Il est vain de rejeter la responsabilité politique du carnage exécuté froidement par un terroriste «solitaire », sur le chef du gouvernement, le chef de l’État, le ministre de l’Intérieur ou tout autre responsable politique ou sécuritaire, car ils ne sont tous que les représentants ET LES ACTEURS d’un système issu de l’après Janvier 2011 avec ses phases dites « transitoires » ou « définitives », sa classe politique dont une partie nous a été parachutée d’ailleurs et ses chevaliers des plateaux télévisés, qui une fois placés aux responsabilités font totalement le contraire de ce qu’ils professaient comme théories dites « révolutionnaires », ses oppositions de gauche ou de droite, qui au fil du temps se sont révélées aussi opportunistes et aussi incompétentes que ceux du pouvoir. Tout cela n’est qu’un détail de l’Histoire.

Ce qui est à retenir, c’est que ce système a échoué lamentablement à préserver la souveraineté, à protéger les citoyens et les intérêts vitaux du pays et à assurer le premier des droits, le droit à la vie. Ce qui restera par contre dans l’Histoire, c’est que cette classe politique, qui depuis le 14 Janvier 2011 s’est mise à déstructurer l’État, à la détruire consciencieusement et perspicacement au nom de la chimère révolutionnaire, à produire des théories oiseuses sur le « nouvel État », à encourager tout ce qui affaiblit l’État au nom d’une « démocratie » concoctée dans les laboratoires des grandes puissances qui gouvernent le monde, pour tester si « l’Islam est soluble dans la démocratie », mais surtout pour transformer les États nationaux en États vassaux. Cette classe politique a échoué lamentablement non seulement à reconstruire l’État selon sa vision a-historique, mais à édifier une démocratie viable. Et pour cause, il n’ y’ a point de démocratie sans un État de droit fort, mais l’inverse n’est pas forcément vrai. Hegel le dit si bien dans ses écrits, en définissant le rôle de la société politique et celui de la société civile. Sans primauté du politique sur le civil, il n’y a point d’État et donc point de Démocratie libérale, qui suppose déjà l’existence d’une société libérale et d’une économie capitaliste puissantes et prospères, ce qui est loin de correspondre à la Tunisie actuelle.

L’incapacité de l’État à faire face au terrorisme meurtrier et sanguinaire pratiqué par les adeptes de «l’état Islamique», est inscrite dans les gênes mêmes du nouveau pouvoir, qui ne correspond à aucun système politique au monde, car il ne s’agit ni d’un régime présidentiel, ni d’un régime parlementaire, ni d’un pouvoir royal, ni d’un pouvoir théocratique, ni d’une République laïque. C’est en somme un mélange de tout ça, concocté par des pseudo-juristes et des pseudo-constituants dont les scandales et l’amateurisme ont définitivement jeté dans les oubliettes de l’Histoire, et validé par des «Feltman’s» et autres consorts. Il s’en est suivi, que ce système, sur qui repose la légitimité, et c’en est bien une, des différents acteurs politiques actuels, allant du Président de la République, au Président du Gouvernement, au Parlement, aux oppositions parlementaires et extra-parlementaires, à la dite société civile, est le principal responsable de la déliquescence continue de l’État, par le fait même que le système immunitaire de l’État est constamment et insidieusement attaqué, souvent par ignorance et incompétence par ceux là mêmes qui sont censés le défendre et le protéger. Pourtant la campagne électorale qui a amené les nouveaux « maîtres » de la Tunisie au pouvoir a été faite sous le mot d’ordre, oh combien juste, de restaurer le prestige de l’État et que même le parti islamiste Ennahdha a fini par adhérer théoriquement à ce mot d’ordre-programme. Mais, depuis, jamais le prestige de l’État n’a été mis à aussi dure épreuve, car comme le dit le proverbe arabe « Les mains tremblantes ne font pas l’Histoire ». Un exemple seul suffit à lui même de prouver « le tremblement des mains » de ceux qui sont aux commandes : « La loi sur le terrorisme » ! Si une alliance des partis au pouvoir n’a pas pu ou voulu faire avaliser cette loi par une majorité arithmétique qu’elle contrôle, pour lutter efficacement contre le fléau terroriste, quoique nous croyons qu’on n’a pas besoin de loi pour décimer le terrorisme, qui ne peut dans le meilleur des cas, que lier les mains des institutions légales, (en exemple Guantanamo a été choisi pour échapper aux lois américaines ), c’est que cette majorité est structurellement incapable de lutter contre le terrorisme. D’autres raisons concernant cette majorité nous laissent penser que certaines de ses composantes qui avaient fait preuve de connivences voire même de complicités avec le radicalisme islamiste, n’ont pas encore définitivement coupé le cordon ombilical avec les tenants de l’État Islamique, mêmes s’ils divergent avec eux sur les moyens pour y arriver.

