Le retour à Bourguiba et au bourguibisme n’est pas le seul thème des débats politiques des dernières semaines, il y a aussi la fameuse question de la réunification des Destouriens/Rcédistes (Les deux qualifications n’en font qu’une…) Des appels, des projets et des expériences visant à la dite réunification ont occupé et /ou préoccupé plus d’une force politique, au point de devenir une sorte de panacée du succès de certains projets personnels ou partisans non innocents dans plusieurs camps politico-idéologiques.

De l’apartheid politique contre les destouriens au néo-bourguibisme 

Recadrons la question ! Juste après le 14 Janvier 2011 et sur la base d’un élan révolutionnariste d’une révolution qui n’a pas eu lieu, la logique qui a dominé les activistes des milieux politiques tunisiens, était dominée par le refus intégral de Bourguiba et des bourguibistes (destouriens de toutes les générations), sauf ceux qui ont connu des traversées de désert provisoires avant et après 1987, ceux qui ont pu se recycler en « révolutionnaires » de la vingt cinquième heure!! Vient après une logique plus sélective ; Bourguiba ; devenu assez bon, les bourguibiens (destouriens) sont restés mauvais (Décret 15), on a même organisé leur exclusion de type apartheid des élections de 2011. A la suite de cela a émergé l’option du Bourguiba, qui est bon et des bourguibiens (destouriens) qui sont devenus sujets à distinction entre utiles et inutiles (De Novembre 2011 à Novembre 2014).

Durant la période qui sépara deux mouvements, les principaux partis et organisations politiques actifs et structurés ont cherché à déclencher un processus de récupération des forces et capacités destouriennes après les avoir décapités dans les diverses administrations et responsabilités qui leurs étaient dévolues légitimement et ce, par le mouvement perfide et antinational et antirépublicain du fameux slogan : Dégage !! Sans omettre cette honteuse décision et parodie de justice que fût la dissolution du parti qui dirigea la lutte pour l’Indépendance. Mais, il est vrai que la gloire, comme la grandeur historiques, ne sont pas à la portée de tout le monde.

Entre-temps, les négociations, les marchandages, les chantages ont fonctionné à fond pour gagner les hommes d’affaires destouriens et leurs bagages, pour éliminer certains de leurs hauts cadres, politiques, diplomatiques, sécuritaires, administratifs et enfin pour récupérer la majorité des hauts et moyens cadres et militants de base qui ont accepté d’aller engraisser et renforcer les partis plus ou moins squelettiques à l’époque (d’ Ennahdha, jusqu’au Nidaa en passant par Ettakattul, PDP devenu Joumhouri et tant d’autres formations…).

Ce que l’on a cherché en ces moments là, c’était le soutien des hommes d’affaires destouriens, la compétence politique des cadres du RCD de 2è et 3è rang pour leur savoir faire organisationnel, propagandiste et mobilisateur et enfin l’immense réserve de l’électorat destourien … (la fameuse période de la recherche de la makina (machine) électorale du RCD), qu’ont tenté (et aussi quelque peu.. à exploiter inégalement) Ennahdha (2011) et Nidaa (2014).

