Elle est vertigineuse la vitesse avec laquelle le parti Nidaa Tounes est passé du statut d’une prospective de solution aux menaces qui pesaient sur l’avenir du pays du fait de la politique de la Troïka et surtout du parti Ennahdha, au statut de principal problème sur la voie de la concrétisation de la transition démocratique et progressiste en Tunisie.

La trahison des engagements du début de l’existence du Nidaa, ceux de la campagne électorale (malicieux par ailleurs) et ceux pris avec la masse des cadres et militants ( supérieurs en nombre à ceux de Nidaa) et qui constituaient la force de frappe, de mobilisation, d’encadrement et de sympathie en faveur de Nidaa d’avant même la mobilisation pour al-rahil et jusqu’aux élections d’Octobre et de Novembre 2014… Le Nidaa, par sa trahison des engagements, a confirmé cet adage réactionnaire et rétrograde qui dit qu’en politique, les engagements n’engagent que ceux qui ont voulu bien y croire…

Cela dit et après cette expérience douteuse que le Nidaa a engagé depuis les élections législatives, (et qui mérite une analyse approfondie), une question politique et stratégique ( à la lumière se son importance) se pose : Faut-il sauver ou participer au sauvetage de Nidaa de sa décomposition politique, idéologique ( ce serait trop) et morale, ou bien faut-il engager une réflexion critique et pratique (ensuite) pour le dépasser ? La réponse à cette question est capitale ! Certaines tentatives sont en cours et il semble que cette tendance va en s’amplifiant qualitativement dans l’avenir immédiat.

Faut-il sauver le soldat Nidaa ?

1) Quand il a été constitué, le Nidaa se voulait une force de rééquilibrage du paysage politique tunisien face à « l’hégémonie » de la Troïka et principalement celle d’Ennahdha. Il a choisi une formule intelligente de sa composition qui consiste à fédérer trois courants de pensées politiques (Les nationalistes d’extraction destourienne, des militants et activistes indépendants issus de la société civile et des militants ayant eu des expériences dans les mouvements politiques de gauche mêlant à la fois d’ex communistes, des gauchistes et des nationalistes arabes). L’option était bonne (et elle reste) son application l’était moins comme on le verra par la suite.

L’autre caractéristique de Nidaa réside dans le fait que l’assemblage des différents courants et militants qui composent la plate forme de sa naissance s’est faite sur un seul fait majeur, le personnage et le rôle de son chef politique : Béji Caïd Essebsi.

Point donc de vision politique élaborée, point de programme politique d’une alternative, point de stratégie d’action, d’autant plus que l’improvisation au niveau organisationnel a engendré une image d’un parti médiatique plus que celle d’un parti de masse, de cadres ou de militants. Parti d’une initiative très particulière, sa naissance et son existence étaient très datées. La conjoncture politique lui était extraordinairement favorable et qu’il n’a pas su mettre à son profit au maximum, mais son évolution a hérité de ces aspects particuliers qui devinrent petit à petit des inconvénients presque…indépassables.

2) L’autre facteur qui a joué en faveur de Nidaa et qui a gonflé -à terme- son évolution et son sucés électoral réside dans la perception qu’avait eu un large courant d’opinion publique (électeurs, militants politiques et associatifs, cadres, associations, intellectuels, syndicalistes…) et qui s’est représenté le parti Nidaa comme un mouvement politique démocrate, capable d’être le barrage politique contre l’évolution dictatoriale rampante de l’islamisme politique d’Ennahdha et de ses alliés et capable d’être le fer de lance de la lutte contre les tensions en plus des autres tâches politiques de redressement national après les quatre années de catastrophes sur tous les niveaux de la vie publique et nationale. Mieux encore, ce large courant de l’opinion publique s’est représenté le parti Nidaa comme la force de défense du projet de société moderne et démocratique menacé par l’islamisme politique.

