Voilà que la crise fatale du Nidaa éclate. Nous l’avons annoncée depuis longtemps. Ce n’est pas Cassandre qui l’a annoncée, mais la prospection stratégique. Pourquoi ?

Parce que le Nidaa a porté dans ses germes les facteurs de sa crise actuelle. Nous ajoutons aujourd’hui que le Parti Nidaa ne sortira pas de son état de crise et même s’il réussit à durer, et il (ils) sera (seront) autre (autres)… !! Pourquoi ?

Parce que les facteurs de sa crise, n’ont pas produit leurs antithèses et que l’approche de la résolution de l’état de crise est, elle même, viciée à la base (on y reviendra plus loin)…Ce qui nous conduit à conclure que le « projet » Nidaa est mort (même si son corps politique peut poursuivre son existence agonisante…)

Ainsi l’existence courte comme une étoile filante, le parti Nidaa, a été marqué et ruiné par les péchés capitaux qu’il a commis dès sa naissance laborieuse. Ces péchés passés et non dépassés marquent son présent brisé et son futur disloqué.

Dès sa constitution plus ou moins improvisée, le Nidaa a jusqu’à sa victoire électorale, a commis cinq péchés capitaux.

1- Les courants

Le Nidaa s’est voulu un rassemblement de plusieurs courants idéologiques politiques : (Destouriens, militants, d’extraction syndicale et vaguement gauchiste, et des personnalités politiques indépendantes. Les règles politiques, organisationnelles et statutaires qui pourraient régler les questions de représentations, de représentativité et des rapports entre ces diverses tendances n’ont jamais été définies. Cela a crée une situation oblique, avec une base militante d’extraction destourienne et une direction exclusivement non destourienne (voire hostile dans certains cas…!). L’air du temps a favorisé au début de l’expérience cette déviation, plus tard elle est devenue ingérable voire explosive, ce qui a favorisé tous les genres d’opportunismes (dans tous les sens) et un certain réalisme qui n’a pas pu gommer… Le Nidaa s’est contenté, en fait d’être un assemblage de courants, et non une fusion ou une coalition ou une alliance. L’absence de code de conduite pour la coexistence de ces courants a favorisé leur explosion…

2- Le chef omniprésent

Le Nidaa fut un parti d’un chef : B.C.E… Le charisme de ce dernier fut un antidote contre toutes les crises mais aussi un facteur de crise de fond. La doctrine politique et organisationnelle du parti ne fut que l’œuvre de l’improvisation et du tact du Leader. Cela étouffa les dissidences mais germa les hostilités secrètes. Sur le plan organisationnel, la volonté de B.C.E a remplacé les règles, et sur le plan politique, elle a poussé le pragmatisme à son seuil indéfini de la volonté d’adaptation sans limites principielles à l’évolution de la situation politique du pays. Ainsi la ligne politique du Nidaa (et ses revirements « post-Rahil ») ne furent que le produit de volonté ( produite par la pression de divers origines) du chef.

Jusqu’à là la situation fut gérable politiquement même par voie de bricolage. Mais cette approche de la direction politique des partis (qui fut celle de Bourguiba et de Ben Ali) a des limites. Le départ, (disparition, empêchement) du chef laisse un vide qui bouleverse les rapports de forces au sein des structures politiques (partisanes ou étatiques !!) et avive les ambitions secrètes. Une fois à Carthage, BCE a vu son parti chavirer, et errer entre plusieurs voies. Ainsi, la question de la succession se posa dans des termes urgents et brulants, d’autant qu’en plus de ses aspects politiques, une dimension nouvelle et inavouée est venue compliquer le tableau : La question de la succession se mua en un vague projet d’héritage filial… Ce qui transforma les structures centrales et régionales du Nidaa en couloirs de Palais Florentins et de théâtre de complots qui n’en finissaient pas…

