Par Moncef GOUJA /   

Qu’il s’agit du guignol libyen qui menace de « bruler » le Président de la République Tunisienne ou des brigands tripolitains qui ont pris en otage 172 de nos compatriotes pour exercer un odieux chantage, la Tunisie toute entière, peuple et gouvernement, partis au pouvoir ou dans l’opposition, société civile et hommes d’affaires, est sensée se dresser, uni comme un seul homme pour répondre, non seulement politiquement et diplomatiquement mais aussi sur le plan sécuritaire à ce ramassis de voyous, qui veulent déstabiliser notre pays. Malheureusement ce n’est pas le cas. Pourtant, seul le langage de la fermeté et seule une conduite, qui consiste à ne pas céder aux pressions de ces lascars, quelque soit le prix, sont payants. Tout autre politique qui préconise la mollesse, ne peut engendrer que des conséquences catastrophiques, car négocier et faire des concessions à ces bandits des grands chemins, c’est égrener la souveraineté de l’État et « bananiser » la République. Le précédent est grave en effet, puisqu’il risque, si l’on a fait preuve de lâcheté, d’encourager les 700 bandes armées qui massacrent leurs propres pays à transférer leur guerre de brigands à l’intérieur de nos territoires, sachant que parmi les centaines de milliers de citoyens libyens qui sont nos hôtes, il existe bien des agents infiltrés, dormants, qui n’attendent que le bon moment pour semer le désordre et la panique chez nous. Arrêtons donc, pour un moment de parler de « gouvernements » et de légitimité ou d’illégitimité quand il ne s’agit des deux côtés en vraie, que de milices sans foi ni loi à la solde de puissances étrangères. Le fait que le zigoto qui se prend pour un ministre de l’information et de la culture (excusez du peu) en appelle à des États étrangers pour infléchir la politique étrangère de la Tunisie, que seuls les tunisiens ont le droit de la critiquer, est en soi, une preuve de l’inféodation de son gouvernement à d’autres États. Faut-t-il d’un autre côté, rappeler à l’occasion, que c’est à partir de notre frontière sud que sont convoyées les armes et les drogues ainsi que les phalanges de terroristes qui sèment la mort dans nos contrés avec la bénédiction de pseudo-gouvernants. La parenthèse des 172 otages tunisiens et le meurtre de nos deux journalistes donnent la preuve que dans la Libye actuelle, la Tunisie n’a pas d’amis mais tout au plus des parties qui tirent profit de notre générosité depuis la fameuse « révolution » libyenne enfantée par les bombes de l’OTAN et les stratèges du « printemps arabe ». Trop bon, trop con disent les Français, cela vaut pour les États et donc pour la politique tunisienne à l’égard de ce qui se passe en Libye et il est encore temps de mettre les points sur les i avec tous ceux qui profitent encore de notre générosité.

Primo, il faut insister auprès des tunisiens qui sont encore en Libye à rentrer au bercail, quitte à créer un fond spécial de solidarité pour financer leur retour et leur installation. Ceux qui refusent doivent assumer leur responsabilité.

Secundo, il faut réinstaurer le visa, quitte à le délivrer aux frontières, (et c’est possible techniquement), comme l’a fait le Maroc qui a autant d’intérêts et plus de citoyens que nous en Libye.

Tertio, Il faut sérieusement régulariser le séjour de nos amis libyens qui souhaitent s’installer durablement ou momentanément en Tunisie et reconduire à la frontière tous les éléments qui représentent une menace pour la sécurité de notre pays, tout ça, en appliquant rigoureusement et strictement la législation et les accords signés depuis une longue date entre les pays du Maghreb.

Enfin, il faut mettre la pression diplomatique sur toute partie qui fait preuve de double langage et qui en secret, travaille contre nos intérêts. C’est l’ambiguïté de la position tunisienne à l’égard de ce qui se passe en Libye depuis 2011 et qui a participé à ouvrir la boite du Pandore, pour « plaire » à des amis français de l’époque, qui est la cause fondamentale de l’enfer qui s’est répandu sur tout le territoire libyen et qui menace de s’étendre à notre sol.

Sur le plan économique, c’est la Libye qui a le plus besoin que sa frontière nord, seule sécurisée, reste ouverte au trafic des marchandises en provenance de notre pays et si par malheur, elle ferme, toute la Libye de l’Ouest risque d’être asphyxiée économiquement et donc c’est en position de force que le gouvernement tunisien négociera avec n’importe quelle partie qui contrôle les frontières, à condition évidemment que les régions frontalières tunisiennes soient sous contrôle. Cela exigera un effort supplémentaire de l’armée et des forces de sécurité, effort devenu de toute façon nécessaire, en raison des menaces qui pèsent sur le pays.

La situation dans ce pays livré aux bandes rivales, sans foi ni loi, ressemble étrangement à la situation en Somalie. L’Éthiopie avait protégé ses frontières et assuré sa sécurité en se donnant le droit même d’intervenir militairement sous caution de l’Union Africaine. La Tunisie n’aura pas besoin de le faire assurément car c’est l’Union Européenne qui va s’en charger après le fiasco certain du processus dit politique. Une décision du Conseil de sécurité de l’ONU est attendue en Juin sous couvert de la lutte contre le trafic des migrants, mais qui vise en réalité à avoir un feu vert pour intervenir militairement dans ce pays. La Tunisie sera tôt au tard impliquée, ne serait ce que pour faciliter les opérations militaires. Pour ne pas être pris de court, notre diplomatie doit changer de cap et être plus agressive. L’Égypte et l’Algérie sont déjà impliquées d’une façon ou d’une autre. Même le Maroc qui n’a pas de frontière commune avec la Libye tente de jouer un rôle pour court-circuiter son voisin de l’Est. La diplomatie tunisienne, quant à elle, frileuse et à la défensive, se contente de suivre et manque d’autonomie et de courage. Elle obéît plus à des considérations d’ordre interne qu’aux impératifs de l’évolution très rapide des enjeux géostratégiques. On se pare toujours derrière le manque de moyens militaires et financiers, oubliant de fait, que la défense nationale est notre priorité et qu’il n’y’a pas de sécurité à l’intérieur de nos frontières tant que nos frontières restent des passoires et il n’y’a pas besoin de sortir de science-po pour comprendre ce principe universel. Quand un bandit de grands chemins vous entonne : La bourse ou la vie ! C’est vrai qu’il faut lui donner la bourse. Mais si vous ne faites rien pour le faire arrêter, il risque de récidiver.