De part sa formation et sa longue carrière de politicien et de grand diplomate, Béji Caïd Essebsi est passé maître dans l’art des compromis et de la réal-politique. Il sait identifier à temps les sources des conflits graves qui risquent d’ébranler les fragiles équilibres sur lesquels reposent le pays et la société pour sauver l’État ou ce qu’il en reste. Quitte, parfois à sacrifier ses amis politiques ! En cela, il apparaît comme un digne héritier de Bourguiba qui agissait toujours selon la formule : Priorité au Plus important sur l’Important. En réalité, BCE n’a jamais eu d’« amis politiques » durables. Il les choisit toujours en fonction des rapports des forces en présence quitte, à changer radicalement de discours en opérant un revirement de 180°, comme pour son alliance actuelle avec son vieux rival Rached Ghannouchi. En réalité, pour BCE, L’Ennahdha dont il parle et sur laquelle il parie c’est celle de Rached et rien que celle là. Les autres nahdhaouis, n’existent pas pour BCE et comptent pour du beurre ! Car c’est Rached Ghannouchi qui a toujours soufflé le chaud et le froid dans et à l’extérieur de son parti et ça, B.C.E, l’a compris dès le premier coup, le jour où il a été intronisé Premier Ministre à un moment où la Tunisie était à feu et à sang en 2011. Il avait compris que celui qui soufflait sur le feu de la « Révolution » n’était autre que cet autre sorti des archives, comme lui, même s’ils n’appartenaient pas au « même casier », comme l’avait si judicieusement déclaré BCE à cette époque fort tumultueuse. Depuis son ultime objectif a été d’imposer à son rival, un compromis, voire même une « alliance stratégique » pour se partager le pouvoir. Le premier accord conclu implicitement, mais qui a vite tourné casaque, fût : BCE à Carthage et Ghannouchi à la Kasbah, Ghannouchi ayant trahit l’accord pour mettre un guignol nommé Marzougui à Carthage, mais c’était compter sans le machiavélisme de BCE, qui, après avoir œuvré pour écarter l’ancienne classe politique jugée encore dangereuse à l’époque pour BCE et ses amis conjoncturels, les gauchistes de tout genre, transformés subitement en révolutionnaires, a lancé son parti politique Nidaa, dont l’ossature et le financement furent assurés par les caciques de l’ancien régime avec une « vitrine » composée d’ex gauchistes repentis, de révolutionnaires de la 25ème heure et d’aventuriers politiques. BCE s’étant mis subitement dans le camp adverse de la troïka, s’était mis aussitôt à son tour, à souffler sur tous les feux allumés d’ailleurs essentiellement par l’incompétence des nouveaux arrivants, qui se sont révélés rapidement d’authentiques arrivistes. Avec les assassinats des leaders de la Gauche et le déclenchement de l’insurrection terroriste, l’Incendie devint général et la Tunisie s’était transformée en brasier qui avait culminé avec la fameuse épisode du sit-in du Bardo et la démission du gouvernement nahdhaouis ! C’est exactement à ce moment là que BCE a choisi de lancer un appel à son rival via la télévision (comme il vient de le rappeler récemment sur le même écran) pour « s’entendre », ce que ce dernier a fait vite et sans hésiter et ce fût la fameuse rencontre de Paris. En réalité, BCE savait qui tenait les cartes et qui pouvait « convaincre » Ghannouchi d’abdiquer et il avait su jouer parfaitement cette carte, quand il faut et au moment qu’il faut et il était même question de remplacer le guignol de Carthage à l’époque, devenue la risée du monde entier et de son propre clan. Le reste ne fût qu’un épilogue : élections législatives et présidentielles pour « légitimer » le nouveau compromis et le nouveau partage du pouvoir. BCE, depuis s’est mis à vouloir éteindre les incendies, tous les incendies, y compris celles qu’il avait lui même allumés lors de sa guerre pour faire tomber le gouvernement de la Troïka. Le problème c’est qu’éteindre un incendie n’est pas forcément supprimer le foyer du feu !

Les foyers du terrorisme sont allumés

Même le gouvernement et notamment le MI ne cessent de déclarer que le danger terroriste reste entier surtout après les massacres du Bardo et de Sousse et ils ont raison ! Le plus grand foyer de l’incendie terroriste reste le Mont Chaambi et les montagnes environnantes dans le Nord Ouest, où non seulement le foyer se propage, malgré la guerre que lui livrent l’armée nationale et le police, mais tout laisse penser qu’éteindre ce foyer prendra de longues années en raison notamment de la situation dans les pays voisins, qui risque de se dégrader rapidement. La seule stratégie payante reste de circonscrire ce feu allumé dans ces monts pour l’empêcher de s’étendre, ce que fait convenablement l’armée, car les terroristes viennent aussi des pays limitrophes en plus de l’existence d’une véritable pépinière de recrutement dans ces régions laissées longtemps à leur propre sort et où sévit l’idéologie salafiste djihadiste.

