Si la Nahdha est le principal bénéficiaire de la crise de Nidaa, les destouriens en sont les principaux perdants…

Mieux encore, les destouriens qui ont intégré le Nidaa ont été les perdants durant toutes les péripéties de l’évolution de l’expérience de luttes et de luttes intestines qu’a connu ce parti.

Précisons dès le départ, que l’expérience de Nidaa avant et après les élections de 2014, a pu concrétiser des réalisations politiques législatives et réglementaires positives et qui vont dans le sens d’une réconciliation nationale, et d’édification démocratique, et que les destouriens même s’ils avaient pris part à cet effort, ont été bénéficiaires aussi et pareillement à d’autres forces politico-sociales. Cependant, dès la fondation du parti Nidaa… les destouriens qui ont choisi de le rejoindre, se sont trouvés dans des situations délicates, et ce malgré la proclamation de B.C.E assurant qu’ils étaient les bienvenus dans son parti et qui partage avec eux l’appartenance politique au parti destourien qui a libéré le pays…

Soumis aux marchandages politiciens, les destouriens ont été relégués aux derniers rangs, et aux positions subalternes. Ils ont été soumis à des sélections déshonorantes et à des pressions déplaisantes. Aucune représentation à la direction de Nidaa n’était possible, (exception faite à des exceptions chèrement exceptionnelles…qui confirment la règle!!!) alors que les militants de base étaient très largement destouriens. Et cette réalité a produit les premiers germes de la crise au sein du Parti. Majoritaires au sein de la base du Nidaa, ils le sont devenus dans ses structures régionales et locales, les destouriens étaient absents des structures dirigeantes du Parti. Eux qui n’ont pas choisi de se joindre aux différents projets de rassemblements de destouriens, se trouvent dans des positions de militants de second ordre dans un parti qui sont moralement tenus de renforcer pour devenir un appareil qui leurs échappe politiquement.

L’effort financier, les militants, et la base électorale que les destouriens ont fourni au Nidaa est sans mesure, mais d’un autre côté, on leur a imposé de se séparer des meilleurs de leurs cadres politiques, intellectuels et militants compétents (à qui on a froidement fermé les portes du Nidaa, et ce par calcul politicien…!)

Ainsi le mythe propagé par Nidaa d’être une synthèse des trois grands courants (de la Gauche politique et syndicale, militants associatifs indépendants, et destouriens…) n’était qu’une chimère ! Le courant destourien n’y existait pas politiquement mais seulement humain ou plus exactement au niveau de la multitude des militants de base et des cadres moyens sans représentation politique centrale et dirigeante.

C’est à la faveur d’une stratégie de la patience, que les destouriens ont fini par réaliser un semblant de progrès au niveau de l’influence politique au sein du Parti Nidaa. En effet, étant la majorité des adhérents, les destouriens se sont vus courtisés par les politiciens dirigeants du Nidaa pour servir de base à des projets politiciens (et de carrière) propres à des personnalités (non destouriennes) engagées dans des luttes de positions et de rapports de force. Et même, lors de la constitution des listes des candidats aux législatives, et à la faveur des jeux de réseaux, les destouriens n’ont pu avoir qu’une place marginale dans les dites listes, et dans celle des élus. Seuls, ceux qui parmi eux ont su/pu s’articuler à l’un des clans en compétition au sein du Nidaa ont pu percer…

Alors lorsque la crise de Nidaa a éclaté, les destouriens, choqués par l’alliance gouvernementale avec la Nahdha opérées après les élections législatives de 2014, se sont sentis floués par la cascade de coups dans le dos. Une sorte d’impasse s’est imposée aux destouriens au sein du Nidaa. En effet, en intégrant en masse ce parti, les destouriens, bien qu’ils n’ont pas récolté de résultats escomptées en considération et en influences politiques, ils se sont rendu compte qu’ils ont participé fortement, quoique d’une manière indirecte, à l’échec des toutes les autres tentatives d’unification organisationnelle des destouriens initiés ailleurs par des jeunes militants, ou par des caciques de la politique de la période d’avant 2011.

Mais voilà que la crise actuelle de Nidaa remet les destouriens, de manière tout aussi factice, au centre des polémiques et des divergences. Comment ?!

Un des clans initiateurs de cette dernière crise se proclame destourien, même si son mouvement est animé majoritairement par des non destouriens, et même si son destourisme prétend renouer avec l’action et la pensée de Abdelaziz Thaalbi (fondateur du Parti Destour en 1920), et en faire un ancêtre commun entre destouriens et Nahdhaouis. Ce thème de propagande politicienne a été repris en bloc par la Nahdha provoquant une crispation des destouriens nidaïstes se découvrant cousins ou frères avec leur ennemi principal !!!

Le deuxième clan au sein du Nidaa, composé de personnalités d’extraction gauchiste ou démocratique indépendante, a proclamé son adhésion à un Bourguibisme rénové, ce qui interpelle les destouriens du Nidaa et les embarrasse parce qu’ils se rendent compte que leur potentiel militant et leur doctrine politique nationaliste (destourienne) ne sont que des objets de marchandages politiciens…. servant la cause de lutte pour le pouvoir au sein de Nidaa.

Passons, sur le fait que les destouriens au sein de Nidaa ont été jusqu’à là divisés dans leurs appartenances aux clans (au sein du Parti) entre deux cliques qui se tirent dans les pattes et s’entre déchirent cordialement… !!

Alors que Faire… ??

Certains destouriens se sont rangés à l’un des deux clans en lutte au sein de Nidaa. Un troisième groupe se rapproche des tentatives conciliatrices au sein du Parti et rêve d’une réunification rénovatrice de l’ensemble du mouvement au niveau de sa doctrine et de son organisation. Cependant, les destouriens savent que l’objet des divergences au sein de Nidaa et qui concerne la tenue d’un « congrès constitutif ou électif » est une manière détournée de négocier la fameuse question du vote destourien dans ce congrès et par conséquent elle n’est qu’une nouvelle manière de les traiter comme un groupe politique problématique ou comme « chaire à canons » ou encore comme un capital à prendre ou à hériter.

Face à ces trois options, une alternative dissidente se dessine au sein des destouriens de Nidaa. Elle consiste à déserter le Parti et à s’inscrire dans ne expérience d’édification d’un parti exclusivement destourien.

Tous les choix conduisent à une impasse : Les trois premiers sont liés au devenir de Nidaa, qui ne se relèvera pas de sa crise même si les chances de survie bricolées ne sont pas nulles. La quatrième est à contre-courant de la réalité politique engendrée par les conséquences politiques et géostratégiques de la révolte de Janvier 2011.

C’est sur la base de ces conclusions, qui restent à détailler et à expliciter encore plus, qu’une des prémisses d’une autre alternative se dessinent. Il s’agirait d’une initiative nationale qui recompose le paysage politique tunisien dans le sens de renforcer ses forces patriotiques, démocratiques et progressistes à laquelle participeraient les destouriens sur la base d’un bilan (critique s’il en faut) de l’expérience nationale et de l’édification de l’Etat, de l’indépendance de 1956 à 2011 ; et qui aboutirait à l’élaboration d’un nouveau projet national moderniste et démocratique. Cela passera par un débat large entre toutes les forces progressistes (y compris destouriennes) et une synthèse modérée, réaliste et progressiste des visions stratégiques et politiques qui se basent sur les acquis de la Tunisie moderne et ouvrent des perspectives à l’avenir du pays, altéré par les soubresauts catastrophiques d’après Janvier 2014.