Nous l’avons écrit plusieurs fois, sur les colonnes même de ce journal, qu’une intervention des troupes étrangères en Libye est inéluctable, car, comme disent les américains « the boys (du Nato) didn’t finish the job » lors de leurs première guerre en Libye qui a eu pour conséquence la destruction de l’État libyen en 2011. Les stratèges américains et européens savaient bien que la Libye sombrerait dans le chaos non créateur, contrairement à ce que prétendait la théorie des néo- conservateurs mais plutôt radicalement destructeur. L’on sait aussi, que le projet de diviser la Libye en trois États, La Tripolitaine au nord Ouest, la Cyrénaïque (Benghazi) au nord Est et Fezzan dans le sud, s’ajoutant à cela l’hypothèse d’un État berbère à Djebel Nefoussa où le rite ibadite, longtemps réprimé par les pouvoirs sunnites, est dominant. La Libye, un pays, sociologiquement à configuration tribale et clanique, était loin d’être prête à se muter en démocratie parlementaire. En fait, l’alibi démocratique, comme à l’époque des conquêtes coloniales, l’alibi de la mission civilisatrice, n’était que le cache sexe d’une volonté effrénée de s’accaparer les richesses énergétiques et hydrauliques de ce pays et parce que celui qui contrôlera la Libye contrôlera non seulement les 2500 km de côtes méditerranéennes, mais aussi l’accès à l’Afrique subsaharienne qui regorge de richesses (Pétrole, gaz, Uranium).

L’objectif de la guerre n’est pas seulement Daech

Pour ceux qui s’entêtent à lier la future intervention militaire, à laquelle participeront les américains, les britanniques, les français, les allemands et les italiens, selon l’information publiée par le journal britannique The Times, à l’émergence de Daech, rappelons leurs tout simplement que l’Africom a été crée en 2007, alors que Daech n’existait même pas dans les esprits et que son « mystérieux Calife » et une partie de ses tueurs écumaient encore les bars et les bordels de Baghdad, Sanaa, Tunis ou Alger. Si on Cherche bien, on découvrirait, que l’idée de l’Africom, comme celle de doter la Tunisie du statut du non membre du Nato dataient bien des années quatre-vingt dix, après la chute de l’Empire soviétique alors que Ben Laden, recevait encore ses ordres et ses munitions de la CIA. Après la chute du bloc soviétique, un nouvel ordre unipolaire a commencé à s’installer et le Maghreb, comme le Moyen Orient devaient subir des transformations profondes pour devenir une partie de la nouvelle Pax-Americana. L’arme terrible, inventée par des esprits maléfiques et dont Condoleezza Rice n’était qu’une figure de proue est la fameuse théorie du « Chaos Créateur », empruntée d’ailleurs à la théorie du chaos tout court. Cette théorie stipule que si un papillon bat des ailes à Sidi Bouzid, un cyclone dévastateur peut emporter Damas ou le Caire etc… Pas besoin donc, vu le déroulement des événements depuis le déclenchement du fameux « printemps arabe » (emprunté aussi au fameux Printemps de Prague, qui le premier ébranla en 1967 les bases de l’Empire Soviétique) de faire un dessin. Le papillon qui a battu des ailes jusqu’à s’y brûler, fût le petit charretier Bouazizi de Sidi Bouzid. Depuis lors, le destin de la Tunisie était scellé et la Tunisie qui fût à l’origine du « printemps arabe » servira encore de faire valoir pour entamer une longue et nouvelle guerre, officiellement contre Daech, exactement comme en Syrie, mais réellement pour entamer un nouveau partage de la zone Maghreb-Afrique et l’émergence de Boko Haram et son allégeance à Daech alors que ni la doctrine religieuse, ni l’origine ethnique, ni les intérêts politiques ne les lient, n’est qu’une preuve supplémentaire. On a libéré dans ces larges zones les forces du mal en détruisant les États centraux, sous couvert de « démocratisation » pour livrer ces pays à l’anarchie et à la violence aveugle de toute sorte et pour que leurs nouveaux gouvernants, parachutés pour la plus part, depuis Londres, Paris ou New York iront supplier les États du monde libre, d’intervenir pour sauver les populations et les États menacés par le terrorisme. Le scénario est trop classique dans les annales de l’Histoire, mais il y a toujours des gens crédules encore, pour croire en la philanthropie des lobbys des armes et du pétrole qui contrôlent la planète. Or seuls les intérêts de ces pays comptent et tous les discours pseudo humanistes sont à usage de propagande. Daech comme Al-Qaïda ne sont que les pures créations des services occidentaux. Pour Al-Qaïda Hilary Clinton l’a déjà reconnu officiellement et pour Daech on n’a même pas besoin d’une déclaration analogue tant les faits sont évidents, exit de Ansar al chariaa, de AQMI etc…Pendant la guerre froide, aussi bien le KGB que la CIA ont créé quantité de fronts armés, partis politiques et surtout de guérillas armées et de groupes terroristes qui ont ensanglanté la planète pendant cinquante ans. Daech n’est que la nouvelle formule teintée de religiosité et usant de la violence-spectacle, qu’elle soit en Libye, en Irak, en Syrie ou ailleurs. Mais le problème maintenant, comme toujours d’ailleurs, c’est que la créature maléfique se retourne immanquablement conte son créateur. Satan n’est-il pas la créature de Dieu ?

