Les facteurs fondamentaux qui ont produit la crise actuelle (et peut être définitive du Parti Nidaa) ne sont pas simples et futiles comme cherchent à la présenter une cohorte d’observateurs politiques et médiatiques. Ils sont réels, complexes et multiples.

Politique ou Boulitique

Éliminons les plus évidents : L’ambition démesurée de chacun des acteurs (activistes, dirigeants, etc…) qui rapidement se sont transformés de simples spectateurs ou militants, plus ou moins intéressés par un projet national démocratique, moderniste et progressiste, en leaders auto-proclamés méprisant tous les autres (au sein et en dehors de Nidaa) et autosuffisants en tout, et ayant pour principal bagage une dose d’arrogance dans l’acharnement pour acquérir avantages et pouvoirs sans horizons politiques concernant le pays. Cette remarque critique concerne l’écrasante majorité des dirigeants de Nidaa. Tous se croyant être Bourguiba, Mandela, Lech Walesa, Lulla, Beji Caïd Essebsi, etc… !! Alors que leurs parcours individuels ne les préparaient pas à cela….du moins à court terme. Des illustres inconnues, des hommes d’affaires mixant destins et business, des journalistes pressés, des membres d’ONG américaines louches, des dogmatiques fatigués des idéologies révolutionnaires, des vieux politiciens rodés à la méthode de je ne suis ni contre vous, ni contre les autres… Tout ce beau monde qui a cherché à éloigner les plus grandes compétences nationales (qui les ont aidés en hommes et en idées) par peur pour leurs propres carrières, ont par ailleurs exploité et manipulé les énergies de milliers d’adhérents et militants et cadres au sein de Nidaa pour des intérêts égoïstes de clans de coteries et de factions….En cela le Nidaa n’a pas fait mieux que la Troïka et a rabaissé la politique au rang de « la boulitique ».

Une phase de régression historique

Éliminons cet aspect..parce qu’il est insignifiant sur le long terme…. Éliminons aussi la question de la logique de complots perpétuels de tous contre tous, qui a vicié l’effort du Parti Nidaa et pollué son atmosphère ; Éliminons la question qui concerne le fameux projet de succession dynastique de B.C.E même si, elle est une réalité non discutable. Éliminons enfin l’explication fallacieuse de la crise de Nidaa qui la rattache au conflit entre Destouriens et anti-Destouriens ..!!Dans les deux camps qui s’affrontent aujourd’hui il y a des ex-destouriens et des ex-anti-destouriens…. qui par ailleurs d’ailleurs, ces mêmes deux clans se revendiquent d’un bourguibisme plus ou moins flou… !!

Nous avons évoqué plus haut les péchés capitaux commis par les Nidaïstes dès la constitution de leur Parti et qui ont conduit à la crise qu’ils connaissent aujourd’hui. Mais évoquons, ici, le cadre objectif qui a gonflé tous les facteurs de la décrépitude du Nidaa.

Depuis Janvier 2011, la Tunisie est en transition (négative à notre avis) c’est à dire que le pays passe par une phase de régression historique générale (à l’exception du stricte domaine des libertés publiques). Les différentes forces sociales, politiques et idéologiques déstructurés par l’événement (bizarre et non encore élucidé) du 14/01/2011, n’ont pas encore définitivement atteint le niveau de pleine conscience de leur nouveau statut et leur nouvelle position dans les rapports sociaux et politiques et n’ont pas déterminé leurs options, intérêts et objectifs. Ainsi, le projet national tunisien reste à définir et reste objet de tergiversations et conflits.

La transition venue de la dislocation du système politique d’avant 2011, n’a ouvert aucune perspective historique nouvelle. Elle s’est limitée à déclarer une ère nouvelle qui n’est au fond qu’un remake du chaos organisé par l’Extérieur au profit de nouveaux acteurs politiques (islamistes) non compétents et non préparés à cela !!

La crise politique et idéologique née de la fameuse transition bâtarde (historiquement) s’est exprimée par une crise traversant tous les partis et pôles idéologico-politiques. Mais les manifestations de cette crise ont pris des formes variées et viciées par le déplacement des phénomènes socio-politico-idéologiques nouveaux ou renaissant : Nous voulons signaler par cela l’émergence d’un populisme abrutissant, d’un radicalisme nihiliste (à l’égard des acquis et réalisations du pays, de l’État et de la société!!) et la réapparition forte de réseaux terroristes (islamistes) articulés sur le banditisme, le crime organisé et la contrebande commerciale et financière.

L’État a été ébranlée, ses supports politiques (RCD, organisations et institutions…) ont étés démolis, le pays s’est mis à chavirer sous l’influence d’un encadrement médiatique étourdi parfois complice… La transition engagée en Janvier 2011, a engendré le décomposition des principaux pôles sociaux et politiques (PDP, Takattul, CPR) le RCD a été décapité, l’extrême gauche a maquillé son inexistence réelle par une unification formelle (Du front du 14 Janvier à la Jabha Chaabia) ; l’UNFT a été détruite, l’UNAT a été cassée par la Nahdha, l’UTICA est passée par moult soubresauts, les services de sécurité, de justice ont connu des attaques et atteintes sans limites, les sommets de l’administration publique des services de l’État ont étés brisés par des décisions arbitraires, vindicatives et injustes… Le climat de transition a accéléré certains processus visant à rééquilibrer le pays (surtout après les élections d’octobre 2014).

