Dès sa naissance, Nidaa Tounes portait en lui les germes de la division, voire même de l’éclatement! Les raisons de cette « malédiction » sont multiples, mais le principal facteur « particide » reste que ce parti ne fût jamais construit sur la base d’un projet politico-idéologique, comme c’est toujours le cas pour tous les partis dans le monde et pour certains un programme de gouvernement, mais sur la base d’un seul objectif politique : écarter Ennahdha et ses partis satellites du pouvoir pour occuper la place à travers des élections législatives et présidentielles. Nidaa, dès sa naissance ressemblait plus à un front qui fédérait des « courants » divers et antagoniques autour d’un chef, BCE, qu’à un parti traditionnel comme on en voit dans les vielles démocraties. Le seul référentiel idéologique était une vague appartenance au Bourguibisme et à Bourguiba dont la suite des événements a révélé qu’elle n’était qu’un simple slogan publicitaire et électoral (qui a d’ailleurs été bien « confectionné » par l’appareil de propagande du Parti), puisque BCE et Nidaa se sont alliés au pire ennemi idéologique et politique de Bourguiba et du Bourguibisme au nom de la sacro-sainte « Réalpolitik », démontrant ainsi qu’ils sont loin d’êtres la continuation du projet bourguibien et encore moins destourien.

Le pouvoir corrompt et divise

C’est Talleyrand qui disait que le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument ! Il faut entendre ici le mot « corrompre » dans le sens politique et moral. La corruption idéologique et politique consiste à trahir ses idéaux proclamés et ses alliés et amis politiques naturels qui partagent les mêmes valeurs et là Nidaa s’est surpassé en larguant en cours de route ses alliés de combat, notamment lors de la fameuse bataille du Bardo qui a abouti à la chute du pouvoir de la Troïka, sans parler du fait qu’il avait poussé Al Jabha Al Chaabiya à se barricader dans l’opposition pour pouvoir « légitimer » son alliance « stratégique » avec le parti islamiste, le pire ennemi du Bourguibisme. Tout cela est l’œuvre de BCE alors que les différents « courants » au sein de Nidaa n’ont fait qu’applaudir ce changement radical de cap. Il convient de préciser qu’il n’existe point de courants structurés politiquement au sein de Nidaa mais tout au plus, des personnalités rivales, autour desquelles gravitent des nébuleuses de personnes attirées par l’appât du gain électoral et financier (une pléthore d’hommes dits d’affaires) et qui n’hésitent pas à passer de sous la coupe d’un chef à un autre selon « l’offre » et en fonction de la demande (souk wa dellal). L’argent et les gains financiers jouent un rôle majeur dans la configuration de ces « courants », ce qui contribue à polluer la scène politique, déjà gravement atteinte par la corruption financière, comme vient de le prouver le dernier rapport de la cours des comptes sur les élections législatives et présidentielles et qui n’est que la partie émergente de l’Iceberg.

L’on sait en effet, que d’énormes sommes d’argent ont circulé hors circuits officiels et qui ont joué un rôle déterminant dans les résultats finaux et cela pour tous les partis et candidats à quelques exceptions pré.

Courants politiques ou écuries présidentielles ?

Ce qui est dénommé « rawafed » est l’ensemble des groupes dans Nidaa ayant appartenu par le passé à des partis, courants, groupuscules, sensibilités que rien n’unit politiquement et idéologiquement et que seul, l’allégeance à BCE regroupe encore mais pour combien de temps ? Pire encore, ces groupes se livrent à des guerres fratricides où tous les coups sont permis dans l’objectif de contrôler l’argent et les structures du parti, sans qu’il y est une seule once de débat sérieux sur les options qui les divisent et sur les positions qui les unifient. En réalité, une course contre la montre est déclenchée pour s’accaparer les postes de décisions en vue de contrôler un hypothétique congrès dit constitutif (sic!) qui s’il aura lieu amènerait inéluctablement à l’éclatement du parti et donc à sa mort certaine. C’est la succession de BCE au sein de Nidaa ainsi que le nom du prochain candidat à la présidentielle qui est la principale pomme de discorde car il n’existe point de candidat « naturel » et tous les chefs de « courants » se disent êtres le vrai bon choix. Or BCE a d’autres dessins pour ce parti, même s’il use de mille subterfuges pour cacher son vrai candidat à sa propre succession, ou du moins celui ou ceux qu’il fera tout pour les écarter et pour cette tâche, il aura immanquablement besoin de son vieil ennemi et récent et conjoncturel ami Rached el Ghannouchi, ce qu’ont compris tous les candidats à sa succession qui ont multiplié les gestes d’allégeance et de vassalité à ce nouveau « régent de la principauté Tunisie » si l’on utilise le lexique propre aux Ottomans anciens et nouveaux (Suivez mon regard).En fait il n’existe ni courants au sens politique, ni même des, sensibilités mais tout au plus des « écuries » présidentielles plus ou moins importantes selon la masse d’argent qui y est injectée. Certains objecteront que c’est la règle dans les pays démocratiques et que l’argent est le nerf de la guerre (électorale) ! Certes, mais d’où vient l’argent ? Cette interrogation est aussi valable pour les autres partis politiques et autres associations affiliées !

