Aurore Avarguès-Weber, chercheuse à l’université des Sciences de Toulouse, a découvert « un peu par hasard » le monde des abeilles lors d’un stage à Toulouse. Le déclic fut immédiat: « J’ai réalisé que ces insectes étaient capables de réaliser des tâches complexes », s’enthousiasme-t-elle. « Et les résultats s’observent bien plus rapidement qu’avec des singes ». Les travaux réalisés dans le cadre de sa thèse ont permis de démontrer empiriquement « la grande capacité d’abstraction des abeilles: elles savent compter et reconnaître un visage », explique Mme Avarguès-Weber.

Placées à l’entrée d’un labyrinthe, les abeilles, a-t-elle pu observer, ont identifié différents signes représentés sur une cartographie et, après un rapide apprentissage, elles ont régulièrement choisi la sortie portant le signe menant à une récompense. Malgré un cerveau pas plus grand qu’une tête d’épingle, les abeilles sont dotées « d’une bonne vision et d’une grande mémoire », ajoute-t-elle.

Capacité d’adaptation à l’environnement

Elle a par ailleurs prouvé que ces insectes n’étaient pas uniquement guidés par leur instinct. Grâce à un test réalisé en plein air, la jeune femme a mis en évidence leur capacité à « adapter leur comportement à leur environnement et aux expériences vécues ». Jusqu’alors, cette faculté de mettre des éléments en relation était considérée par la communauté scientifique comme l’apanage des humains et de certains singes. « On pense souvent que seuls les grands singes sont dotés d’intelligence, mais c’est faux », insiste Mme Avarguès-Weber.

La jeune femme souhaite désormais comprendre comment les abeilles réalisent des tâches de cette complexité avec si peu de neurones (un million, contre 100 milliards pour un être humain). Elle envisage plusieurs pistes de réflexion: leur cerveau dispose-t-il d’une méthode plus efficace que l’homme pour traiter les informations? Ou serait-il possible qu’un même neurone fût utilisé pour des fonctions différentes?

Les premières études sur cet insecte butineur remontent au début du siècle dernier. L’Autrichien Karl Von Frisch avait alors décrypté « le langage des abeilles »: pour indiquer une source de nourriture à leurs congénères, les abeilles effectuent une danse subtile. Il avait aussi démontré la faculté des abeilles à distinguer les couleurs.

Selon AFP