Cette phrase célèbre prononcée par l’abbé et homme de l’Église catholique (XIII e siècle), Arnaud Amalric qui dirigeait en 1209 une expédition contre la ville de Béziers, devenue « hérétique » car une partie de sa population avait adopté le schisme Cathares, était la solution cynique pour que les soldats ne perdent pas de temps à reconnaître les vrais chrétiens des « hérétiques »… Cette phrase s’applique à merveille à la réintroduction de la peine de mort dans les verdicts ayant trait au terrorisme, pour le moment assimilé aux organisations de l’Islam radical.

Jamais la Tunisie n’est allé aussi loin dans la banalisation de cette sentence et même, si par moments, l’État en avait usé pour sanctionner ses ennemis ou les adversaires de son régime, cela revêtait un caractère exceptionnel, mais jamais systématique. Un moratoire avait même été observé de fait avant que la Tunisie ne ratifie le texte. Maintenant n’importe quel petit juge, pourrait recourir à cette sentence, non pas uniquement contre les terroristes de Daech ou assimilés, mais contre n’importe qui, que les aléas de la politique pourraient jeter en pâture devant les assises pour crime « terroriste ». Il y’ a seulement quelques jours avant le vote de cette loi, un rédacteur en chef d’un hebdomadaire a été convoqué par un juge d’instruction pour « apologie du terrorisme » ayant tout simplement publié une vidéo (non fabriquée celle là… sic !) qui pourrait donner une autre version de l’attentat terroriste de Sousse. C’est dire combien cette arme est dangereuse, si elle tombe entre des mains et esprits malveillants et qu’on ne me dise pas que les juges sont des « saints ». Cela vaut aussi pour les autres sanctions, mais le problème est qu’une tête coupée ne peut pas se régénérer et la faute est irréparable.

Faut-il condamner à mort les 13OOO terroristes tunisiens à l’étranger ?

La nouvelle loi anti-terroriste votée et discutée sous la pression des événements et de la rue est certainement de loin plus répressive que celle de 2003, (promulguée rappelant le, car certains feignent de l’ignorer, sous la pression de l’administration Bush et pas seulement en Tunisie après les attaques des Twin Towers) et non seulement pour la réintroduction de la peine de mort, mais serait-t-elle pour autant, plus efficace dans la lutte contre le terrorisme ? Que ferons nous des 13 000 jeunes partis combattre en Syrie, en Irak, en Libye et au Mali et que la loi pourrait englober et où ils encourraient la peine capitale ? Sans parler de tous ceux parmi les membres de leurs familles qui les auraient aidé, il y’a d’abord les anciens responsables du gouvernement de la Troïka et à leur tête l’ex-Président provisoire de la République qui avait ouvert la porte à l’«exportation des Djihadistes » en appelant ouvertement à la chute du régime Syrien, sans parler d’un ex ministre des affaires religieuses qui exhortait les jeunes à aller se battre contre le régime « impie » de Damas. La liste de ceux qui tomberaient sous la coupe de cette loi est longue et pourrait toucher des personnes insoupçonnées jusqu’à lors. S’il est vrai aussi que la nouvelle constitution reste muette quant à la peine de mort, s’agissant d’un « hadd » (sanction religieuse légale), explicitement prononcé par le texte coranique, faisant échos à la loi du Talion hébraïque, il n’en est pas moins vrai que l’opinion publique en majorité, reste contre l’abolition de la peine de mort et si jamais un référendum est organisé sur cette question, le NON à l’abolition l’emporterait. Ceci étant dit, le fait que la peine de mort figure dans le texte de la loi contre le terrorisme n’est ni anticonstitutionnel ni anti-démocratique, mais il risque de poser plus de problème qu’il n’en résout.

La loi anti-terroriste donne un coup de grâce à la démagogie «révolutionnaire » 

Les 174 élus du peuple qui ont voté cette loi sont pour la plupart de ceux qui avaient martelé pendant des années que l’ancienne loi de 2003 était la preuve que l’ancien régime était une dictature mais cela ne les a pas empêché de voter une loi plus répressive puisqu’elle stipule que la peine de mort peut être prononcée et exécutée. Non pas seulement qu’ils jettent aux oubliettes leurs anciennes convictions, notamment ceux qui se réclament d’un radicalisme de gauche, mais ils mettent la main dans la main avec ceux qui défendent la peine de mort, parce que elle est conforme à la charia. Parce qu’ils ont les pieds sur la braise, ces « révolutionnaires » d’opérettes tournent casaques à la première épreuve. C’est vrai que deux leaders de la gauche ont étés assassinés par des terroristes et c’est vrai que les terroristes continuent à assassiner chaque fois nos soldats, nos policiers et nos hôtes, mais ne sont-ils pas les mêmes, qui en 2011 considéraient que le terrorisme était une « fazzaa », un prétexte, et ont poussé vers la libération puis l’amnistie d’un millier de terroristes qui croupissaient dans les prisons tunisiennes ? Contrairement à ce que prétendent certains, la loi 2003 n’a jamais été utilisée sauf contre les terroristes mais l’intox utilisée à outrance par les ennemis de l’ancien régime a malheureusement fonctionné à plein tube et rappelons qu’ il y a deux ans seulement, comment les terroristes condamnés par la justice tunisienne étaient reçus en héros sur les plateaux TV, animés d’ailleurs souvent par d’anciens journalistes de l’ancien régime qui ont retourné rapidement leurs vestes, avec les applaudissements de crypto-révolutionnaires et la fascination de pseudos démocrates.

En votant cette loi, les députés de l’ex-extrême gauche devenue gauche caviar (ou loup) n’ont fait que rejoindre les positions des ex-Rcédistes devenus Nédaïstes et ex-alliés des terroristes devenus les islamistes soft d’Ennahdha. Eh oui, parfois l’Histoire, comme le cœur, a des raisons que la raison ignore sauf la raison d’État. Oui la raison d’État exige que l’on soit plus ferme et intraitable avec les terroristes réels ou potentiels, mais c’est cette même raison d’État qui nous dicte qu’il faut raison garder. A la place des actuels dirigeants de l’État (dans le sens large du terme), je commencerais d’abord par dessécher les sources du terrorisme en tarissant avant tout ses sources idéologiques et dogmatiques, mais comment demander ça à un gouvernement qui n’a aucun présupposé idéologique et où figurent des membres, certes repentis, qui s’abreuvent à la même source, car il ne suffit pas d’applaudir la peine de mort pour des terroristes pour couper le cordon ombilical avec la foi qui engendre le terrorisme et qui n’est qu’une lecture archaïque et rudimentaire de la foi dite religieuse.

Nous n’avons pas besoin d’étayer des preuves il suffit d’utiliser Google pour visionner le discours d’une grande partie de ce qui constitue malheureusement une partie de la nouvelle classe politique. C’est là où le bas blesse. Mais en ce temps d’hypocrisie générale ne convient-il pas de hurler toujours avec les loups ?