Quelque chose ne tourne pas rond dans les relations tuniso-américaines, non pas au niveau des relations diplomatiques qui restent égales à elles mêmes, malgré le départ un peu précipité de l’ambassadeur US à Tunis, Jacob Walles, qui, à un moment donné, était le véritable Régent du « royaume de Tunis », mais dans le suivi et l’exécution des promesses pompeuses faites au bon élève du « printemps arabe », du FMI et de la Banque Mondiale sans parler de l’UE. En effet, en dehors de « l’assistance » militaire pour lutter contre le terrorisme, alors qu’il s’agit en réalité de prêts américains pour l’essentiel, pour acheter leur matériel comme pour les 700 millions de dollars pour les hélicoptères Blacks Hawk, toutes les promesses de doubler, voire de tripler l’aide militaire et économique à la Tunisie, sont tombées à l’eau en raison du blocage fait par la commission du Sénat, dominé par les Républicains, qui a reproché à l’administration Obama son manque de rigueur concernant la présentation du dossier Tunisie. Résultat, des 135 millions de dollars promis, la Tunisie ne bénéficiera que d’un peu plus de 50 millions de dollars, plutôt dire une aumône et non un soutien financier à « Un allié Stratégique des USA, en dehors de l’OTAN ». La preuve de cette désaffection « amoureuse » du grand ami américain, la multiplication des appels à « sauver le précurseur du printemps arabe et le pays qui a réussi la transition démocratique », transition, on le sait très bien, a été faite sous la férule de l’ambassadeur US, non pas avec la discrétion que requiert généralement ce genre d’immiscion dans les affaires intérieures d’un pays souverain, mais avec beaucoup de fracas et de médiatisation, erreur qui semble t-il lui a coûté son poste ainsi que des informations fuitées sur les colonnes de quelques journaux tunisiens, sur un rapport d’inspection « confidential » produit par le Département d’État, très critique de la façon dont Jacob Walles avait géré les « affaires »

depuis quelques temps, les deux plus grands journaux, prestigieux et politiques américains, The Washington Post et New York Times multiplient les « opinions » écrites par des personnalités politiques américaines ayant souvent exercé des fonctions dans les différentes administrations, surtout démocrates. L’on sait qu’une tentative de créer un lobby pro-tunisien a toujours caressé les dirigeants tunisiens depuis que l’on s’est rendu compte dans les années quatre-vingt-dix comment se prennent les décisions dans les hautes sphères du pouvoir américain. Il semble que ce lobby commence à agir, même s’il ne s’agit certainement plus des mêmes lobbyistes qui en général sont grassement payés, au moins au niveau de la presse influente et les différents articles qui ont étés signés pour « booster » l’aide économique US à la Tunisie et pour sauver « la seule réussite du printemps arabe » prouvent que ce lobbying existe bel et bien. Mais cela prouve aussi qu’au niveau de l’administration US, il existe de fortes résistances et même les fameux McCain et consorts, qui sont les responsables directs du chaos crée en Tunisie, en Libye et en Egypte, ont disparu comme par enchantement, au moment ou la Tunisie qu’ils ont participé à pousser au pied du gouffre a le plus besoin d’eux. « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, quand à mes ennemis, je m’en charge !» disait un vieux proverbe français. Il s’applique bien actuellement au cas tunisien. Le problème de tous ces articles est qu’à aucun moment, ils ne disent comment et combien et se contentent de vagues promesses tout en exigeant tous de la Tunisie, déjà au bord de la faillite économique, d’accepter les « lois du marché » et de libéraliser son économie dans le sens voulu par le Secrétaire américain au commerce lors du forum organisé à son intention à Tunis. Il ne demanda pas moins à la Tunisie que de faire Hara-Kiri en ouvrant les portes de son marché, aussi petit soit-il, aux spéculateurs et aux rapaces de la finance mondiale comme ce Georges Soros, Sir de triste renom et patron d’une ONG nommée Open-Society qui a ouvert sa première succursale chez nous après avoir rencontré BCE à deux reprises, ici et aux USA. En d’autres termes, ils demandent tous à ce que la Tunisie se déleste de son arsenal législatif qui protège ses fragiles équilibres économiques et qui garantissent un minimum de social pour ne pas continuer à laisser sur les bords de la route des bans entiers de la société. On lui demande de « privatiser » des secteurs entiers de l’économie nationale construits grâce au labeur et aux sacrifices consentis durant cinquante ans, et par les couches les plus démunies de la société tunisienne et notamment les grandes banques publiques en ouvrant leurs capitaux aux grands spéculateurs et prédateurs de la finance internationale. En guise de « récompense », les investisseurs américains pourraient éventuellement investir chez nous. Et toujours en guise de récompense leur ambassadeur s’est employé à faciliter l’ouverture d’une chaîne de fast-food américaine aussi inconnue que médiocre qui viendra concurrencer les boutiques de sandwichs tunisiens et autres casse-croûtes ! Voilà le type d’investisseurs américains qu’ils nous promettent en contre partie d’une ouverture économique aussi sauvage que celles qui ont déjà mis à genoux des économies des pays contrôlés par les américains. Il n’y’a qu’à demander aux pays latino-américains ce qu’ils pensent de la « générosité » de leur voisin et ami américain !

Voici ce que dit un article signé le 6 Août sur les colonnes du Washington Post par Frank G.Wisner et W.Bowman Cutter, respectivement sous Secrétaire d’État à la Défense et à la Sécurité et un assistant adjoint du Président Clinton. « Le Président Obama doit téléphoner au Président tunisien BCE aussi vite que possible (urgence?) pour déclarer l’engagement clair des USA pour un partenariat stratégique à long terme », cela signifie t-il que la déclaration (à sens unique selon BCE ) que la Tunisie devient partenaire stratégique des USA en dehors de l’OTAN est déjà enterrée ? Il est vrai que BCE, dés son retour des USA, s’est empressé notamment via son conseiller aux affaires diplomatiques à désavouer ce MoU (Memorandum of Understanding) et que la réaction algérienne était violente via sa presse partisane. Les deux signataires de l’article parlent en connaissance de cause et tentent d’empêcher l’administration Obama de faire marche arrière quant à ses promesses, mais il semble que c’est déjà fait ! Pourquoi? Les auteurs de l’article invitent l’administration US à négocier une zone de libre échange avec la Tunisie qu’elle a toujours retardé et particulièrement lors de la dernière visite de BCE aux USA mais à condition que Tunis prenne des mesures douloureuses au niveau économique, qui on le sait sont les mêmes que celles imposées par le FMI et la banque mondiale.

Mais le clou de l’affaire que constitue cet article est l’appel à Obama d’inclure le « Tunisian American Enterprise fund » dans le « soutien » à l’économie tunisienne, fond qui est géré par le quo-signataire de l’article le dénommé Bowman Cutter. Il est vrai qu’on n’est jamais mieux servi que par soi même ! Voilà du vrai lobbying ! Voilà les nouveaux amis de la Tunisie « postrévolutionnaire » que Dieu nous en garde ! Il se trouve que ce Bowman était aussi un ancien directeur du National Economic Council, une autre boite à sous ! Que des philanthropes !

Ce qui est sûr c’est que la voie du Paradis américain n’est pas pavée que de bonnes intentions, même quand le portrait du Président de la grande puissance du monde trône sur le bureau de notre Président, acte qui est loin d’être gratuit !