Lors du show « Le Grand Rendez-vous », organisé par le grand journaliste Jean Pierre Al-Kabach à Partir du musée du Bardo, qui avait interviewé le Président de la République, Béji Caïd Essebsi, ce dernier avait lancé une phrase, presque à la sauvette, qui n’a pas attiré l’attention des médias tunisiens, (à moins qu’une consigne n’ait été donnée pour mettre en sourdine cette affaire) et que vraisemblablement, elle était plutôt adressée aux dirigeants français, alors qu’elle concerne pleinement notre pays car il y va de son avenir politique, sécuritaire et économique. BCE a déclaré que la Tunisie sera « Un non membre mais (néanmoins) un allié clef de l’Alliance militaire de l’Atlantique Nord (NATO), « NON-NATO MEMBER KEY ALLY ». Appréciez l’euphémisme ! Et BCE de s’expliquer sur cette formule ambiguë « Nous sommes pour cette formule là et nous avons accepté ce principe et j’espère qu’au moment où nous irons aux Etats-Unis nous allons formaliser ceci. ». Alors que le Président de la République se prépare à engager notre pays sur le plan stratégique et militaire dans une alliance avec la plus grande organisation militaire du monde et dans l’Histoire, engagement qui aura pour conséquence le changement d’un des fondamentaux de la politique étrangère de notre pays depuis l’Indépendance parce que Bourguiba avait refusé systématiquement l’alignement sur la politique de l’Alliance Atlantique (NATO) ainsi que celle du Pacte de Varsovie, toute la classe politique et tous les partis sont occupés à palabrer sur des futilités, hormis quelques laconiques déclarations sur le terrorisme de temps en temps. C’est dire combien cette piteuse classe est occupée par l’avenir et le devenir de la Patrie !

Donc c’est lors de la visite du Président de la République aux USA, le mois de Mai prochain et précisément lors des entretiens avec Barak Hussein Obama que la question va être abordée et BCE espère que cette formule trouvera l’approbation du Président US comme il l’a déclaré à Al-Kabach. Quant à BCE, non seulement il a accepté ce nouveau statut mais cette formule semble être sa proposition. Mais qu’est ce que « A NATO NON MEMBER MAJOR ALLY » ? Que cache cette désignation pour le moins qu’on puisse dire ambiguë ?

Ce statut est en fait un « privilège » qu’accordent les USA, véritable patron du NATO à des États alliés, avec qui la superpuissance entretient des relations stratégiques et particulièrement, des relations entre son armée et l’armée du pays concerné, mais qui n’est pas membre du NATO, d’où l’euphémisme. Ce statut accordera par conséquent « des privilèges » à l’heureux « Non member ». Mais quels sont donc ces « privilèges » dont la Tunisie nouvelle élue du NATO, sans en être membre, pourra bénéficier ?

Tout d’abord le nouveau « Non member » pourra entre en coopération de recherches et de développement sur des projets avec le fameux « The Departement of Defense » (DoD). Il pourra aussi participer, à des initiatives anti-terroristes prises par le NATO, aux manœuvres de « l’Uranium anti-tanks rounds », avoir aussi la priorité pour s’équiper d’un certain matériel militaire, être en possession de certains stocks d’armes et d’équipements du Département de la Défense (DOD) qui ne sont pas gardés dans les bases américaines. Le pays « Non member » pourra aussi bénéficier de prêts pour acheter des équipements militaires pour la recherche et le développement de certains projets, pouvoir utiliser des financements américains pour louer ou partager des équipements militaires et enfin autoriser des sociétés de ce pays à ouvrir des ateliers de réparations ou d’entretiens des équipements militaires américains à l’extérieur des USA.

On voit donc bien qu’il ne s’agit pas d’une mince affaire ! Ce nouveau statut engagera la Tunisie dans une alliance militaire de fait avec la superpuissance américaine, ce qui ne manquera pas de nous créer de nouveaux ennemis qui s’ajouteront déjà aux existants. S’il est constitutionnellement admis que les prérogatives de la défense relèvent du chef de l’Etat et qu’il pourra légitimement et légalement signer des accords avec les autres États, il n’en en est pas moins vrai que, vu que la question a une portée stratégique et qu’elle engage notre pays à long terme dans des alliances militaires, un débat national, sérieux et qui touche les problèmes de fond s’avère plus que jamais nécessaire.

Le comble, c’est que la nouvelle classe politique avec tout son spectre, semble carrément déconnectée, à part les deux « Shaykhs » et quelques « initiés ». Quant aux médias gérés pour la plus part, par des chefs sans grande culture politique, ils attendent qu’une partie leurs souffle l’affaire avant de s’agiter, or les principaux acteurs ont choisi de se taire sur cette question et ont préféré la faire passer sous silence.

Au fait qui a dit que les américains veulent imposer une base militaire à la Tunisie ? Non c’est tout à fait faux ! La preuve, ils veulent juste « une alliance stratégique » ! Bourguiba réveillez vous…ils sont devenus… !