Dans ces conditions difficiles, le Nidaa est apparu mais les clarifications politiques et l’élaboration programmatique nécessaires au projet qu’il s’est fixé n’ont pas été faites : Le soutien large et enthousiaste qu’il a reçu a été fort et impatient des résultats escomptés : Eloigner la Nahdha et ses acolytes pleinement incompétents et doublement opportunistes (Takattul et CPR (s)). L’adhésion large au projet -approximatif- du Nidaa a été comprise comme un élément définitif par les premiers Nidaïstes qui se sont fermés aux conseils et à l’arrivée nouveaux acteurs… !! Et se sont mis à rêver des lendemains (individuels) qui chantent !!

Il est peut être nécessaire d’indiquer, même brièvement, le rapport qui existe entre l’échec de la phase de transition que connaît la Tunisie post Janvier 2011 et le type de crise de Nidaa. En effet, ce que nécessitent les transitions historiques dans la société est en premier lieu la recomposition du bloc historique (social, politique et idéologique) qui est appelé à diriger le pays dans les nouvelles étapes de son évolution et par conséquent une identification des forces qui soutiennent le nouveau pouvoir et les expressions partisanes et intellectuelles qui les animent. Or la dégradation de la situation tunisienne n’a pas encore permis à déterminer cette recomposition et ainsi, et de manière concomitante, le parti Nidaa, à cause de ce que nous avons appelé ses «pêchés capitaux originels » n’a pas assimilé ce besoin historique de formation d’un nouveau bloc historique et à fortiori, ne l’a pas initié ou provoqué. Il est resté un parti à la recherche de lui même, de son idéologie, de sa ligne politique et de sa spécificité. Cette dernière particularité a été aggravée par les luttes intestines qui sont loin d’être une lutte entre deux projets politiques, mais une simple concurrence politicienne.

Une alliance contre nature

Et nous tenons pour preuve, la position de Nidaa quant à la question du modèle de société qu’il adopte et projette d’édifier : Une société démocratique, civile et moderne dirigée par un État moderne et représentatif de ce choix de société. Mais dans les faits, l’alliance avec les islamistes, révèle la fragilité, voire l’inconsistance du Nidaa et montre au grand jour qu’il n’avait pas de base idéologico-politique solide et définitive, et qu’il est dépourvu de projet national, de vision pour le pays, et de dessein pour la patrie. Sa faiblesse commence avec ce point. La victoire électorale d’Octobre et Novembre 2014, a déchanté tout le monde. La Nahdha, cible première de l’action Nidaa et cause négative première de son existence est revenue au pouvoir dans le cadre d’une alliance que personne (électeurs, militants) n’accepte, ne comprend et ne digère jusqu’aujourd’hui. La suite est connue. Parlement acquis, gouvernement dirigé par un chef acquis, B.C.E, a marginalisé le Nidaa pour y préparer un terrain d’atterrissage (forcé, contesté et non légitime pour certains) à une équipe bien composée, et bien soumise au projet de succession dynastique et ses exigences politiques (alliance avec la Nahdha, relecture bizarre de l’histoire du nationalisme tunisien, et articulation du monde politico-médiatique avec les forces financières). La naissance de Nidaa est fortement liée au contexte de la transition complexe et dangereuse que connaît le pays depuis Janvier 2011 et l’éclatement de sa crise (répétée) et fortement liée à l’enlisement de l’action de son gouvernement dans le domaine de la réforme (lente, incomplète, inefficace) dont le pays a besoin et qui ne peut se réaliser pour deux raisons : La première étant liée aux exigences contradictoires de l’alliance entre Nidaa et al Nahdha, l’UPL et Afek. La deuxième revient aux dissensions internes de Nidaa lui même.

Le Nidaa a été fondé sans projet et sans programme. Une fois arrivé au pouvoir, il n’a pas pu appliquer le programme qui lui a été élaboré par ses compétences écartées et marginalisées, depuis la fin de leur contribution. Dans les deux cas, le Nidaa était absorbée par la chose politique, ou plutôt politicienne : Lutte de clans, de personnes et concurrence d’ambitions… !!

En fait, le Nidaa n’a été qu’une machine électorale qui n’a pas réussi à devenir un véritable parti politique. C’est un phénomène daté. Un simple mouvement d’un moment de l’Histoire tunisienne post Janvier 2011. Il a été composé par des cadres diversement engagés, supportés par des militants divisés et porté au pouvoir par des électeurs qui ne l’ont point compris. Ses idées, ses victoires, ses militants, et ses électeurs ne sont pas à lui, car il n’a pas élaboré un projet collectif et national. Il n’a été qu’une petite somme de plusieurs projets et ambitions personnelles et claniques.

Il est certain que dans l’expérience de Nidaa, il y a du positif pour le pays et que BCE a initié quelques bonnes réalisations. Il est certain que Nidaa a aujourd’hui les moyens de rebondir et d’assainir quelques peu sa réalité négative et de continuer à exister et agir dans la direction qu’il a choisi. Mais le mal est fait. L’élan est cassé. L’image est ternie…!! Le Nidaa n’est plus une force d’avenir, et d’alternative nationale démocratique et progressiste pour la Tunisie. Trop d’hypothèques le guettent, le plombent, et l’emprisonnent : Telles que les manœuvres destructrices de la Nahdha, le désespérant désespoir et dégoût de ses électeurs, militants et amis ; la multiplication des ambitions gargantuesques de certains de ses cadres, la folie du projet de succession à base dynastique, l’échec de la tentation réformatrice de l’action du gouvernement qu’il est censé diriger…..

Le redressement du pays nécessite d’autres voies, d’autres moyens, d’autres idées… Les tunisiens ont expérimenté depuis octobre 2011, l’islamisme d’al Nahda, l’opportunisme populiste et carriériste du Takattul et du CPR et viennent depuis 2014 d’expérimenter d’autres sous produits de la dite « Révolution » de 2011. Son dégoût de l’élite post Janvier 2011 est légitime…

à suivre