Les destouriens incontournables pour faire fonctionner l’Etat

La dégradation de la situation générale du pays ( qui n’a pas connu d’amélioration depuis 2014), le renversement d’alliances politiques qui ont amené un gouvernement Nidaa-Ennahdha après les élections de 2014, à la suite de l’échec de Jabhat al Inquadh…, la dislocation interne du parti Nidaa et l’échec de toutes les tentatives politiciennes d’unification des destouriens, par des ex-leaders, se croyant encore super-ministres, le désenchantement par rapport au peu de reconnaissance de leur mérite et rôles dans le combat politique et électoral de 2011 à 2014.. et le peu d’élégance avec lequel on les traite dans les instances dirigeantes de certains partis (Nidaa surtout), toutes ces raisons font que cette force destourienne éparse et dispersée, mais fortement liée, se rebiffe et commence à se démarquer, à marquer le pas et cette fois définitivement. Elle ira vers une dynamique autre et nouvelle. Un deuxième élément vient renforcer la destouroumania actuelle, est encore l’état d’esprit des deux grands partis de la coalition gouvernementale et leurs partenaires. En effet, les leaders des deux formations en fonction se sont rendu compte de l’échec de l’essentiel du travail d’édification économique et sécuritaire entrepris après 2011 et ce sous la houlette de plusieurs alliances politiques différentes et dont Ennahdha a toujours fait partie. Sensibles comme ils le sont aux conseils des amis de tout bord, et de tout horizon, mêmes les moins proches de nous et qui suivent avec la perplexité l’évolution géostratégique du pays, ils se sont rangés à l’idée de faire émerger une force unie composée de destouriens et qui serait un renfort à leurs alliances et un apport de compétences à la gestion des affaires du pays.

Ennahdha : Diviser les destouriens pour régner

Et c’est là qu’intervient le jeu politicien…Ennahdha regardant la dislocation de la direction de Nidaa en quatre groupes de frères ennemis ( dont deux d’origine destourienne), surtout l’un des ces groupes, qui se sentant capable d’être dominant au sein de la direction du parti Nidaa, veut à travers l’appel à la réunification des destouriens, renforcer ses positions au sein du parti fondé par B.C.E. Le choix d’Ennahdha, (qui s’est renforcé récemment par le soutien du parti islamiste au pouvoir en Turquie au même clan nidaaiste, solidarité des frères musulmans oblige!!), vise à isoler ceux qu’elle croit êtres ses pires ennemis au sein de Nidaa. Ennahdha redécouvre une âme sympathique à l’égard des destouriens. Beaucoup d’ex Ennahdha, (transfuges au sein de Nidaa, ou ceux qui animent d’autres formations (Tayar el mahabba..) deviennent les chantres de l’union destourienne, voire ils se découvrent bourguibiens jusqu’à l’os comme cet autre dirigeant de Nidaa par ailleurs (issu de la gauche) qui s’est soudain rendu compte qu’il n’est qu’un néo-bourguibien…!!!Ennahdha renforçant un des deux clans destouriens au sein de Nidaa, ne cherche qu’à morceler ce dernier et le rendre plus faible ou plus enclin à s’allier avec elle sans lui être égal en force et en électorat !!!

Au sein de Nidaa, la question est d’un autre genre !! Sans les destouriens, ce parti ne serait presque rien, sa base étant majoritairement destourienne alors que sa direction (actuelle) n’y compte presque aucun destourien notoire.

Cette direction composée de quatre groupes dont deux d’origine destourienne sait que sans sa base destourienne, le Nidaa devient une armée mexicaine. Alors les dirigeants non destouriens de Nidaa se font néo-bourguibiens, alors que les deux clans d’origine destourienne se font une gentille guerre fratricide…. L’un des deux s’allie avec des dirigeants non destouriens de Nidaa, même si leur relation n’est qu’une cordiale haine, et ce pour pouvoir exister politiquement (entendez permettre à quelques personnes de réaliser un excellent plan de carrière!!!) et résister à ce qu’il juge être une usurpation non légitime (même s’il a le soutien d’un destourien de souche : BCE).

Le deuxième clan a un plan de reprise en main totale de Nidaa. Il a en face de lui, le frère jumeau, ennemi (d’origine destourienne) et les deux autres groupes d’origine vaguement de gauche politique et syndicale alliés contre lui au sein de la direction de Nidaa et donc constituant un barrage contre ses ambitions… Il multiplie les initiatives (dont celles d’unifier les destouriens au sein d’une association ou une sorte de fondation et ce, officiellement en dehors de Nidaa (et avec le soutien actif d’ex nahdhaouis ou d’ambitieux communicateurs et d’autres transfuges…) pour pouvoir influer sur les rapports de forces au sein de Nidaa et concrétiser la stratégie de prise du pouvoir en son sein.