Cette perception est la clef fondamentale de l’explication du succès électoral de Nidaa. Mais celui-ci a vite mis en miettes cette perception. BCE est apparu rapidement après son élection en tant que Président, dégagé de ses engagements d’avant les élections et a rapidement perdu la main du commandement au sein de Nidaa. Ce dernier, après la victoire, a immédiatement rompu le contrat moral avec ses bases, ses alliés et ses électeurs en engageant une alliance avec le parti Ennahdha. Les décideurs-épars et ennemis parfois entre eux, au sein de Nidaa-se sont plus occupés de la distribution et de la consommation des parts du gâteau de la victoire électorale, que d’élaborer une vision et un programme politique pour le sauvetage du pays des crises politiques, socio-économique après un chaos gouvernemental depuis janvier 2011.

La descente aux enfers de Nida

Le parti Nidaa a rapidement (en un temps record) changé d’image : D’un parti sauveur à un parti traître… Il a perdu son âme puisqu’il a laissé tomber sa cause de départ… Ses dirigeants ont rapidement pris le costume des arrivistes arrivés… sans odeur ni saveur et sans couleur. Les ennemis de l’intégrisme se sont mus en ses défenseurs plus ou moins zélés au nom du réalisme (bien-sur), le fameux réalisme qui cache tout …ce qui est nauséabond. Le manque d’expérience et le manque de préparation en plus de l’opportunisme ont déclenché un processus d’improvisation très effrénée au niveau de l’action gouvernementale (non pilotée par un vrai parti dominant). Cette improvisation touche tous les secteurs et imprègne la politique nationale d’une marque de médiocrité rare. Exemples : Enseignement primaire et secondaire, santé, coût de la vie, réformes économiques, sans oublier les secteurs où le bat blesse le plus, à savoir la stratégie de lutte contre le terrorisme et la diplomatie…Le parti Nidaa n’ayant ni vision politique générale et à long terme ni un projet politique ou un programme, ni une direction digne de ce nom après le départ de son fondateur, il n’a pas alimenté un gouvernement écartelé entre quatre partis que rien n’unit et que tout lie… !!

L’opinion publique et les divers acteurs ont aujourd’hui la perception de vivre une crise nationale et gouvernementale née de la crise qui a rongé le parti Nidaa.

  • Au delà de la perception que l’on peut avoir du parti Nidaa, à le voire évoluer comme il le fait actuellement, il est plus important de repérer les facettes multiples de ses faiblesses, qui à coup sûr, sont à l’origine de la défection de la sympathie populaire et élitaire à son égard.
  • BCE, une fois élu et malgré son souci d’assurer sa succession à la tête du parti par un proche (qui serait son propre fils) se détourne quelque peu du parti et le laisse à ses démons. A moins que cette attitude soit une méthode pour réaliser ses propres plans. Mais les choses évoluent dans d’autres directions.
  • La direction effective du parti (un quarteron avec alliés) se mobilise pour prendre en otage les structures et les moyens du parti, en livrant des guerres de positions contre tous les concurrents actuels et éventuels…
  • Les destouriens (avec deux têtes), divisés, dominés et marginalisés sont conscients qu’ils n’ont servi qu’à assurer la victoire de leurs adversaires au sein du parti.
  • Le courant des militants associatifs et de gauche et qui n’ont pas partie liée avec le noyau dirigeant (pour cause de conflits d’ambitions personnelles) ronge son frein face à leur marginalisation rampante.
  • Les structures régionales (tansikiyet) sont en proie à la division et au dédoublement au point que les militants déserteurs deviennent supérieurs en nombre à ceux qui restent disciplinés.
  • Nombre de ministres et de députés du Nidaa sont dans une perspective de positionnement par rapport à cette guerre de tous contre tous qui domine les structures dirigeantes (BE,BP).
  • Tout ce beau monde a les yeux rivés sur le congrès constitutif hypothétique et qui sera à la lumière de cette réalité une guerre sans merci ou un non événement.
  • Le parti Nidaa, dépourvu de projet politique et de vision stratégique ne saura pas réaliser une unité politique et organisationnelle sur des bases saines et il ne réalisera- s’il ne se réforme pas radicalement- qu’un assemblage provisoire d’ambitions personnelles. C’est là où réside la perte et la défaite… Tout le bricolage, mis en branle ces dernières semaines (surtout après la fameuse (haraka tasshihiya) ne saurait résoudre les vrais problèmes que le parti Nidaa affronte dans la peine et surtout celle de ses militants engouffrés dans un désespoir certain. Il est possible qu’il n’est plus question de sauver le soldat Nidaa.