Jamais dans l’histoire de la République, à part la parenthèse des deux gouvernements Ghannouchi après 2011, un gouvernement n’a été aussi constitutionnellement puissant et aussi impuissant réellement dans les faits. Faisons tout d’abord un état des Impuissances.

Impuissance d’abord de protéger nos soldats, nos policiers mais aussi nos touristes des raids meurtriers des terroristes. Le nombre des morts et des blessés s’accroit de jour en jour, malgré la bravoure de nos soldats et de nos policiers sur le terrain et en dépit des dépenses faramineuses pour équiper nos unités et nos commandos. S’il est vrai que le Ministère de l’Intérieur a frappé un grand coup, en liquidant le plus dangereux chef terroriste de tous les temps avec une escouade de ses nervis, il n’en reste pas moins vrai, que la capacité opérationnelle des groupes terroristes reste intacte, si non qu’elle risque de croitre. La déclaration du Ministre de l’Intérieur dans ce sens a eu le mérite de la franchise en avertissant les tunisiens de possibles opérations meurtrières à venir. En dehors du traitement sécuritaire du terrorisme, aucun autre programme qui va dans le sens du tarissement de ses sources n’a été dévoilé par le gouvernement. Passé les effets d’annonces, les promesses d’un « traitement global et radical » du phénomène n’ont jamais étés suivies d’effets. Pire encore, les mosquées continuent à constituer des tribunes et des pépinières pour les Djihadistes et les prêcheurs de la haine et de la violence continuent à distiller leur poison dans l’indifférence complète des médias et de l’opinion publique et ce ne sont pas les déclarations timorées du Ministre du culte qui vont changer quoi que ce soit à cette réalité. Dernière invention dans ce domaine, le Ministre propose sans rire un « débat sur les concepts et les mots » des discours et prêches religieux. Il se croit dans une chaire de philosophie sur le « kalam ». Quant à la soi-disant « réforme de l’enseignement » qui devrait être le cheval de bataille de la lutte contre la pensée religieuse extrémiste, non seulement elle risque de liquider les acquis du passé, mais surtout miner les bases de l’enseignement, car prise en charge par des néophytes et des apprentis spécialistes.

Impuissance devant la déferlante des grèves corporatistes entamés tout d’abord par les enseignants du secondaire avant d’entrainer les autres composantes de la corporation dans la spirale de la surenchère revendicative. En cédant aux pressions menaçant d’une année blanche, le gouvernement a ouvert la boite de Pandore. Désormais, il lui sera impossible de la refermer et toutes les autres corporations ont tout de suite emboité le pas à leurs collègues du secondaire, pour récupérer à leurs comptes les reculades d’un gouvernement aux abois. L’absence d’une politique et d’une vision claire de la question sociale est derrière cette capitulation de l’État devant les assauts ravageurs du corporatisme. D’un autre côté la poule aux œufs d’or de l’État tunisien, nous voulons parler de la Compagnie de Phosphate Sfax-Gafsa qui ramenait à l’État avant 2011 quelques 2500 milliards de dinars est en faillite totale selon les déclarations de ses propres dirigeants. Le gouvernement n’a trouvé de solution que d’envoyer « parlementer » avec les grévistes un aréopage de six ministres (excusez du peu) sans obtenir le moindre résultat, alors qu’il fallait envoyer la troupe pour appliquer la loi. Effrayé par la surenchère de démagogues de toute sorte, le gouvernement a encore courbé l’échine. Jusqu’à quand et jusqu’au où ? D’autres secteurs comme la santé, les transports … continueront dans cette voie suicidaire pour la Nation parce qu’ils n’ont en face que des ministres, que souvent ne maitrisent pas leurs dossiers ou sont mal conseillés et un Président du Gouvernement totalement absent. Une rumeur insidieuse veut que Habib Essid, débordé et « dégouté » est allé jusqu’à remettre sa démission au Président de la République car beaucoup de ministres n’en font qu’à leur guise. Il ne s’agit pas seulement du Ministre des affaires étrangères, qui semble t-il ne consulte même pas son patron le Président de la République, ce qui a poussé ce dernier à l’apostropher en direct, de plus sur les ondes d’une TV étrangère, mais ignore son chef direct et constitutionnel le Président du Gouvernement. Cet aveu d’impuissance s’il s’avère que cette rumeur est vraie, en dit long sur l’état de déliquescence du pouvoir, pourtant, on n’est qu’au début d’un règne, à moins que nous nous trompions !

