Quatre ans d’ambigüités et d’hésitations, basta ! Depuis qu’un soulèvement populaire généralisé contre l’ancien Président a été baptisé cyniquement « Révolution », que de crimes commis contre la nation en son nom, comme le terrorisme, dont les adeptes salafistes, rappelez-vous se réclamaient de cette « révolution », que de soubresauts du tribalisme primaire qui ont failli en finir avec l’Unité Nationale, que de grèves sauvages qui ont mis à genoux l’économie du pays, que d’idéologies passéistes qui ont failli nous imposer la charia. Le peuple tunisien a voté massivement aux dernières élections législatives et présidentielles pou un retour à l’Etat, au tout Etat ! Béji Caïd Essebsi lui-même, n’a-t-il pas été élu pour restaurer le prestige de l’Etat (Haybat al dawla), malmené par son prédécesseur ? Certes des centaines de milliers de citoyens ont voté pour Marzougui et Ennahdha, mais pas contre l’Etat et le retour à l’Etat ! Mêmes les plus excités parmi les « révolutionnaires » ont fini de lever le drapeau blanc et se sont résigné à accepter la volonté populaire ! Alors qu’attendent les nouveaux hommes et femmes portés au pouvoir par les urnes pour agir et agir vite.

Tout d’abord, il faut réparer la faute grave, commise lors de la célébration du 4ème anniversaire de la dite « révolution ». Ni le discours ambivalent du Président de la République, qui reflète à merveille le flou politique dans lequel nage l’équipe de Carthage, puisqu’il amalgame révolution et restauration de l’Etat pour se donner une double légitimité, ni la manifestation organisée à Carthage, sensée refléter le retour de la République et qui a fini dans une foire d’empoigne digne d’un marché de gros faisant de nous la risée de la presse mondiale, ne préfigurent un retour sérieux à l’Ordre Républicain. Seul, le Président de la République s’est montré digne en mettant fin, illico-presto, à cette mascarade. Le misérabilisme de certains médias a voulu transformer les chamailleurs en héros et en victimes. Qu’ils soient parents de victimes tombées sous des balles meurtrières ne fait pas d’eux pour autant des intouchables. Quelques soient leur peine, rien ne leur accorde le droit de fustiger la République, car qu’on le veuille ou non Carthage doit rester le symbole de l’Ordre Républicain. Les cérémonies à Carthage doivent rester solennelles ! Cela a été vrai du temps de Carthage, de la Tunisie romaine, musulmane, française et républicaine ou l’antre du pouvoir a toujours eu ses rites, ses fastes et ses règles protocolaires. La parenthèse du « marzouguisme », populisme de basse facture, doit être définitivement fermée. Celui qui ne respecte pas l’institution, ne respecte pas le peuple, par la volonté duquel elle existe, et ne mérite du coup aucun respect.

Mais cette frasque ne fait en réalité que refléter l’état de déliquescence dans lequel est tombé l’Etat tunisien. Elle n’en est que le signe révélateur. Or sans Etat fort et respecté, il n’y’à point de salut pour notre pays. Feu Habib Bourguiba l’avait compris dés la prise de contrôle des rouages de l’Etat par le Néo-Destour et, dans la pratique de la trilogie de l’emblème national, Liberté, Ordre, Justice (Hourriya, Nidham, Adala), il avait consacré la primauté de l’Ordre. Car, sans Ordre Républicain, il, n’y’à point de liberté ni de Justice. L’inverse n’est pas toujours vrai !

L’autre signe de cette déliquescence de l’Etat, la paralysie par un mouvement de grève subite et généralisée dans les moyens de transports publics, de tout un pays. Je ne blâmerai pas les syndicalistes qui ont prêché par trop de corporatisme, mais je pointe l’impuissance de l’Etat et du gouvernement à trouver une solution rapide pour secourir les citoyens frappés durement dans leur vécu quotidien. N’est ce pas le rôle de l’Etat d’assurer le fonctionnement normal du service public même en état de grève ? Où est le service minimum prévu dans les textes de loi ? Pourquoi a-t-on laissé pourrir la situation jusqu’à ce quelle devienne ingérable ? Où étaient les ministres des transports et des affaires sociales, avant et après le déclenchement de la grève sauvage? Pourquoi la cellule de crise ne s’était-elle pas réunie le jour même du déclenchement de la grève ? Tant de questions qui resteront sans réponse, même s’il est vrai que le Président du gouvernement s’est rattrapé à la fin et a annoncé des mesures draconiennes dans l’application de la loi. Il aurait du le faire dés le début et cela, on l’a vu a porté ses fruits.

La Tunisie qui a choisi la voie de la réforme, a tourné semble t-il définitivement la page, il est vrai, rocambolesque de la « Révolution ». Faut-il encore réparer les dégâts, tous les dégâts.