Les anglais ont débarqué, pourtant le sang avait coulé bien avant leur arrivée. Les enquêteurs de Scotland Yard et leurs collègues français et allemands sont à l’œuvre depuis le premier jour de l’attentat meurtrier de Sousse. Une décision prise communément de la part des quatre capitales européennes : Londres, Paris, Bruxelles et Berlin. Du coté British, le nombre des enquêteurs qui se sont déplacés est le plus important de tous les acteurs étrangers qui ont pris part à cette investigation, jamais mobilisé auparavant par la grande Bretagne en dehors de ses terres.

David Cameron, premier ministre, avait ordonné l’affectation de 600 analystes, installés à Londres, qui seront à la disposition exclusive des enquêteurs qui ont fait le voyage et qui sont encore en Tunisie. Les chiffres avancés dépassent largement les besoins de l’enquête.

Au-delà du silence assourdissant des autorités tunisiennes quant aux détails de leur accord donné à la police britannique afin d’opérer sur le sol tunisien, il est question d’abord de souveraineté violée avec consentement des deux présidences de l’exécutif, suivi par la complicité de toute l’assemblée nationale. Qui se plaint encore, me dira-t-on, de la perte de souveraineté, si toutefois elle a existé un jour ?.

Mais le problème est désormais plus grave que cela. Dans la foulée, le président de l’exécutif britannique somme ses troupes de la force spéciale de ramener tout individu impliqué dans la planification et la facilitation de l’attentat, mort ou vivant, là où il se trouve. Les enquêteurs sur place prennent le relais en demandant au président du gouvernement tunisien de pouvoir interroger tout agent du ministère de l’intérieur ou de la défense, qu’il soit cadre ou en bas de l’échelle hiérarchique.

Ici, l’on peut clairement comprendre que l’investigation tourne plutôt à un audit général du dispositif de sécurité et des institutions de tous les corps armés. Habib Essid répond timidement et indirectement que la Tunisie ne livrera aucun de ses « enfants », tout en procédant à des limogeages en cascade de hauts cadres du ministère de l’intérieur et d’autres des directions régionales, sans la moindre motivation ni le moindre suivi judiciaire. Certains ne sont pas loin de penser qu’on veut précipiter l’issue de l’enquête, ce qui a pour conséquence de mettre à l’abri les principaux « suspects » au sein des appareils de l’Etat en leur ouvrant la voie à disparaître de la scène. C’est l’une des questions qui restera provisoirement sans réponse. Et puis imaginons une seconde, notre lion national entrain de courir derrière les forces spéciales envoyées de Londres pour les empêcher d’accomplir leur mission ! Une scène tragi-comique qui s’ajoutera à toutes les autres des cinq calendriers successifs que nous continuons à subir.

En attendant, les choses s’aggravent avec l’appel du ministère britannique des affaires étrangères à ses ressortissants qui se trouvent actuellement en Tunisie, résidents et visiteurs, les exhortant à quitter immédiatement le pays pour risque majeur d’attaque terroriste imminente, deux semaines après l’attentat. Un verdict définitif, longuement réfléchi et solidement argumenté, attestant de l’effondrement du système de sécurité de notre pays et son incapacité à protéger les habitants et surtout les étrangers. Rappelons à l’occasion que la Belgique a précédé le Royaume uni, sauf que l’impact de sa décision n’a pas eu la même résonance médiatique. Là encore, l’on doit se poser d’autres interrogations, surtout quand on sait que l’état d’urgence n’a pas été accueilli avec faveur du coté des capitales citées et auxquelles s’ajoute Washington.

Pendant ce temps, l’enquête piétine et les relations se dégradent dans un climat d’incrédibilité totale envers l’autorité tunisienne. Les informations contradictoires à la pèle, divulguées par des officiels dès les premières minutes qui ont suivi l’annonce de l’attentat de Sousse, l’irresponsabilité écœurante du gouvernement face à tous les avertissements qu’il a reçus des services de renseignement de plusieurs pays et la culture d’impunité aidant, n’ont certainement pas aidé à se faire écouter par l’étranger. L’Allemagne en a déjà fait les frais lors de l’attentat de 2002 à Djerba. D’autre part, son déni persistant de la réalité du terrorisme dans nos contrées et les défaillances multiples constatées au sein de nos appareils sécuritaires, ne rapprochent pas les puissances étrangères, en matière de lutte contre le terrorisme, vers une collaboration plus accrue avec le gouvernement tunisien.

La crainte de se retrouver dans l’isolement total face à ce péril à cause de cette classe d’incompétents et d’incapables qui gouvernent, est de mise. Le match s’annonce, désormais, ouvert à toute sorte de rebondissement.

Seif BEN KHEDER