Une course contre la montre est engagée par l’Algérie voisine pour parer au danger imminent qui vise sa déstabilisation et la main mise sur ses réserves en devises et ses richesses en hydrocarbures. La Tunisie ne serait, selon certains stratèges, « qu’une passerelle » dans cette entreprise qui dépasse le dessein de Daech et qui s’inscrit dans le cadre du remodelage géopolitique, mené par les grandes puissances, notamment occidentales, dénommé GMO (Grand Moyen-Orient).

Le massacre perpétré contre des Égyptiens ne serait, selon cette même approche, qu’un épisode qui a eu comme conséquence l’intervention de l’armée de l’air égyptienne contre des foyers terroristes et qui a aboutit à la saisie du Conseil de sécurité par l’Égypte et l’annonce de son adhésion future, au côté des forces de l’OTAN, pour une action énergique contre l’EI et ses bases en Libye.Même si cette action est momentanément retardée prétextant la recherche d’une solution politique à la crise libyenne, cette action quand elle sera menée, n’aurait de conséquence militaire immédiate que le repli des forces de Daech en direction de l’Ouest, donc vers Misrata et Tripoli ! D’où l’imminence du danger pour notre pays. Faut-il attendre le pire, pour agir ? La réponse concerne aussi bien le peuple que le gouvernement ! Certainement pas, la question étant d’une extrême gravité et requiert un caractère urgent, nécessitant une action immédiate des autorités compétentes de l’État, notamment la réunion du Conseil National de Sécurité. Notre idée est d’inviter nos responsables à activer la diplomatie sécuritaire surtout en direction de l’Algérie, dont l’intérêt est de mettre au service de la Tunisie, une partie de ses moyens militaires qui seraient concentrés dans le Sud tunisien, hormis son arsenal qu’elle devrait déployer, à partir de son territoire, sur la frontière algéro-libyenne. Les deux armées, algérienne et tunisienne, ne devraient pas hésiter à s’enfoncer dans le territoire libyen pour créer une zone tampon et une ligne rouge à ne pas franchir par n’importe quelle faction ou groupe armé opérant en Libye. Cette action préventive empêcherait, si elle est bien menée, les fractions terroristes de Daech d’envahir le Sud tunisien ainsi que le triangle sahraoui en terre algérienne.

La question n’est donc pas de supprimer la taxe de transit des Libyens ou de la maintenir pour parer aux tentatives de déstabilisations de nos gouvernorats du sud. Il ne s’agit là que d’un faux un faux problème, soulevé à tort par des pseudo-politiciens et analystes bas de gamme. Il s’agit plutôt de fermer carrément la frontière à tout trafic de personnes ou de marchandises, sauf pour les cas d’urgences humanitaires. Cette action de guerre préventive s’impose car elle découle du fait qu’il n y a pas d’État en Libye et il n’y aura peut-être plus. Les quelques millions de Libyens dont plus de la moitié constitue une diaspora, ne pourraient certainement pas construire un État stable et viable sur un territoire immense (10 fois la Tunisie), regorgeant de richesses colossales et objet de convoitise des grandes puissances et même de moyennes puissances régionales comme l’Égypte. Ce pays peut être intéressé par une présence permanente de millions de ses citoyens en Libye s’il obtient avec la bénédiction des grandes puissances. Une transaction atlantique où l’OTAN se présenterait comme le négociant, alors que l’Égypte garderait le statut d’un sous-traitant cherchant des débouchés à son tissu entrepreneurial, ce qui constituerait une bouffée d’oxygène pour son économie chancelante et depuis longtemps en crise.
Dans quelques années les Libyen pourraient ne plus représenter que 10% de la population fixée sur le territoire libyen avec une forte présence égyptienne, tunisienne, tchadienne, soudanaise voire africaine, au service des grandes multinationales notamment pétrolifères.
Notre intérêt national en tant que Tunisiens n’est pas forcément identique à celui des égyptiens. Notre objectif d’abord est de stopper cette horde d’illuminés en comptant sur nous mêmes, en parfaite coordination avec les voisins de la Libye, en cherchant par tous les moyens, à nous doter des équipements militaires nécessaires, même s’il faut les chercher en Russie en Chine ou ailleurs. Il serait plus sage certes d’essayer d’avoir le soutien de l’UE, notamment l’Allemagne, l’Italie et la France dans cet effort militaire du fait de la proximité géographique, l’Histoire commune et l’interdépendance des intérêts. Cela exigerait une action diplomatique vigoureuse dans le but d’épargner à la Tunisie de devenir un champ de bataille comme c’est le cas de la Syrie, de l’Irak ou de la Libye. Si l’UE ne s’implique pas suffisamment, il faut impérativement s’orienter vers d’autres puissances pour chercher l’appui nécessaire.

Sur le plan interne il devient impératif de mettre au point une batterie de mesures para-martiales comme de suspendre pour une durée déterminée les grèves, les manifestations, tout en gelant les augmentations de salaires dans tous les secteurs pendant trois ans. Sur un autre plan il faut mettre au point une stratégie claire impliquant les frères Libyens résidant en Tunisie afin de fixer leurs droits et leurs devoirs envers le pays hôte qui les accueille, la Tunisie. L’outil du décret présidentiel pour contourner le parlement si une majorité nette pour ces mesures ne se précise pas, est à actionner dans un souci d’efficience, de rapidité et d’urgence, car la situation ne permet pas de laxisme, face à l’avancée qui pourrait être rapide, des terroristes de Daech vers nos frontières. Il s’agit d’outrepasser la Chambre des députés en matière de législation à caractère sécuritaire, car c’est la raison d’État qui devrait primer et c’est l’intérêt national qui transcende tous les autres intérêts ! Attendre c’est aller tout droit vers le suicide.

Par Thameur MAATOUG