L’avancée des islamistes de Boko Haram au Nigeria, le sanglant conflit sud-soudanais, plusieurs élections à risques en 2015 ainsi que l’épidémie du virus Ebola domineront vendredi et samedi le 24e Sommet de l’Union africaine (UA).

Au cours de ce sommet des chefs d’Etat du continent, l’organisation panafricaine portera à sa présidence tournante le président zimbabwéen Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980 et adversaire déclaré des Occidentaux, qui signe ainsi son grand retour sur la scène diplomatique internationale.

Au Nigeria, la montée en puissance de Boko Haram, dont l’insurrection a fait plus de 13.000 morts depuis 2009, s’est encore manifestée le 25 janvier avec la prise de la localité de Monguno et une offensive sur Maiduguri, capitale régionale du nord-est, suscitant l’inquiétude chez les voisins.

« Ce qui a commencé comme un gang criminel localisé se propage désormais en Afrique de l’Ouest et centrale. Nous devons agir maintenant et collectivement contre cette menace qui progresse », a lancé lundi la présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma.

« Ce n’est pas simplement une menace pour certains pays, c’est une menace pour le continent entier. C’est une menace mondiale qui droit être combattue mondialement, avec l’Afrique en tête », a-t-elle mis en garde.

Le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement tentera notamment de rendre effective une force multinationale d’environ 3.000 hommes créée fin 2014 par les pays riverains du Lac Tchad et le Bénin, mais qui peine à entrer en action en raison de dissensions entre Abuja et ses voisins.

Le Tchad, qui estime ses « intérêts vitaux » menacés, a déployé mi-janvier un contingent au Cameroun. Seule une étroite bande de territoire camerounais sépare le Tchad des zones d’action de Boko Haram au Nigeria.

Le financement de cette force devrait notamment être abordé, dans le cadre plus large de l’autonomie financière de l’UA, dont le fonctionnement et les opérations – notamment l’Amisom, force de l’UA qui combat les islamistes shebab en Somalie – sont largement financés par les Occidentaux, Etats-Unis et UE en tête.

Les dirigeants africains se prononceront sur un rapport de l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo sur les « sources alternatives de financement » de l’organisation. Mais certaines mesures proposées – taxe sur les billets d’avions ou les nuits d’hôtels -, ne font pas l’unanimité.

Boko Haram risque de perturber la tenue des présidentielle et législatives prévues au Nigeria en février. Mais aussi d’accentuer les frictions, dans un contexte politique tendu, dans un pays où les scrutins sont souvent marqués par des violences, voire des bains de sang, comme en 2011 (plus de 1.000 morts).

Des présidentielles et/ou législatives sont prévues dans une quinzaine de pays et le Sommet tentera de prévenir les risques de violences redoutées par endroits, comme au Burundi, en Centrafrique ou en Egypte…

Ces scrutins « devraient constituer un « test » pour l’UA et ses principes, après les tentatives ou la volonté affichée de certains dirigeants africains d’abolir des limitations constitutionnelles du nombre de mandats, ou la récente révolte populaire qui a chassé Blaise Compaoré du pouvoir au Burkina Faso, selon l’Institut des études de sécurité (ISS).

Impuissance

L’UA fait face à des accusations récurrentes d’impuissance. « L’Union africaine produit de longues déclarations qui ne sont pas suivies d’effet, ni appliquées », estime Solomon Dersso, analyste à l’ISS, « cela conduit à beaucoup de frustration ».

En marge du sommet, les dirigeants africains tenteront de faire pression sur le président sud-soudanais Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar pour qu’ils mettent fin au conflit entre leurs troupes respectives qui ravage leur pays, plus jeune nation du monde, depuis décembre 2013.

Malgré un an de pourparlers coûteux dans la capitale éthiopienne sous l’égide de l’Igad, organisation gouvernementale est-africaine, et plusieurs cessez-le-feu, combats et atrocités continuent au Soudan du Sud, où la situation humanitaire est catastrophique.

Les ONG ont demandé à l’UA de rendre public le rapport d’enquête sur les violations des droits de l’Homme dans le pays, dont les conclusions rendues en octobre 2014 n’ont toujours été adoptées par l’organisation.

Les dirigeants africains se pencheront aussi sur le rétablissement économique des pays touchés par le virus Ebola, qui a fait 9.000 morts en un an essentiellement au Liberia, en Guinée et en Sierra Leone, et dont l’épidémie semble avoir marqué une pause.

L’accession annoncée à la présidence tournante de l’UA de l’autocrate Robert Mugabe, 90 ans, au pouvoir depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980 et accusé d’avoir eu recours à la violence électorale pour asseoir son pouvoir, suscite d’ores et déjà l’inquiétude de plusieurs ONG.

Selon les observateurs, cette arrivée inévitable à la tête de l’UA marque le retour probable sur la scène internationale du président zimbabwéen, sous sanctions européennes et américaines, auteur régulier de diatribes anti-occidentales et fervent défenseur d’une Afrique autosuffisante, mais qui a plongé son pays dans une crise économique profonde.

 AFP