Le conseiller aux affaires diplomatiques à la Présidence de la République est monté au créneau, contrairement à son habituelle discrétion, pour interpréter à sa manière « toute diplomatique », l’adhésion de la Tunisie au statut de NON MEMBRE de l’OTAN, révélée par Barack Obama, lors de la dernière visite du Président de la République à Washington. Il s’est fendu d’une interview à la TAP où il a tenté de minimiser l’importance de cette « adhésion » en réaffirmant que jamais la Tunisie n’a été et ne sera membre de l’OTAN, ce qui est vrai, tout en réduisant le fameux MoU signé par l’autre conseiller, cette fois politique, Mohsen Marzouk avec John Kerry à une simple déclaration d’intention qui n’oblige nullement la Tunisie. Pourquoi alors garder ce document officiel dans le secret et ne pas le publier ? Tandis que BCE, n’a jusqu’à maintenant pas commenté ni cette « adhésion », ni le MoU, ses conseillers politique et diplomatique ont multiplié les déclarations rassurantes à l’égard de l’Algérie, en affirmant « le caractère stratégique » de nos relations avec notre voisin de l’Ouest tout en retirant, que notre sécurité est la leur et vice versa, ce qui est d’ailleurs une vérité de la Palice.

D’un autre côté l’événement est passé presque inaperçu, car il n’a suscité ni approbations ni désapprobations de la part des agitateurs politiques qui écument nos plateaux de télévisions et à part quelques commentaires élogieux, écrits à dessein et qui relayent le point de vue de l’administration, l’Omerta sur cette question cruciale pour l’avenir du pays est presque totale. Même les traditionnels anti-américains et anti-impérialistes n’ont pas jugé bon d’élever la voix contre cette nouvelle alliance stratégique pour de bon dans laquelle l’État post-indépendance vient de s’engager. Car l’État de l’Indépendance, rappelons le pour rafraîchir la mémoire des pseudos bourguibistes, a toujours refusé de s’engager dans des alliances militaires ou encore plus d’adhérer à des organisations militaires. C’était Bourguiba qui avait fondé ce principe à tel point que notre pays était considéré comme un des rares vrais pays non alignés et cela n’a jamais nuit à nos excellentes relations avec nos amis de toujours et même avant l’Indépendance, les américains.

Un cadeau empoisonné

L’argumentation sur laquelle repose les défenseurs de cette « adhésion » au statut de NON MEMBER OF NATO, est que la Tunisie, confrontée soudainement à une guerre contre le terrorisme, n’est pas encore préparée à la mener comme il faut, par manque de moyens. La conclusion évidente est qu’il faut chercher un parapluie militaire et pourquoi pas en occurrence, les USA ? C’est en tout cas ce que laisse entendre le conseiller diplomatique à la Présidence dans sa déclaration à la TAP, tandis que du côté du Belvédère, au MAE, on garde un silence étonnant sur cette affaire. Alors qu’il réagit au quart de tour sur des questions moins « stratégiques », le ministre des affaires étrangères Taïeb Baccouche, connu pour son passé « de militant anti-impérialiste » et qui d’ailleurs n’a pas été invité pour faire partie du voyage présidentiel à Washington, garde un silence révélateur ! Était-ce sa position sur la reprise des relations avec la Syrie, démentie en direct par BCE qui ont rendu sa présence dans la délégation inappropriée ? En tout cas, aucune de ses déclarations n’est venue par la suite approuver cet accord avec les USA. Est ce le genre de silence désapprobateur ? Toujours est-il que l’argument des « moyens militaires » ne tient pas la route, car d’autres pays, moins riche et moins puissants militairement que nous, n’ont jamais fait le pas, sauf (pour les pays non européens), l’Afghanistan de Karazï, le Bahreïn, l’Égypte de Moubarak pour sa position géostratégique, évidente dans la région et le Maroc qui n’a jamais caché ses penchants atlantistes. Il est clair si l’on suit les réactions non officielles qui transparaissent à travers une certaine presse, le gouvernement algérien semble plutôt « préoccupé » voir « inquiet » de ce nouveau statut de la Tunisie.

Un journal va jusqu’à titrer que désormais « l’Algérie est prise en tenaille par l’OTAN », ce qui est loin d’être vrai, car la Tunisie en dépit de ses relations historiques avec les USA et les pays occidentaux a toujours sous Bourguiba et sous Ben Ali, protégé le flanc Est de l’Algérie contre tout danger qui la menace. Sauf que ce « cadeau empoisonné » parce qu’il s’agit bien d’un cadeau, comme le prouve le statut de NON MEMBER et d’un « privilège » qui donne accès à des armements très sophistiqués, et aux hauts renseignements militaires sans compter les aides et les « prêts », mais qui du même coup fait des ennemis des USA et ils sont nombreux, nos ennemis, et transforme notre pays en cible préféré des terroristes. D’un autre côté, il aurait fallu développer plus de concertation à ce sujet, avec nos frères algériens, car comme l’a dit si bien Mohsen Marzouk, « leur sécurité est la nôtre et notre sécurité est la leur ».

Il est certain que le voyage de H. Essid à Alger quelques jours avant le départ de BCE à Washington a été l’occasion de discuter « des intérêts communs » mais H. Essid a-t-il convaincu ? En suivant les réactions de la presse algérienne, on est tenté de répondre par la négative. D’où le côté empoisonné du « cadeau ». Car le seul et vrai allié stratégique est celui qui garde votre frontière et que vous gardez la sienne, exactement comme un vrai bon voisin. Autre supercherie, est de dire que ce nouveau statut octroyé par l’OTAN est le résultat du succès remporté par la Tunisie en matière de démocratie et en raison de l’apparition de Daech (EI) en Libye. C’est en 1995 que l’OTAN a décidé de créer et de développer des relations avec des pays non membre et notamment la Tunisie. L’octroi de statut « d’allié stratégique » a été même demandé par la Tunisie mais les américains n’en voulaient pas comme il y’a quelques mois pour l’Ukraine, car seul Washington a le pouvoir d’accorder le statut de Major non-NATO ally (MNNA). Et c’est uniquement pour des raisons qui ont un rapport avec la défense de l’intérêt national américain que les USA ont pris cette décision.

Maintenant que les dés sont jetés, on aimerait bien que les « stratèges » de Carthage nous informent d’abord sérieusement et essayent de nous convaincre ensuite. Les déclarations et justifications émises jusqu’à maintenant sont loin de convaincre. Et l’on commence déjà à chuchoter dans les salons, que seuls certains conseillers ont poussé dans ce sens.

Il revient au Président de la République seul, garant selon la constitution et de la sécurité nationale et commandant suprême des forces armées d’expliquer à l’opinion ce qui ne peut être considéré que comme un revirement stratégique.