Son nom le prédestine à régner (Lion) et son prénom évoque un grand ami du peuple (Habib), mais, de son propre gré, il n’aurait jamais imaginé une carrière aussi fulgurante et prestigieuse. Un de ses anciens chefs hiérarchiques, le décrit pourtant comme un homme affable, courtois, des fois même amusant, presque apolitique, si ce n’était sa proximité avec un ancien ministre de l’intérieur, ancien gendarme « haras », qui a souvent été derrière sa propulsion graduelle vers le sommet de la hiérarchie administrative avant de se trouver après le tremblement de terre politique du 14 Janvier 2011 propulsé au devant de la scène politique, voire même au cœur de l’action politique lorsqu’il fût nommé par Béji Caîd Essebsi, alors premier ministre, comme ministre de l’Intérieur au moment où cette vénérable institution passait par le pire moment de son histoire après les purges à la stalinienne qui ont touché la crème de son élite. Il faut rappeler qu’à ce moment là, « les staliniens et les staliniennes » tenaient le haut du pavé et envoyaient « à la guillotine » tous ceux que leur vindicte désignait. La nomination de Habib Esside à la tête du MI, n’avait d’ailleurs pas fait l’unanimité à l’époque et les pseudo-révolutionnaires dont certains n’étaient que de simples et honorables correspondants de cette même boite ont toujours considéré que « c’était le retour de l’ancien régime », mais l’Histoire et l’évolution du pays leurs avaient infligés un démenti cinglant. N’empêche que c’est précisément son passage comme chef de cabinet du Ministre de l’Intérieur sous l’ancien régime et à la tête de ce ministère comme ministre sous le nouveau régime qui semblent faire de lui l’homme de la situation avec un pouvoir que n’avaient pas ses prédécesseurs, pour cause de nouvelle constitution. La Tunisie a besoin d’un Homme de l’Ordre et le cv de Habib Essid le désigne comme la personne idoine. Ses origines sahéliennes n’ont certainement rien avoir avec sa nomination, même si les deux personnalités qui l’ont proposé au nom de Nidaa au Président de la République, sont par hasard, elles aussi originaires du Sahel, mais ce sont ses états de service au sein du ministère de l’Intérieur qui ont plaidé sa cause, comme l’a d’ailleurs judicieusement déclaré le Président du Parlement. En Plus il est une des rares personnes à s’être toujours occupée, du temps même de Ben Ali, du dossier sécuritaire au côté de Mohammed Ghannouchi au premier ministère et qui a continué à détenir ce dossier sous le nahdhaouis Hammadi Jebali. Chose qui semble incroyable, il fût même proposé par le Front populaire (gauche) au poste de Président du Gouvernement pour remplacer un autre nahdhaoui Ali Laarayedh, au moment où la rue (les manifestants) demandait d’épurer l’administration et le MI des « infiltrés islamistes ». Conclusion, Habib Essid n’est pas aussi apolitique qu’il n’en donne l’air, il doit disposer de puissants soutiens.

A la veille de sa nomination, un acte aussi horrible que lâche, vient de secouer le pays, l’assassinat par « égorgement » d’un jeune officier de police par des terroristes salafistes et le principal égorgeur semble être un « imam » de la mosquée du quartier, très connu par les services de police et déjà arrêté et relaxé. Trop de laxisme ? Des voix s’élèvent déjà pour exiger la peine de mort pour les assassins, tandis que la police, à travers ses syndicats exige une loi anti-terroriste plus rigoureuse interpellant déjà le nouveau gouvernement dont Habib Essid a déjà pris la tête.

Le choix, de Habib Essid, pour diriger le gouvernement est d’abord un choix fait par Béji Caïd Essebsi. Le vieux routier n’a pas besoin d’un premier ministre qui lui ferait de l’ombre et qui soit tenté par Carthage, il a besoin d’un vrai apparatchik, comme ses prédécesseurs, Bourguiba et Ben Ali. En bon destourien et il l’avait toujours dit et répété, nonobstant les légalistes, le pouvoir ne se partage pas. A la Présidence, un vrai gouvernement composé de ses hommes les plus sûrs est déjà à l’œuvre. La Tunisie a besoin d’agir avec toutes ses forces contre le terrorisme et en optant pour un profil sécuritaire, pour diriger le gouvernement, B.C.E, adresse un message fort à tout le monde. La bataille contre le terrorisme est la clef de la réussite, tant sur le plan politique, qu’économique, que social. Tentation sécuritaire ne rime pas toujours avec tentation totalitaire. De toute façon le totalitarisme fait désormais parti du passé de la Tunisie. C’est le chaos et l’anarchie qui sont installés sur notre frontière sud ; cela ne justifie-t-il pas de nommer « un Lion » ?