Cela revient à dire qu’unifier ces «courants » s’apparente à un vœux pieux et que tout au plus, il y aurait un partage du gâteau entre les plus puissants, ce qui est loin d’être une évidence en raison des appétits très aiguisées des « présidentiables » or comme il n’ y a aucune règle de jeux pour les départager, l’on s’achemine directement à un affrontement où toutes les armes seront utilisées et notamment des alliances contre nature à l’extérieur et à l’intérieur de Nidaa. C’est comme pour « mouloukou ettawaef » (Les Princes des courants confessionnels en Andalousie avant la chute de Grenade), ils finiront par couler le navire Nidaa à forcer de multiplier les alliances avec ses pires ennemis notamment Ennahdha. Ce qui est certain c’est que l’actuel Secrétaire Général du parti, nonobstant ses qualités d’agitateur politique, sera dans l’incapacité de faire la synthèse politique en raison principalement de l’absence de textes ou motions sensées cristalliser les principales idées de chaque « courant » et de structures représentatives. Parce que une des erreurs fondamentales dans la fondation de ce parti fût la non reconnaissance des courants structurés et organisés arguant que chaque adhérent de Nidaa était sensé dès son intégration se débarrasser de ses anciennes appartenances et convictions idéologiques et politiques comme par enchantement. On n’avait alors fait que répéter les erreurs commises par l’ancien RCD un des ancêtres de Nidaa.

Les destouriens dans la tourmente

Deux des « courants » animés par deux vice-présidents se disent de souche destourienne et prétendent représenter les destouriens et autres « rcédistes » au sein de ce parti. Malgré les énormes moyens financiers et logistiques dont ils disposent, ils ne sont pas arrivés après la victoire électorale de Nidaa d’imposer leurs hommes au gouvernement et ont dû se contenter de quelques postes secondaires (Gouverneurs, consuls etc..) et ont donc révélé de ce fait qu’ils ne jouissent pas d’un grand pouvoir, ce qui a eu pour conséquence, une désaffection massive dans leurs rangs. Pour combler le déficit ils se sont orientés vers les destouriens, qui n’ont pas rejoint le parti pour les utiliser comme force d’appoint afin de peser sur le destin du prochain congrès tout en menaçant de temps en temps de faire scission ou de constituer une autre formation. Ce qui ajoute à la tourmente des destouriens en dehors et à l’intérieur de Nidaa, déjà en situation d’échec et divisés entre plusieurs groupuscules qui s’entre-déchirent. Les non destouriens de Nidaa multiplient les gestes et les contacts pour rallier aussi des destouriens, surtout dans les fiefs locaux et régionaux en usant de discours mielleux et autres promesses, surtout à l’approche des élections municipales où souvent « l’aile gauche » ne dispose d’aucun relais. Mais cela suffira-t-il? Le «butin » destourien attise toutes les convoitises, par ailleurs et notamment celles d’Ennahdha et de l’UPL. Ce dernier, en manque flagrant de cadres, recrute tout azimut des futurs, sous préfets, PDG, directeurs généraux… après avoir recruté des ministres chez la pépinière « Rcédiste ». Certains destouriens attirés par le bénéfice du gain rapide n’hésitent pas à se convertir à toutes les obédiences. C’est aussi pour cela, que rassembler les destouriens sous la seule étiquette destourienne relève plus de l’utopie. Le salut personnel de ces derniers passe souvent avant le salut public, une culture bien enracinée chez eux, quitte à rejoindre parfois l’ennemi d’hier comme Ennahdha. Pourtant, ce qui est sûr, c’est que les troupes destouriennes joueront un rôle décisif dans le devenir de Nidaa ou pour accélérer sa fin, même avant le départ définitif de son fondateur (après une longue vie).

La guerre de succession a démarré, espérons qu’elle ne sera pas aussi désastreuse sur le parti Nidaa et le pays que les deux précédentes.