Le titre de cet article est volontairement optimiste, car évidement la mort d’un chef terroriste ne signifie nullement la fin du terrorisme, mais l’Histoire arabo-musulmane, qui a ses propres lois inhérentes à la spécificité des sociétés régies par la religion musulmane, nous enseigne, que chaque fois, qu’un chef de secte meurt, celle-ci est vouée à une fin certaine.

Or Seif allah Ben Hassine, de son nom de guerre Abu Iyadh, un des dix dirigeants militaires et historiques d’al-Qaïda autour de Ousama Ben Laden, est le fondateur historique de l’Islam radical, version salafiste en Tunisie, qui se différencia historiquement et idéologiquement de l’autre mouvance, non moins à l’origine salafiste, celle des frères musulmans qui a engendré le mouvement de la tendance islamique, qui à son tour a enfanté Ennahdha. Nous pouvons affirmer sans risque d’être contredit, que le terrorisme version al-Qaïda en Tunisie est bien le produit de l’idéologie, développée et conçue par Abu Iyadh et mise en exécution par ses soins depuis qu’il a envoyé deux jeunes tunisiens assassiner le Commandant afghan Ahmed chah Messaoud dans les montagnes pachtounes, jusqu’au dernier carnage visant des touristes dans un hôtel à Sousse, il y’ a une semaine.Le fondateur de Ansar al-Shariaa, est le gourou de cette secte d’assassins comme Hasan Al Sabbah, l’était pour les Hashashine (assassins) au moyen âge. Avec, la mort de ce dernier, la secte a bien vécu dans la clandestinité assez longtemps avant de s’éteindre définitivement, ce qui n’a pas empêché la violence au nom de l’Islam de continuer à ébranler les fondements de l’Empire musulman de l’époque, comme aujourd’hui, le terrorisme ébranle les fondements des États modernes. Abu Iadh était le seul chef réel de cette mouvance, en dépit de l’existence d’autres « shaykhs » se revendiquant de la même obédience.

La raison essentielle de notre affirmation provient d’une connaissance des mouvements jusqu’auboutistes en Islam comme les premiers kharijites, les sectes shiites violentes ou d’autres avatars de l’Islam politique qui ont accompagné l’Islam depuis sa naissance. L’apparition presque cyclique de ces mouvements, n’a jamais empêché cette religion de se développer générant une des plus grandes civilisations que l’humanité ait connu ainsi que des États et des Empires puissants. On pourrait même conjecturer que la lutte idéologique et philosophique a constitué le socle même de la pensée philosophique et le catalyseur d’une culture ouverte sur les autres religions et autres modes de pensée. Les chefs de ces mouvements extrémistes sont imbibés d’idéologies faisant référence à l’Islam, simplistes et totalitaires avec laquelle ils encadrent leurs partisans et qui n’est que le produit d’une invention de ce chef élevé par ses adeptes au rang de prophète dont la parole est incontestée et les ordres sont indiscutables. Hassan Ibn Al-Sabbah (1036-1124 J,-C) n’envoyait-il pas lui même ses propres soldats se faire écraser sur les rochers qui entourent la forteresse d’Alamout ou se faire massacrer après avoir commis un meurtre politique? Ce qui change, c’est uniquement le contexte politico-historique, mais l’idéologie et les structures de ces organisations sont les mêmes et les organisations terroristes musulmanes contemporaines n’ont fait qu’imiter leurs ancêtres les terroristes d’antan. En plus Abu Iyadh ne s’est pas illustré par une érudition confirmée ou par des écrits qui pérennisent ce que ses adeptes prennent pour une pensée sacrée. A sa mort il ne restera dans leurs mémoires que des traces et des bribes d’idéologie en plus d’une organisation à structure para-militaire. Immanquablement, une rivalité et une guerre des chefs éclatera comme cela se passe actuellement au sein d’al-Qaïda après la mort de Ben Laden, où la mouvance daechiste qui a déclaré le Califat conteste la légitimité de Ayman zawahiri et a fait scission provoquant une guerre intestine aussi sanglante que celle qu’ils livrent à leurs ennemis. Aucune mouvance radicale et violente le long de l’Histoire arabo-musulmane n’a échappé à cette règle. L’organisation terroriste Ansar Al-Chariaa, quelque soit la dénomination derrière laquelle elle se cachera, n’échappera pas non plus à cette règle de l’Histoire. Mais l’éclatement de cette organisation donnera nécessairement naissance à d’autres sectes et groupuscules aussi violents les uns que les autres, avant qu’ils ne disparaissent de la scène. Mais dans combien de temps et à quel prix ? Tout dépendra de la stratégie mise en œuvre pour les combattre.