L’ouverture d’un dialogue national sur la réforme du système éducatif tunisien, le 23 Avril 2015, a connu une somme de fautes et de légèretés qui contribuent à l’affaissement général que connaît notre pays depuis quelques années. En effet, le titre/thème de cette manifestation appelle les remarques suivantes : Dialogue national/sociétal sur la réforme du système éducationnel.

« Dialogue »? Bizarrement à côté du Ministre de l’éducation nationale, seuls ont participé à cet évènement, l’UGTT, avec qui, le ministre avait eu pendant quelques semaines, une crise, ainsi que l’Institut Arabe des Droits de l’Homme, qui n’a pas de compétences spécifiques en la matière (Pas plus d’ailleurs que d’autres associations ou organisations similaires). Mais où sont passés les autres syndicats et organisations tel l’UTT, l’UTICA, l’UNFT, ainsi que les organisations de luttes contre l’exclusion ou les défaillances scolaires, pour les filles particulièrement ? Où sont passés les experts, les partis politiques, les associations des parents d’élèves ou d’actions civiques et démocratiques ?

Une improvisation hâtive

« National /sociétal »? Confusion inconsciente mais révélatrice de l’état de préparation qui est pour le moins qu’on puisse dire fût hâtive en raison des conflits corporatistes dans le secteur. La logique aurait commandé une participation au dialogue national/sociétal, plus large et sur la base d’un rapport diagnostiquant les problèmes, les lacunes et les faiblesses du système éducationnel tunisien pour tracer après débat, des orientations générales de la réforme souhaitée. Cependant, ce dialogue, si large, n’a même pas profité de la présence du chef du gouvernement. L’improvisation, n’a donc pas été efficace visiblement et l’urgence n’a certainement pas été perçue à la Kasbah…

« Réforme » ? J’ai indiqué que cet élément est précisément évoqué puisque le diagnostic n’a pas été réalisé. J’y insiste, car la lecture faite par certains journaux et certains « analystes » TV présentant le bilan a fait certainement retourner dans leurs tombes tous les réformateurs, tous, les militants du savoir et de l’enseignement en Tunisie depuis plus d’un siècle et demi.. !

Du fait la dite réforme concernerait l’infrastructure et les équipements des classes, écoles et lycées ou bien les conditions de travail des différentes catégories d’employés qui sont plus de 200.000 ainsi que leurs traitements ou l’environnement des institutions éducatives et la modernisation des méthodes pédagogiques, l’encadrement social et culturel des élèves ou le contenu du savoir dispensé. En réalité, il y a d’autres questions à approfondir comme le rapport entre éducation et emploi, le partenariat du monde productif (lequel) avec l’institution éducative. Le rapport éducation-économie ou le rapport entre l’éducation et le modèle de société. La liste des thèmes qu’une telle réforme aurait pu aborder est tellement longue qu’il est souhaitable qu’elle soit élaborée avec rigueur avant même qu’elle ne soit mise aux débats contradictoires et avant d’envisager les conditions et moyens de réaliser un consensus national (progressiste) autour de ses objectifs. Cela s’appelle réfléchir avant d’agir !!!

L’extrême pauvreté des débats politiques et nationaux que connaît la Tunisie ces dernières années, en dépit du climat de liberté instauré depuis 2011, fais que le bilan critique des réformes passées de la politique éducationnelle tunisienne, n’a pas été réalisé sérieusement. Alors faisons attention à la l’érosion des acquis par le biais d’une haine idéologico-politique contre Mahmoud El Mesaadi et Mohammed Charfi, car les brèches mal-ouvertes sont toujours difficiles à colmater dans le climat de destruction systématique que connaît l’action publique dans la Tunisie actuelle. Les rapports de force idéologico-politiques, l’environnement culturel instaurés après 2011 en Tunisie sont un foyer de dangers historiques.

Saucissonner le débat

« Système éducationnel » ? Cela signifie quoi ? L’initiative du 23 Avril 2015 ne concernerait pas seulement les niveaux primaires et secondaires, puisque c’est le Ministère de l’Éducation qui l’a organisé. Mais quid des secteurs absents : Le préscolaire avec ses « crèches », ses « kouttabs » et autres « rawdha-s » non-conformes aux exigences légales, de l’enseignement privé dit « libre » primaire et secondaire, de l’enseignement supérieur ainsi que du secteur de la formation professionnel.

Si on s’amuse à saucissonner la réflexion et éventuellement la réforme, le succès serait-il possible ? Car il semble évident que du niveau préscolaire à l’Université, les étapes des logiques et les finalités de la formation devraient avoir une logique et un lien. Celui-ci devrait produire en fin de parcours, un citoyen productif, créateur et intégré dans sa société ainsi que dans le tissu sociétal et de la communauté nationale. Ainsi la réflexion critique et la recherche de la réforme devraient porter sur l’ensemble de ces questions sur la base d’une vision globale. Alors, le 23 Avril 2015 on a lancé des hirondelles qui ne feraient pas le printemps de la réforme ! En effet, la question est urgente mais elle nécessite une approche méthodique qui ne cède pas à l’imposition. Ainsi, avant de réformer, diagnostiquer sérieusement s’impose. Ensuite et ayant présent à l’esprit les grands objectifs nationaux (modernistes et progressistes), les réformes peuvent êtres envisagées concrètement. Reste la question fondamentale : Le financement des réformes. Si jamais ces trois aspects ne sont pas conçues concrètement formellement et pratiquement, il n’est pas utile de palabrer car les mots ne remplacent jamais les choses.