Daech chassée de Derna se replierait sur la Tunisie ?

Le coup de pieds que donneront les troupes spéciales des pays occidentaux dans la fourmilière de Daech à Derna en Libye et même les bombardements qui auront lieu au début de cette guerre, n’auront pour effet que de pousser ces terroristes à évacuer ces régions pour avancer soit vers la Tunisie soit vers l’Égypte car ils ne traverseront pas le grand désert libyen pour aller se réfugier au Tchad ou au Niger, exactement comme lorsque l’armée française a intervenu au Mali et dont les conséquences furent le déplacement massif de ces combattants vers la Libye livrée par l’OTAN au chaos et vers l’Algérie (attentat de Aïn Aménas) mais surtout vers la Tunisie où le premier maquis de chaambi fût crée juste après. Le même scénario en pire risque de se reproduire et la Tunisie se retrouvera au centre de cette guerre qu’elle n’a ni voulu ni souhaité si l’on suit les déclarations des officiels tunisiens qui espèrent toujours un miracle en Libye qui réconciliera « les frères ennemis libyens » et ce n’est certainement pas le mur de sable à la frontière tuniso-libyenne, annoncé par le chef du gouvernement qui les stoppera ! Le fait que la Tunisie soit en plus un « allié stratégique des États Unis » fera d’elle une cible de choix et une première digue à faire céder avant qu’ils n’atteignent les côtes nord de l’Europe! Il est trop tard en effet pour que la Tunisie échappe à ce rouleau compresseur qui l’étrangle des deux côtés. Plus elle s’enfonce dans la guerre en Libye et elle n’a plus le choix de rester neutre, plus elle devient dépendante de sa survie de l’aide militaire de ses nouveaux alliés « stratégiques » et plus elle est prise pour cible par la déferlante terroriste. La spirale de la guerre en Libye même si on sait approximativement quand elle commencera juste après la formation d’un pseudo gouvernement d’Unité Nationale (sic!), on ne sait pas quand elle finira. Jamais le long de son histoire contemporaine, la Tunisie n’a été dans d’aussi sales draps grâce à la myopie de sa nouvelle classe politique, toutes tendances confondues.

 

Alors que nos nouveaux dirigeants nidao-nahdhaouis se livrent à des chamailleries à ne plus en finir sur le sexe des anges et surtout pour se partager le maigre butin du pouvoir, des pans entiers de nos populations du sud et du Nord Ouest sont livrés à leurs propres sorts, ce qui les rends encore de plus en plus sensibles aux sirènes des islamistes radicaux notamment les salafistes, comme le démontrent les résultats des derniers scrutins (surtout pour le sud traditionnellement lié à la Libye). La contagion daechiste et l’existence d’une véritable pépinière qui a déjà livré 13000 de nos jeunes à la géhenne des guerres en Libye, en Syrie, en Irak et au Mali sans compter les 10000 empêchés de rejoindre les organisations terroristes, donnent des sueurs froides dans le dos. Sans compter qu’il existe dans la classe politique ceux qui ne cachent pas leur sympathie pour ces phalanges de la mort, il n’est pas certain que la propagande daechiste, devenue de plus en plus sophistiquée, ne fasse plus d’émules parmi nos jeunes même dans les classes aisées de la société. Il est certain par contre que si la situation continue, surtout avec la grande crise économique et financière qui pointe à l’horizon avec moins de 0.5% de croissance et si ce gouvernement continue à plonger dans l’autosuffisance, la Tunisie peut sombrer dans le chaos ce qu’a d’ailleurs affirmé BCE officiellement à sa façon.