Nous n’allons pas énumérer dans cette article tous les éléments qui attestent que le système politique mis en place, même s’il peut se prévaloir d’une dose considérable de démocratie est loin de correspondre à l’État de droit, car justement un État de droit ne peut tolérer sur son territoires des partis, voire des mouvances ou des individus qui lui dénient même le droit d’exister. Or de l’aveu même des différents ministres de l’intérieur, des milliers d’individus dit « Djihadistes » œuvrent sur son territoire, dans ses mosquées, dans ses médias, dans ses partis légaux et dans une nébuleuse d’associations richement dotées et clandestinement structurées, sans que, ni le gouvernement ni les autorités compétentes ne les affrontent, notamment le système judiciaire qui s’est illustré par un laxisme coupable et douteux. Au moment même par exemple, où se tient le procès du meurtre du leader de gauche Chokri Belaïd, si l’on sait qui sont les exécutants de ce sordide assassinat, on continue à nager dans le brouillard, quant aux vrais commanditaires politiques, malgré les promesses tenues par les différents leaders politiques lors de la campagne électorale. C’est la preuve que l’État de droit est encore une simple vue de l’esprit. On châtie les exécutants, tout en faisant semblant d’ignorer qui sont les ordonnateurs. Or l’État de droit, c’est l’application stricte de la loi sans aucune considération politique. L’affaire Belaïd continue à être gérée politiquement, à distance, comme d’ailleurs l’ensemble des affaires liées au terrorisme, c’est pour ça que les terroristes ne semblent nullement êtres impressionnés par les menaces répétées de nos gouvernants. Autre exemple, l’affaire Ali Herzi, qui vient d’être abattu en Syrie par un drone américain, impliqué dans l’assassinat de l’ambassadeur US en Libyen et remis à la justice tunisienne par la police turque, il fût remis en liberté et autorisé à quitter le territoire dans des circonstances mystérieuses et il s’avéra être le plus grand recruteur de djihadistes pour le compte de Daech dont les 13 000 tunisiens officiellement répertoriés par la police. Autre affaire plus récente en rapport avec le terrorisme, celle du fameux chef d’une milice armée libyenne arrêté puis remis en liberté, en échange de la libération de nos diplomates pris en otage par ses miliciens pour obliger l’État tunisien à « se déculotter », ce que l’État a fait sans gêne prouvant encore une fois qu’il est loin d’être un État de droit. Le pire c’est que pour justifier l’absence de rigueur de l’État dans l’application de la loi, on invoque le droit, la démocratie et la liberté.

Le carnage perpétré par un terroriste « solitaire » à Sousse, tuant et blessant des dizaines de touristes étrangers, vient de mettre à nue, non les insuffisances d’un système sécuritaire, comme on tente de nous le faire avaler, mais l’incurie structurelle du système politico-juridico-sécuritaire, mis en place depuis quatre années. Toutes les décisions, toutes les mesures prises par le haut de la hiérarchie, pour assurer la sécurité des citoyens et des hôtes étrangers, ne trouvent aucune application sur le terrain réel. C’est la preuve qu’il ne suffit pas pour un gouvernement d’être issu d’un vote démocratique et transparent pour pouvoir gouverner ou régner. A ce gouvernement, il manque quelque chose d’indispensable : Le prestige de l’État tel qu’il est défini par Ibn Khaldun. Or un gouvernement de lobbies et de groupes de pressions, parce qu’il est le résultat d’un dosage fait pour servir des intérêts partisans et corporatistes, nonobstant les qualités personnelles de certains de ses ministres, ne peut garantir l’État de droit, même s’il fait mine de sévir et de hausser le ton. Il ne pourra donc pas diriger la guerre contre cet ennemi redoutable et rusé : Le terrorisme.