Les derniers évènements à Dhiba et Ben Guerdane ne sont pas innocents, même si certaines revendications sont légitimes. La violence était le caractère saillant dans la crise qui a secoué la région frontalière sud du pays et qui dépasse le contexte local pour s’inscrire dans les retombées directes voire indirectes de la situation de guerre qui prévaut en Libye.

Le gouvernement, récemment installé a été pris de court pour intervenir immédiatement sur ce dossier. Une telle situation de fait ne doit en aucun cas dérouter le gouvernement sur sa réflexion globale pour venir en aide aux régions et secteurs sinistrés. Le harcèlement et l’opportunisme de certaines parties, ne devraient pas guider l’action gouvernementale. D’autres régions non moins sinistrées pourraient malencontreusement s’inspirer de ce modèle violent, voire même des secteurs ou branches d’activités, pour mettre la pression sur un gouvernement qui dilapiderait son énergie à sillonner le pays au rythme des crises qui se déclenchent par-ci ou par-là.

Pour revenir aux problèmes de la zone frontalière sud, il se trouve que les familles qui vivaient du commerce parallèle sont lésées en l’absence d’alternative. Sur ce sujet, l’Etat tunisien doit trouver les moyens pour financer un programme de développement régional qui ouvre des horizons pour la population locale des zones frontalières. Une partie des ressources de ce programme devraient provenir de taxes prélevées auprès de nos frères libyens au titre de leurs séjours, leurs activités économiques, leurs dépôts en devises et sur leurs véhicules circulant sur le territoire national. Des mégaprojets comme dans le secteur des énergies renouvelables, notamment le photovoltaïque, ainsi qu’une station de dessalement de l’eau de mer, pourraient créer des milliers de postes d’emploi directs et indirects. Le tourisme saharien pourrait être aussi un créneau à développer au même titre que l’exploitation des carrières de marbre et de pierre. Des encouragements et des incitations spécifiques sont à mettre au point en direction de nouveaux promoteurs issus de cette région du Sud avec l’implication de l’Etat dans le financement de l’autofinancement de cette nouvelle génération d’entrepreneurs.

Les frères libyens sont les bienvenus mais en l’absence d’un interlocuteur étatique libyen, nous avons le devoir de mesurer l’impact de leur séjour sur l’économie nationale et sur la société. Autant nous tenons à rendre leur séjour paisible et confortable, autant nous devons protéger les intérêts nationaux en arrêtant un cadre légal et juste dans lequel chacun trouve son compte.

Cela devrait durer le temps qu’il faudrait jusqu’à ce que les Libyens puissent mettre en place un Etat, capable de gérer ce pays frère plongé dans le chaos. Les Organisations internationales comme l’ONU, l’OIM, la FAO et l’Unesco devraient contribuer à cet effort dans une approche internationale technique et financière globale et réaliste.

Ce dossier relève aussi bien des prérogatives du gouvernement que de celles du président de la République qui pourrait jouer un rôle prépondérant en matière de relations internationales.

                                                                      Par Thameur MAATOUG