La Restauration française a duré de 1814 jc à 1830 jc et a permis le retour du roi Louis XVIII descendant des Bourbons, après la chute du premier Empire (1814) et la Révolution des Trois glorieuses (1830). Mais Partout dans le monde il y a eu des retours des Monarchies comme en Iran après l’assassinat de Mosaddek et le retour du Shah Mohammed Redha ou le cas du prince Sihanouk au Cambodge après le règne sanglant des communistes Khmers Rouges. Mais c’est moins le retour d’une monarchie qui nous intéresse ici, car la dynastie Husseinite était trop « collabo », globalement, avec le colonialisme sauf pour le cas de Moncef Bey, contrairement à la dynastie alaouite marocaine, pour espérer un quelconque retour au pouvoir monarchique. Cependant la survivance d’une forme de nostalgie du « Bon vieux temps » du règne des familles de la cour beylicale, a toujours caressé les rejetons de cette « aristocratie » d’origine Janissaire ou Mamlouk, à tel point qu’ils ont réussi sous le règne de Bourguiba, le républicain laïc, Jacobin et moderniste de faire un retour aux affaires sous la férule de la Majda (paix à son âme) Wasila. Beaucoup des fils de ces anciennes familles « beylicales » ont transformé leur nostalgie en rancune et s’étaient positionnés dans les différentes oppositions sans pour autant réussir à faire émerger un vrai Leader qui exprime haut et fort leurs ambitions politiques. Exemple, A. Mestiri.

Cependant, chaque fois qu’il y a un « Beldi » au gouvernement, ils se coalisent autour de lui, mobilisant leurs réseaux et leurs «  affiliés » pour le soutenir souvent discrètement, parfois publiquement, en usant de manigances « dasaaïs » et intrigues héritées de la longue histoire des cours ottomanes et beylicales.

Indéniablement le retour d’un Beldi au pouvoir suprême en la personne de BCE, dont l’esprit républicain n’est pas à mettre en doute, a été l’occasion pour que cette frange de la société, qui aspire légitimement d’ailleurs, à avoir sa place dans l’échiquier, fasse un come-back très remarqué, souvent sous couvert même d’un « révolutionnisme » qui fait sauter dans leurs tombes Lénine et Ché Guevara. Un de leurs représentants n a-t-il pas « dirigé» le fameux Comité de Défense de la « Révolution » et autres institutions fantoches, puisque téléguidées de l’étranger ? N’ont-t-ils pas placés leurs larbins à la tête de départements importants dans les différents gouvernements ? Celui qui a présidé le Congrès de Sousse de Nidaa pour « légitimer » le tawrith et introniser le fils Essebsi, candidat futur à la présidence avec la bénédiction de Rached Ghannouchi et ses alliés, n’est t-il pas un beldi proche cousin de l’intrônisé ? N’as t-on pas éliminé du parti toutes les têtes bien pensantes souvent d’origine « afaaqui ». B.C.E en est-t-il conscient ou ces courtisans ont ils réussi à tromper sa vigilance ? Pourquoi les intellectuels « Beldis » se taisent honteusement devant cette dérive monarchiste ? Les autres intellectuels qui avaient rejoint Nidaa et qui ont servi de « faire valoir » se taisent aussi sur cette affaire et tentent de se faire oublier, sauf pour ceux qui ont étés largement « récompensés », qui par un poste ministériel, qui par la promesse d’une ambassade. Le spectacle affligeant d’une Tunisie devenue au bout de cinq ans un champ de ruine, et dont la situation risque de s’empirer dangereusement ne leur suffit-il pas pour faire mea-culpa, pour avoir hurlé avec les loups et cru à une « Révolution » que tout le monde sait que ce n’était qu’un vulgaire coup d’État ? Les Régimes de Bourguiba et de Ben Ali basés sur le parti unique ou le parti dominant sont révolus à tout jamais, mais la Tunisie n’acceptera jamais un retour au règne des dynasties, soit-t-il sous couvert d’élections démocratiques. Ça ne passera jamais, car si le régime de Ben Ali est tombé, c’est parce que la population a cru que ce dernier a été tenté par le tawrith d’un des membres de sa famille élargie. Il semble que la leçon n’a pas été retenue. Pourtant BCE a encore une chance de rester dans l’Histoire. A-t-il encore le courage et surtout les moyens ?

Il est aussi un fait, que même en démocratie, comme en Inde et au Pakistan, des Dynastie d’origine féodale peuvent se constituer et reproduire la perpétuation de traditions monarchiques assurant le monopole quasi absolu de familles ou clans sur la vie politique. L’exemple des Kennedy et des Bushs est assez édifiant. La Tunisie risque de tomber dans l’escarcelle de certaines familles, si aucun sursaut républicain n’évite au pays cette dérive dangereuse, car elle justifiera tous les tribalismes et autres formes de clanismes sans parler d’un retour au sectarisme (taaifiya) déjà perceptible. Le Grand Bourguiba a combattu vaillamment cette régression sociale, culturelle et politique .Il revient au Président de la République, garant politique de la constitution, de réagir à cette dérive qui consiste en un retour au règne des familles et des clans, car la Tunisie ne supportera pas une révolution. Une vraie, cette fois-ci.