Certes, c’est le hasard qui a fait que le prix Nobel octroyé au quartet et donc à la Tunisie, soit annoncé un jour après la tentative d’assassinat d’un député de Nidaa représentant une région qui constitue le centre névralgique du système politico-économico-médiatique qui s’est mis en place en Tunisie. Pour quelques heures, le pouvoir politique a chancelé, même si l’attentat a échoué. En effet, il est certain, qu’après la démission fracassante d’un ministre du gouvernement et la série d’attaques essuyées par ce dernier de la part de leaders du principal parti au pouvoir Nidaa Tounes, ainsi que les « révélations » non moins fracassantes du journaliste Moez B. Gharbia, le gouvernement était sur le point, non pas forcément de tomber mais de subir une profonde restructuration, chose qu’a affirmée le Président de la République lui-même mais aussitôt démentie par le Président du Gouvernement. C’est B.C.E qui a saisi en premier l’opportunité offerte par ce cadeau du ciel sous la forme d’un prix Nobel, et son service de presse a tout de suite publié une lettre qui laisse entendre que BCE était pour beaucoup dans l’octroi de ce présent à la Tunisie. Ce qui n’est pas certain même si la lettre est authentique. En dehors de quelques grands réseaux, souvent occultes, personne ne peut prétendre influencer le jury du plus prestigieux prix de la planète. Tout de suite après, B.C.E en personne s’est fondu d’une déclaration, en apparence improvisée mais en réalité écrite, puisqu’il n’a pas arrêté de baisser les yeux, probablement sur le prompteur, où il déclare carrément que si le processus de dialogue a réussi, c’est bien à cause de son engagement lui et son actuel ami et son ex-ennemi R. Ghannouchi après la fameuse rencontre de Paris, ce qui est absolument vrai. Sans cette rencontre, le Quartet aurait lamentablement échoué. Une façon aussi pour le Président de rappeler à quiconque est tenté de récupérer l’affaire du prix Nobel, que c’est à lui, mais non uniquement à lui que revient le mérite de hausser la Tunisie au rang d’un pays « Nobélisable ». Il a profité de cette occasion aussi pour régler leurs comptes à ceux qui veulent dégommer le gouvernement surtout ceux dans son propre camp ! Et pour enfoncer le clou, il convoque Le secrétaire Général de son propre ex-parti, accusé par ses adversaires de vouloir sacrifier le Gouvernement à ses propres ambitions, pour aller « travailler » avec R. Ghannouchi qu’il avait rencontré quelques minutes avant son apparition « télévisée » pour consolider « le wifak », seul moyen selon lui de permettre au pays de relever les défis majeurs qui se posent à lui. B.C.E a ainsi renversé avec quelques mots la vapeur, profitant de la liesse générale qui a envahi le pays. Encore une fois, B.C.E a fait montre d’une grande habilité politique pour « échapper » à une crise majeur, d’ordre politique, nonobstant les déclarations apaisantes du chef du Gouvernement. Mais pour combien de temps ?

Il est certain que le prix Nobel est un message fort, lancé par l’Occident pour soutenir la Tunisie du « dialogue entre laïcs et islamistes modérés », mais il reste de l’ordre du soutien symbolique, car, quand il s’agit de mettre la main à la poche, pour soutenir financièrement le pays qui aurait réussi « sa transition démocratique », nos amis occidentaux deviennent soudainement indifférents si non sourds et ça B.C.E le sait très bien et il l’a dit au G8 et lors de sa visite aux U.S.A. Reste que c’est toujours un bon point pour la Tunisie, sans verser dans l’hystérie générale qui s’est emparée de nos médias nationaux pour distiller une ridicule propagande, surtout que ce prix a été décerné pour une époque révolue. Ce qui n’empêche pas les politiques, chacun à sa façon, de revendiquer le mérite de cette victoire à la Pyrrhus. Comme une hirondelle, un prix, soit-t-il un prix Nobel, ne fait pas le printemps.