3- Absence de projet politique national à long terme

Les fondateurs, adhérents et militants (ultérieurement les électeurs) du Parti Nidaa l’ont conçu comme une alternative au pouvoir de Nahdhaa (et de la Troïka). Pour ce faire, ils n’ont pas élaboré un projet politique adapté à la Tunisie post-Janvier 2011. Le Nidaa n’avait pour projet que de combattre le pouvoir islamiste. Il n’a élaboré aucune nouvelle doctrine capable de rénover le projet national moderniste arrivé au terme de son épuisement politique (et non culturel et philosophique) en Janvier 2011. Le Nidaa a fait du destourisme sans destouriens, en y ajoutant une dose de démocratisme de surface. Aucun bilan, même critique de l’expérience d’édification nationale (sous Bourguiba et Ben Ali), ne fût opéré. Aucune analyse des perspectives et des défis que posent et imposent les changements de Janvier 2011, ne fut initiée. Aucune carte des alliances politiques et idéologiques et sociales ne fut dessinée. Aucune feuille de route pour l’édification démocratique et de rénovation nationale ne fut adoptée.
Dans sa hâte, le Parti Nidaa a seulement régi aux événements et a pris l’adhésion massive des militants pour une adhésion définitive des forces progressistes et patriotiques à son initiative organisationnelle. Sur cette base, il a su fermer la porte aux énergies, compétences et forces qui auraient pu le mettre sur la voie de la mutation -nécessaire- d’une simple machine électorale en vrai parti politique doté d’un projet national qui revivifie les acquis et les valeurs du militantisme patriotique et progressiste et qui rénove les réalisations historiques de l’État National tunisien (1956-2011).

De 2012 à 2014, le Parti Nidaa étant « une carte de visite politique » et non un parti doté d’un projet politique. Le jour ou le ciment politicien a sauté (à l’occasion de la victoire de BCE aux élections présidentielles en octobre 2014 et de la victoire de Nidaa aux législatives 2014), les projets de carrière personnelles des cadres et des personnalités influentes au sein du Parti, se sont exprimés avec violence et impatience, faisant sauter tous les ressorts de l’unité fragile acquise difficilement en l’absence d’un projet et d’un programme politiques et sous la houlette d’un chef omniprésent, rassurant et improvisateur.

4- Absence de Stratégie : Le bricolage

Le Parti Nidaa a réussi deux objectifs : S’affirmer comme un acteur politique (Très rapidement construit…!) et comme principale force de l’opposition au pouvoir de la Nahdha (et la Troïka). Au sommet de la mobilisation contre le gouvernement de la Troïka (mouvement Errahil), le Nidaa recentre sa stratégie et démolit la dynamique unitaire démocratique (Union pour la Tunisie) et bloque l’alliance électorale avec les composantes démocratiques de l’opposition et décide de faire cavalier seul dans les élections législatives (Novembre 2014), ce qui entre autres raisons produit des résultats boiteux qui ont imposé (ou ont facilité) le choix d’une alliance avec la Nahdha et décidé depuis le rencontre de Paris (Avril 2014) entre les deux chefs du Nidaa et de la Nahdha… Même si pour la cause électorale, les discours politiques du Nidaa durant la campagne fut celui de la rupture avec le mouvement islamiste, et ce, certainement pour rafler les voix de la majorité des tunisiens hostiles à l’intégrisme islamique.

Ce bricolage stratégique est aussi évident à l’égard des autres forces socio-politiques (telles celle des destouriens : militants, électeurs, hommes d’affaires), les derniers étant convoités en cachette, se voient placés loin des lieux de l’influence et de la décision économique et politique, sur la base d’une valse de déclarations d’amour-répulsion, de je t’aime, moi non plus !! pour finir dans un rôle de soutien financier, de réservoir de voix, de militants de base sans pouvoir au sein d’un Parti, qui dans son discours ne fait que reprendre les slogans, mots d’ordre et thèmes des discours de Bourguiba et de Ben Ali…Les destouriens au sein de Nidaa se sont trouvés obligés de se faire représenter par des non destouriens (même un ex Nhdhaoui a eu droit à cela..!!) ou par des ex destouriens de taille mince, fragile bien articulés à des coteries ou clans influents au sein du Parti Nidaa et, travaillés par des ambitions personnelles de petits chefs attendant de devenir des grands… Ainsi, la base du parti devient de plus en plus détachée, incrédule des vrais enjeux des divisions naissantes parmi les chefs autoproclamés…

