Lundi matin, les quatre partis politiques qui forment le gouvernement et une majorité parlementaire, devaient tenir une conférence de presse ensemble pour s’exprimer sur les grands dossiers qui se posent au gouvernement. Ils n’auraient rien dit de sensationnel si non qu’ils restent unis pour le bien et pour le pire. Du moins en apparence. La conférence de presse a été enfin de compte annulée pour des raisons qu’on ne connaît pas. Unis ? Ce n’est pas aussi vrai qu’ils tentent de le laisser entendre.

Quelques jours avant, Hbib Essid, chef du gouvernement, à la question du journaliste, à l’occasion, sage comme un mage mais toujours aussi gominé et qui lui servait la soupe : « Qui gouverne ? Vous ou les partis qui forment la majorité ? ». Hbib Essid avait donné une réponse claire : « C’est moi, rien que moi». Pourtant ce n’est pas aussi simple et aussi vrai et il ne suffit pas qu’il l’affirme pour que l’on le croit. R.Ghannouchi a d’ailleurs fustigé la communication du gouvernement lors d’une conférence de presse tenue lundi. On sait en effet, qu’en l’occurrence il n’existe pas de politique d’un gouvernement, mais des politiques de ministres du gouvernement, chacun dans son secteur. Ces derniers semblent plutôt mettre en exécution des programmes de leurs partis respectifs ou même leurs programmes personnels, plus que le programme du gouvernement Essid. Normal, étant donné que c’est un gouvernement de lobbies. Ainsi, les Ministres d’Afek font du libéralisme sauvage, tandis que ceux de Nidaa comme le ministre du budget ne fait qu’exécuter, mal diront les experts du FMI, le programme imposé par cette institution de prédateurs économiques, au même moment où le ministre des affaires sociales, poulain des syndicalistes, cède sur tous les plans à la vague revendicatrice des salariés. Idem pour son collègue de l’enseignement, transfuge de l’ex extrême gauche, qui, en cédant aux pressions des syndicats a provoqué un tsunami social, sans pour autant réussir à les calmer. Quant aux ministres nahdhaouis, qui, on vient de l’apprendre par un média américain, sont au nombre de quatre, leur politique tient en un mot : Point de vagues. En tout cas pour ce parti, les choses sont claires, Rached Ghannouchi est le seul maître à bord.

Lors de la réunion de coordination des partis, présidée la semaine dernière par Ghannouchi, le représentant de l’UPL, Makram Gabsi a posé la question qui dérange : Sommes nous une coalition de partis au pouvoir, ce qui signifie logiquement que toutes les décisions et les positions seront prises en commun accord, ou il y a un parti qui gouverne (en l’occurrence Nidaa) et les autres participent simplement, ce qui signifie qu’ils doivent avaler toutes les décisions du parti dominant ! Cette question est d’autant plus pertinente, que le parti Afek semble désormais faire cavalier seul, en témoigne ses positions quant à la loi sur le haut conseil de la magistrature. Une situation ubuesque de ce parti qui veut le beurre et l’argent du beurre et …… Tout en étant au gouvernement, il joue le rôle d’un parti d’opposition et tout en étant libéral, il soutient des grèves comme celui, des magistrats. Allez comprendre ! La réponse de Mohammed Ennacer, Président de Nidaa et du parlement était claire : On n’est pas une coalition au pouvoir. Il fût contredit curieusement par son ministre et subordonné, puisque député, Lazhar Akremi qui fait du pied à Ennahdha après avoir été son farouche adversaire, en déclarant : Il faut qu’on se prépare (sous entendu Nidaa et Ennahdha) pour gouverner ensemble au moins 15 ans. Voilà qui est clairement dit et qui enlève tous les masques. Une sorte de retour au parti unique avec deux branches, l’une islamiste et l’autre dite laïque. Tout juste ce que veut l’oncle Sam, du moins pour le moment. Et au même moment au pays de l’oncle Sam, BCE tire à boulets rouges sur « les islamistes » qu’il accuse de recourir à la violence. A-t-il senti, là bas à Washington le vent tourner, ou a-t-il été briefé sur la nouvelle stratégie américaine ? Ce qui est incroyable, c’est que du côté des islamistes, aucune réaction à cette déclaration et que du côté de Carthage, aucun démenti ou tentative de « corriger » les déclarations étonnantes du Président. Or l’on sait que BCE ne parle jamais pour ne rien dire ou pour verser dans le sensationnel. Quelque chose se prépare, mais quoi ?

Ce qui est à noter lors de cette réunion, tenue au siège du parti islamiste, c’est que les représentants d’Ennahdh, semblent avoir été dépités et exprimèrent leur mécontentement. Mais rien n’a filtré à l’extérieur de leur déception. Il en faut beaucoup plus pour déstabiliser Rached Ghannouchi !

En réalité, l’avenir de cette « coalition » parce que c’en est une, est incertain ; même si elle est donnée en exemple par Obama et toute la machine de propagande occidentale. Car des alliés puissants de Washington n’en veulent pas et même au sein du Congress américain, pour plusieurs raisons. Or lorsqu’un papillon bat des ailes à Washington, un cyclone peut se déclencher à Tunis ou ailleurs. D’autant plus que l’on s’achemine en Libye vers la solution militaire et la Libye est une affaire intérieure tunisienne comme le disait à juste titre, BCE. Reste qu’entre temps, la situation se développe dangereusement en Tunisie surtout avec les menaces proférées par le FMI de couper les fonds et la multiplication d’attentats terroristes. Vers qui se tournera alors la Tunisie pour éviter la débâcle ? A quel prix ? Si l’on croit le journaliste Soufiène Ben Farhat et l’on n’a aucune raison pour ne pas le croire, l’indiscrétion de BCE, en est-t-elle vraiment une ?