Mais un autre foyer du terrorisme à ciel ouvert est la Libye toute entière où l’État Islamique gagne chaque jour du terrain et l’on ne croit pas qu’une intervention étrangère pourrait éteindre cet incendie meurtrier et que même qu’il risque d’embraser toute la région. La Tunisie sera le premier pays touché par cette extension du terrorisme et l’on peut s’attendre au pire dans les mois qui viennent. Il s’agit cette fois d’un terrorisme urbain comme celui qui a frappé Le Bardo ou Sousse, dont les conséquences furent catastrophiques sur l’économie et notamment le Tourisme et l’Investissement et si par hasard il frappe encore aussi fort, l’économie du pays risque de s’effondrer comme l’avait prédit malheureusement BCE lui même.

Les clignotants de l’Économie sont au rouge

Les spécialistes de l’économie usent de termes techniques pour atténuer la charge des mots qui qualifient la situation catastrophique de l’économie tunisienne. La récession est à nos portes puisqu’on va peiner à atteindre le 0.5% de croissance cette année. Les avertissements de Christine Lagarde, patronne du FMI ne laissent aucun doute sur l’avenir sombre qui guette notre économie, si l’on ne procède pas à des actions d’urgence et des coupes dans les budgets de fonctionnement de l’État et de son train de vie notamment en abaissant sensiblement la charge salariale qui a atteint 15% du PNB, faute de quoi les bailleurs de fonds nous couperaient les vivres ! Or les intérêts sur les prêts déjà contractés commenceront à tomber dès 2016, 2017 et 2018 et le pays doit débourser et honorer ses engagements. Si par malheur, on sera en cessation de paiement, c’est ta banqueroute et ses conséquences apocalyptiques qui nous guettent. B.C.E le sait et c’est pour empêcher cela qu’il s’est pressé à réunir les partenaires sociaux pour qu’ils arrivent à un accord qui stipulerai l’arrête de toute augmentation salariale pendant quelques années. Or un accord n’empêcherait pas une crise sociale très aiguë due à la baisse vertigineuse du pouvoir d’achat notamment de la classe moyenne. Tout porte à croire que les structures syndicales seront débordées voire dépassées. D’un autre côté, le retard pris pour relancer l’investissement intérieur, du à la politique revancharde à l’égard des hommes d’affaires poursuivies depuis bientôt cinq ans par des apprentis politiciens et pseudo-révolutionnaires fera en sorte que la relance de l’investissement intérieur prendra du temps et exigera des assurances que la loi dite de réconciliation économique n’offre pas. Trop peu et trop tard ! Tout au plus si la loi passe, la confiance regagnera petit à petit les esprits mais pas le marché. Tant que l’investissement intérieur ne démarre pas, l’investissement extérieur ira en se dégradant en dehors du domaine des hydrocarbures.

La situation sociale reste explosive

S’il est vraie que le gouvernement a réussi momentanément à calmer les ardeurs des syndicats de l’enseignement grâce à une politique de fermeté même tardive, il n’en reste pas moins vraie que la dégradation des revenues et du pouvoir d’achat de la classe moyenne continue car ils fondent à vue d’œil. La fête de l’Aïd est un excellent exemple où l’on a assisté au renoncement de milliers de foyers à acquérir le précieux et sacré mouton, en dépit de la baisse sensible de son prix. La baisse vertigineuse du pouvoir d’achat du tunisien moyen se répercute aussi sur le couffin de la ménagère ; même si cette baisse a eu pour conséquence une baisse des prix légumes. Une grogne sourde se fait entendre et n’attends que le moment propice pour exploser !

Mais c’est dans les régions déjà défavorisées que la situation est explosive en raison de l’augmentation des nombres des chômeurs, diplômés ou pas. Depuis cinq ans, aucun projet sérieux de développement n’a vu le jour. Les raisons sont multiples et le présent gouvernement a déjà hérité d’une situation catastrophique et les quelques projets programmés avant 2011, n’ont pu êtres exécutés par les précédents gouvernements par incompétence. Si les régions minières commencent à se relever de l’anarchie généralisée appelée faussement « révolution », en reprenant le chemin du travail et du labeur, celles du Sud Est, du centre et du Nord Ouest ne donne aucun signe de reprise des activités économiques, alors que les régions côtières frappées par la crise du secteur touristique risquent de tomber dans la déchéance totale car ce n’est pas demain que le tourisme tunisien se relèvera. Plus de la moitié des unités hôtelières ont déjà mis la clef sous la porte. Le seul espoir reste dans les régions agricoles qui sont à la merci des intempéries. Bref ; les régions sont des chaudrons qui chauffent sur le feu de plus en plus ardent de la crise économique et pour cela, ni BCE ni le gouvernement n’ont de solution à court et à moyen terme. Encore moins la pseudo opposition qui ne fait qu’attiser le feu.

La politique des extinctions des incendies n’est payante qu’à cours terme. Le brasier allumé par « le printemps arabe » n’est pas prêt à s’éteindre ! Notre pays a déclenché ce feu généralisé par un acte très symbolique d’un pyromane qui s’y est immolé. Il est temps d’étouffer ce foyer à la source !