Vendredi 3 juillet 2015 était une journée de nostalgie à Munich, ma ville préférée en Allemagne et où j’ai séjourné une vingtaine d’années!

Après le petit-déjeuner chez Erdmute Heller dans son bel appartement au quartier de Schwabing, j’ai commencé ma promenade nostalgique. Le ciel était dégagé, avec ce bleu splendide qui le caractérise dans la région bavaroise. « Alter friedhof » (le vieux cimetière)-qui était effectivement un cimetière, mais devenu depuis 1930, un petit jardin merveilleux au coeur de la ville-était ma première étape. Les épitaphes sur les tombeaux indiquent que ceux qui y sont enterrés sont des aristocrates et des bourgeois de l’Allemagne de la deuxième moitié du 19ème, et du début du 20ème siècle. On s’y promenant, on a l’impression que la vie s’est réconciliée avec la mort, et que celle-ci n’inspire ni répugnance, ni effroi!

Quand j’ai habité la « Schellingstrasse 67 », ce jardin qui garde son charme dans toutes les saisons, était le meilleur lieu de mes méditations. C’était là aussi que je faisais mes joggings quotidiens. Lors de son court séjour à Munich au printemps de l’année 1902, Apollinaire l’a visité et lui a inspiré son fameux poème « La maison des Morts »:

Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours

J’étais entré pour la première fois et par hasard

Dans ce cimetière presque désert

Et je claquais des dents

Devant toute cette bourgeoisie

Exposée et vêtue le mieux possible

En attendant la sépulture

Assis sur un banc à l’ombre d’un arbre géant, j’ai lu le journal Le Monde. Nombreux étaient les articles consacrés à la Grèce à la veille de son référendum pour le «Non », ou le « Oui. Un reportage parle d’un vieux qui s’est limité à montrer au journaliste français un ancien poster scotché au mur d’un établissement qui fait référence au 28 octobre 1940. Ce jour-là, considéré comme historique en Grèce, l’autocrate Ioannis Metaxas avait répondu d’un non ferme à l’ultimatum du régime fasciste de Mussolini qui exigeait de laisser la libre circulation aux troupes italiennes sur le territoire grec, et de céder des points stratégiques. Ce non là avait suscité le ralliement de toutes les catégories de la société et reste jusqu’à ce jour un symbole de fierté nationale. Dans un quartier pauvre d’Athènes, Tatiana tout en écoutant le bouzouki, le luth grec, s’est contenté de dire: « Si on dit oui, ils nous tuent. En choisissant de dire non, on se suicide. On a décidé de mourir comme on l’entend! ». Un article parle de la proclamation de l’état d’urgence en Tunisie face au « danger imminent ». En le lisant, j’ai eu froid au coeur. Mon cher pays sombre de plus en plus dans la violence et dans le chaos. La majorité des partis qui ont poussé comme des champignons après la chute du régime de Ben Ali s’acharnent à le mutiler, à le diviser, à le livrer au fanatisme à la terreur aveugle au nom d’Allah ou de la défense de la démocratie, de la liberté, des droits de l’homme, et de tous ces clichés avec lesquels leurs chefs et leurs partisans ne cessent de nous bombarder chaque jour, si non chaque heure. Et le malheureux peuple est rendu impuissant par tant de massacres et de crises qui se succèdent avec un rythme vertigineux! Nicolas Berdiaev, le grand penseur russe, l’un des premiers à être déçu par la révolution de 1917 qui l’a tant souhaité, mais qui a été vite confisquée par les Bolcheviks, avait dit que le premier principe n’est pas l’être mais la liberté. Mais la liberté étant par nature irrationnelle peut donc conduire aussi bien au bien qu’au mal. Selon lui, le mal c’est la liberté qui se retourne contre elle-même pour servir à l’asservissement de l’homme par les idoles de la religion et des idéologies qui reproduisent le rapports d’esclavage et domination dont est issue l’histoire de l’humanité. Et je pense que la liberté qui était le souhait de la majorité des tunisiens est devenue une damnation et un mal qui ronge leur pays et risque de le conduire à la pire des situations. Et quand le gouvernement tunisien a déclaré l’état d’urgence, plusieurs partis se sont pressés de le critiquer et de le l’injurier comme si la liberté pour eux signifiait la permission aux jihadistes de semer la mort et la terreur dans le pays!

Pointant du doigt ceux, qui au nom de Dieu se permettent de commettre les crimes les plus odieux, comme ce jeune Rezgui qui avait canardé des touristes innocents dans un hôtel de Sousse, Nicolas Berdiaev avait écrit: « Dieu comme force, comme toute-puissance et pouvoir, je ne peux absolument l’accepter. Dieu ne possède nulle puissance. Il est moins puissant qu’un agent de police ».

Dans un article intitulé: « Face au terrorisme, la réponse internationale est inefficace», publié par le journal Le Monde, Gaidz Minassian, présente trois approches face au jihadisme mondial. La première met en accusation des Etats soupçonnés d’êtres en relation avec une entreprise terroriste comme le Pakistan, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. D’après l’auteur de l’article, le carré sunnite est accusé de jouer avec le feu tout en étant entré dans une relation de dépendance mutuelle avec ses alliés de l’Occident. Chacun d’entre eux « prend les occidentaux aux tripes »; l’arme nucléaire pour le Pakistan, les hydrocarbures pour l’Arabie Saoudite et le Qatar et l’Alliance atlantique pour la Turquie. C’est pour cette raison que les occidentaux évitent de sanctionner ces pays !

La deuxième approche d’«inspiration culturelle», s’appuie sur la supériorité de l’Occident qui est le défenseur des valeurs universelles, pour faire régner l’ordre mondial dans la même veine que les néo-conservateurs américains, qui ont depuis des années une influence considérable sur la droite comme la gauche en Europe.

La troisième approche considère que le terrorisme jihadiste, qu’il soit originaire du monde musulman ou endogène aux sociétés occidentales, est le résultat d’un défaut d’adaptation à la mondialisation. D’un côté, il y’a de plus en plus de pays guerriers qui n’engendrent que la violence comme l’Afghanistan, la Syrie, la Somalie, la Libye, le Yémen et l’Irak, de l’autre côté des sociétés riches et opulentes qui sont devenues des modèles de l’exclusion et des inégalités poussant des peuples à essayer de trouver dans la religion des «recettes compensatoires». Mais pour l’auteur de l’article, aucune de ces approches ne peut être utile et efficace pour combattre la terreur jihadiste. Pour lui le système international se trouve dans une impasse comme si le monde entier était devenu «un théâtre israélo-palestinien en plus grand, avec ses intolérances et ses murs, ses foyers jihadistes et ses injustices, ses répressions et ses fausses solutions! ».

à suivre