Le climat de confiance politique au sein de Nidaa se détériora par l’effet de la combinaison de trois facteurs : Guerre de succession de BCE ; Lutte de clans et d’ambitions personnelles de chefs sans envergure et sans projets politiques autre que celui des carrières individuelles et enfin absence de stratégie pour la réalisation d’un projet politique national, même si les cadres experts ont rédigé des documents dignes d’intérêt à l’occasion des élections de 2014…Mais autant, en emporte le vent !!

5- L’obsession du pouvoir et l’absence d’un programme de gouvernement

L’obsession du pouvoir est une culture. Elle est faite d’intérêts et passions comme disent les philosophes et les sociologues avertis.

BCE voulait devenir Président de la République. Il fut élu…! Il voulait un pouvoir législatif acquis. Ce fut fait grâce à l’alliance avec le parti islamiste Al Nahdha. Il voulait un gouvernement sans vagues ou états d’âmes. Ce fut acquis grâce à l’alliance avec Al Nahdha, l’UPL et Afek (Le Nidaa y participe avec des ministres dociles et sans pouvoir au sein du parti…!). Ainsi, se créa une situation de clair-obscur…! Personne, aucune force politique dans le pays ne fut heureuse de cette composition du tableau. Le Parti Nidaa (et ses électeurs en premier lieu).

Dès sa constitution et jusqu’à la victoire aux élections législatives, le Parti Nidaa a eu le loisir de faire une rotation de reniement de ce qui pourquoi, il a été fondé, c’est à dire, constituer une alternative au projet politique du parti islamiste Al Nahdha. La victoire de Nidaa aux élections législatives du 24 octobre 2011, fut une double méprise : Entre le Nidaa et ses électeurs, seule l’incompréhension s’est installée, alimentée par le sentiment d’être trahis par les uns (électeurs) et par le sentiment d’être mal compris (Parti Nidaa).

Au gouvernement, le Nidaa n’applique pas son programme électoral. Les partenaires non plus !! Le chef du gouvernement est un indépendant non obligé ! Le flou artistique, qui domine l’action gouvernementale (aggravé chaque fois qu’il y a des nouvelles nominations) ne fournit aucun élément de compréhension de sa stratégie (s’il y’ en a une) pour les analystes, les militants et les électeurs.

Restons au Nidaa : Les dirigeants (nombreux) du Nidaa ont le sentiment d’êtres écartés de la récolte des bénéfices du succès électoral. Les appétits et les ambitions observés et bloqués, au sein de ces « dirigeants » et cadres expliquent les changements, renversements des alliances, en son sein à l’occasion des divergences qui émergent. Mais le Parti devient le vestibule conduisant au théâtre de l’ambiguïté gouvernementale puisque chacun des clans au sein du Parti, accuse l’autre d’ambitionner de se servir des services gouvernementaux pour son propre intérêt. L’ambiguïté de la stratégie gouvernementale trouverait sa source dans la pauvreté intellectuelle et programmatique du Parti Nidaa. La faiblesse des résultats de l’œuvre du Gouvernement trouverait son explication dans la faiblesse politique et communicationnelle du premier Parti du pays.

Dans les deux cas on revient à l’état délabré de l’action politique du Nidaa très occupé par la guerre de position et de renversement d’alliance que connaissent ses dirigeants et ses structures (nombreuses) centrales dans une lutte pour la succession de BCE sous le signe de divergences autour du risque dynastique camouflé par des prétendues divergences politiques (voire idéologique) alors que la réalité indique qu’il n’ y a que des concurrences d’ambitions personnelles plus ou moins, correctement simulées…

( à suivre…)