Impuissance à juguler l’érosion du pouvoir d’achat avec la dévaluation continue du Dinar face au Dollar et à l’Euro et à limiter l’appétit des spéculateurs puisque la ménagère rentre chaque jour avec un couffin à moitié vide ou tout simplement vide. Il ne faut pas moins de cinquante dinars pour remplir un panier servant à nourrir une famille de quatre personnes par jour c’est-à-dire presque le quart du SMIG. On imagine le reste. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à suivre le mercuriel annoncé chaque jours à 10h10 mn du matin par un directeur du ministère du commerce qui s’est transformé en l’occasion en journaliste patenté sur les ondes d’une radio locale très écoutée. En écoutant les prix, annoncés, il est certain que beaucoup de ménagères renoncent de partir au marché du coin.

Impuissance à relancer l’économie ! Et pour cause, le Ministre des finances lui-même a déclaré qu’il lui manque 5 milliards de dollars pour boucler le budget 2015. Rien que ça et on est encore seulement à huit mois de la fin de l’année budgétaire. C’est vrai qu’on écoutant les déclarations faites par le Ministre du développement la Banque Mondiale nous promet 5 milliards, mais sur cinq ans ! Or on sait ce que signifient les promesses de la B.M ! Uniquement des promesses, toujours des promesses, rien que des promesses !

D’un autre côté les « amis » de la Tunisie, comme la France, l’Allemagne, l’Italie nous promettent de recycler quelques millions d’euros de dettes alors que la dette initiale de plusieurs milliards de dollars reste intacte et s’accroit de jour en jour. Par contre ils s’empressent de nous vendre leurs armes, quitte à les faire payer par d’autres comme les Émirats. Mais à quel prix ? L’inflation galopante estimée à 5% ne va pas décroitre car vraisemblablement la planche à billets continue à tourner et les salariés, donc, à êtres payés en monnaie de singe (expression consacrée). Cette spirale infernale peut malheureusement aller très loin et nous entrainer vers la faillite du système économique. Pour les deux vaches laitières du pays, l’agriculture et le tourisme, si la première s’annonce bonne grâce à la seule providence, la seconde donne des signes inquiétants d’une nouvelle crise qui s’annonce ! Après les annulations en cascade des réservations dues à l’odieux massacre par les terroristes des touristes du Bardo et malgré l’élan de sympathie suscité de par le Monde à l’égard de notre pays, le tourisme comme le Capital sont lâches et n’aiment pas le risque et l’instabilité, ajouté à cela l’incohérence du gouvernement qui d’un côté ,via la Ministre du tourisme rassure les touristes potentiels en leur jurant par tous les dieux que le pays est sûr, ce même gouvernement affirme par le biais du Ministre de l’Intérieur qu’il y a eu 12000 candidats au « Jihad » empêchés de partir sans parler de plus de 3000 qui combattent à côté de Daech avec en prime 500 qui sont rentrés et dont une partie constitue les réseaux dormants ! Et c’est le même gouvernement qui déclare cela ! Ce n’est pas de l’impuissance c’est pire ! C’est de l’inconscience donc de l’incompétence sur le plan médiatique du moins !

Enfin impuissance ou cacophonie politique. Du jamais vu ! Des partis au gouvernement qui tirent au flan de ce dernier. Des hauts responsables du principal parti au pouvoir qui tire sur le Président du gouvernement. Des députés du parti majoritaire qui flinguent leurs propres ministres. Un Président de la République qui descend en flemmes son Ministre des affaires étrangères. Enfin un simple fonctionnaire qui décore, en plus devant les caméras des hauts officiers de l’armée et de la police enfreignant toutes les règles nationales et internationales dans un silence suspect des médias, ce qui confirme la rumeur d’une reprise en main via des lobbys des principaux organes de presse.

La Tunisie part encore à la dérive et personne parmi les plus grands pronostiqueurs ne peut énoncer son pronostic. Mais comme dirait l’autre, heureusement que le pays a ses saints protecteurs. Jusqu’à maintenant, ils n’ont pas failli. Touchons du bois !