Une instrumentalisation morbide

Cette instrumentalisation de la question de la réunification des destouriens est morbide… et beaucoup de personnes s’y articulent pour récolter des bénéfices personnels ou groupusculaires ou géopolitiques … Elle est faite de calculs, d’opportunismes et de coups dans le dos !!!

Et la force « destourienne » dans tout cela ?? Son électorat et sa masse de militants de base se divisent en plusieurs parties; L’une est entrain de s’évaporer et de se disperser au goût du vent et de la vie quotidienne et de ses hasards, la deuxième légitimiste soutenant le pouvoir quel qu’il soit (même si son aversion pour l’islamisme politique est une donne qui reste plus ou moins forte…!). La troisième, la plus forte politiquement est sceptique et déçue. Elle cherche à s’unifier sur des bases nouvelles et renforcera tout projet sérieux en la matière…!) Par contre, en ce qui concerne « les dirigeants » destouriens, les choses paraissent encore plus complexes, d’autant plus qu’ils endossent inégalement la responsabilité historique de l’implosion de la force de leur formation politique (la répression aidant bien sûr…)

Certains sont devenus des véritables « has been » intégraux…!! D’autres sont à l’affût des opportunités de tout genre et avec carriérisme et ambitions personnelles et avec tout le monde surtout avec ceux du pouvoir quel qu’il soit… !!

Quelques individualités continueront à essayer d’unifier les différents groupes destouriens par des mauvaises méthodes (comme celles qui ont prévalu jusqu’à présent qui consisteraient à unifier tout le monde autour de soi et sous sa propre direction.. !! Et il y en a qui vont jusqu’à former des partis destouriens) sur commande (pour le compte d’une partie politique ou géopolitique interne ou externe…), d’autres se sont dressés pour réaliser un bilan radical et objectif de l’expérience du passé et iront jusqu’à l’élaboration d’un nouveau projet politique national (et non exclusivement destourien …!)

Les conditions d’un renouveau destourien

La force destourienne est la principale force électorale et militante dans le pays et ce en nombre et peut être en efficacité, mais elle reste une force dispersée, inorganisée et de plus en plus diluée dans d’autres eaux. Est elle condamnée à disparaître ? Possible si rien n’est fait pour la réorganiser sur de nouvelles bases. Les partis et les idées de Nassser, Ataturk, Soekarno… ne se sont pas évaporés mais ont repris une vie dans de nouvelles conditions et de nouvelles formes…pour alimenter des projets nationaux (anti-islamistes et antidogmatiques) sans prétendre rejouer le rôle qu’ils avaient joué auparavant, c’est à dire au temps du monopole autocratique de la vie politique de leurs pays.

Si l’islamisme politique a bien compris le phénomène historique des destouriens et la portée de leur rôle dans le pays de 1956 à 2011, le gauchisme populiste et toujours infantile ne l’a jamais assimilé. C’est peut être sa principale faiblesse, les nouveaux acteurs politiciens qui par opportunisme cherchent à unifier les destouriens ne font que rassembler les moyens d’utiliser le capital des compétences d’électeurs et de militants pour le compte de projets politiques…douteux… !! Il reste que la réunification des rangs destouriens est une nécessité pour le pays, mais elle ne devrait pas (et ne le pourrait pas) se faire sur la base d’une proposition d’une alternative destourienne intégrale à la situation post-janvier 2011 ; mais comme une action dynamique ouverte à d’autres contributions de la part d’autres courants politico-idéologiques (dans le cadre d’un nouvel bloc historique ) et ce pour ré-confectionner un nouveau projet politique national, démocratique et progressiste dépassant à la fois le danger de l’islamisme politique et les avatars du populisme révolutionnariste et chimérique .

Ce travail ne peut être que de nature politique (bilan et projet national) et dans un cadre politique (partisan ou frontiste..) et pour des objectifs politiques (opposition et/ou participation au pouvoir) et non un effort médiatique ou multi-médiatique virtuel et/ou politicien..

L’histoire évolue par dépassement dialectique et non par le retour du même…