Par Zouhaier DHAOUADI /

Dans son discours annuel à la Nation devant le Congress, le Président US Obama a accordé un intérêt particulier à la situation internationale d’autant que les préoccupations d’ordre économique se font moins pressantes en raison de la relance de la croissance. Le ton du discours est offensif et révèle une autosatisfaction bien nette car il a cherché à défendre sa politique étrangère réorientée de puis son premier mandat.

Obama a commencé par annoncer officiellement la fin de la guerre en Afghanistan et en Irak, même si 1000 soldats américains continuent à opérer en Irak et 3000 en Afghanistan. S’agissant de la tension avec la Russie, il se limite à comparer la situation économique dans les deux pays (Peu performante en Russie). Sans évoquer les conséquences de la baisse (organisée) du prix du baril de pétrole sur les finances du Kremlin, mais il garde le silence sur la situation en Ukraine.

Dans ce discours, le Président US, a renoué avec le slogan de sa campagne électorale axé sur le concept d’un Leadership plus intelligent des USA dans les affaires du monde : « A smart leadership » a-t-il déclaré ! Il maintient ainsi le principe du renforcement du Leadership américain, mais en opérant un changement par rapport aux choix de son prédécesseur Georges .W. Bush basé sur l’option du tout militaire. Obama pense que les USA peuvent diriger le monde avec intelligence, sans s’exposer à des crises dont le cout humain et financier sont exorbitants, inhérent aux choix du HARD POWER !! L’option d’Obama suppose un agencement plus méthodique des différents éléments du SOFT POWER (pouvoir d’attraction et d’influence culturelle, idéologique, politique et diplomatique) et des éléments du HARD POWER (pouvoir de contrainte militaire, économique, financière, institutionnelle..). Cette combinaison est supposée moins exposer les USA à des pertes ou à des sacrifices surdimensionnés.

Soulignons que cette option stratégique est la résultante d’une réflexion doctrinale critique et programmatique menée par le politologue américain Joseph Nye. En effet, les propositions de ce dernier s’articulent autour de deux idées-forces :

  • Une pragmatique, modérée, régulée et méthodique de la contrainte militaire sur les différents Etats acteurs dans les différentes régions du monde.
  • L’extension des effets efficaces des facteurs politiques, diplomatiques et économiques.

Obama a traduit ces deux idées-forces dans son dernier discours à la Nation par les deux principes :

  • N’engager la force militaire américaine qu’en dernier ressort.
  • Orienter l’activisme commercial et financier américain vers les pays émergents et  surtout vers l’Asie.

L’intérêt pour les pays émergents et pour l’Asie révèle vise à contrecarrer la Chine. C’est ce qui explique la remarque introduite dans son discours à propos de l’importance du Traité trans-pacifique de libre-échange (TPP) , qui ne néglige pas la question de l’équilibre militaire avec les puissances asiatiques. Mais le Président américain reste vague quant à la nature des visées stratégiques de la Chine et sur le rapprochement pragmatique et furtif entre la Chine et la Russie. Il faut rappeler par ailleurs que le discours d’Obama n’a pas révélé un Président « pacifiste » et n’a pas annoncé un désengagement américain des affaires militaires du monde. En effet Obama a évoqué les avantages du « smart way of war », une sorte de guerre « light » et « allégée » sans dégâts pour l’Amérique. Ainsi, on rompt avec l’engagement massif des armées US dans le monde pour laisser la voie à un « light footprint » (une empreinte légère). Qui se limite à favoriser les interventions par les forces spéciales et les drones et en suite aux opérations guerrières conduites avec des partenaires (riches ou enthousiastes) des pays asiatiques, arabes et africains (comme avec la France au Sahel) ou celui qui est en cours de concrétisation en Irak et en Syrie contre l’Etat Islamique. Les USA peuvent aller jusqu’à un « partenariat non-actif » comme l’intervention de l’OTAN en Libye qui constitue une forme de « leading from behind » (diriger à partir de l’arrière).

En exposant l’adoucissement de la position américaine concernant Cuba et l’Iran, le Président US a suivi un argumentaire conciliant même si il a annoncé son refus catégorique de toute nouvelle sanction contre l’Iran (« bonne nouvelle » pour les arabes, éternels vaincus !!!).

Avant de finir le volet du « hard power », le discours a accordé la place belle à la question de l’indépendance énergétique de l’Amérique (question consensuelle). Il a fini son discours par un retour à la question du « soft power » mettant en avant les valeurs des USA (…!) et son devoir « d’exemplarité » comme l’engagement récent concernant le climat et la lutte contre Ebola et la torture sans trop s’attarder sur des affaires moins évidentes pour l’opinion publique américaine, telle la fermeture de Guantanamo, l’action armée par drones dans divers pays comme au Pakistan et au Yémen, l’espionnage cybernétique.

Mais le Président US n’a présenté aucun plan pour la résolution des graves crises qui agitent la planète. Sans objectif est de dominer le monde sans grands frais ! C’est aussi la première fois depuis 2002, que le nom d’Al-Quaida n’est pas évoqué dans le discours annuel à la Nation d’un Président américain. Enfin, concernant les pays arabes, aucune annonce prometteuse n’a été faite et donc rien de nouveau du côté de la question palestinienne, la situation en Syrie, en Libye et au Yémen ce qui signifie que la situation continuera à pourrir et à s’aggraver. Le désengagement américain du Moyen Orient en faveur de l’Asie sera certainement un facteur d’accélération de la dislocation des pays de la région en raison de l’amitié-alliance des USA avec Israël et le début d’un nouvel « amour » avec l’Iran ainsi que des noces qui continuent malgré tout avec la Turquie. Les intérêts des arabes sont donc ajournés au jour du jugement dernier !!!

Avec le « smart power » ou « smart leadership », américain sur le monde, la « hard reality » des arabes continue et a de beaux jours devant elle.