Me voilà à Munich de nouveau !…Comme j’aime cette ville où j’ai mûri intellectuellement, et où j’ai écris les œuvres qui m’ont permis d’être l’écrivain que j’ai souhaité être, alors que je n’étais qu’un jeune homme errant dans la campagne kairaounaise et dans les rues de Tunis n’ayant que des rêves et des hallucinations rimbaldiennes!

Je suis au café Thélos, petit café qui garde de nombreux souvenirs de mon passé bavarois. Noelle, belle actrice blonde, et svelte, y travaille comme serveuse 3 jours par semaine. Les solitaires comme moi aiment boire leur verre tout en la regardant se déplacer entre les tables avec la légèreté d’un ange. Je lui parle de William Buttler Yeats, mon poète préféré en ces temps d’angoisse, de détresse, et d’attente. Il est mort à Menton, en France, loin de son pays natal l’Irlande, par une journée de froid et de neige, le 28 janvier 1939. Je récite à Noelle ces vers de lui:

Or bien que vieilli de voyages Par basses terres et hautes terres Je trouverai où elle se cache
J’aurai ses lèvres, prendrai ses mains et j’irai le long des longues herbes mures cueillant jusqu’au bout du temps et des temps les pommes d’argent de la lune les pommes dorées du soleil.

Je lui parle de son amour fou pour la célèbre militante Maud Gonne qui avait pour lui la grandeur et la beauté d’une Déesse. Je vais le lire! réplique Noelle, avec un sourire comme la lumière d’un jour de printemps à Hammamet.

Mon vieil ami Harald s’installe à coté de moi. Ce sont les beaux livres qui ont scellé notre amitié. Au début de mon séjour à Munich, il m’avait aidé à découvrir des auteurs allemands qui m’étaient inconnus. Robert Walser est l’un d’eux. J’ai adoré son roman: «Promenade » où il fait l’éloge de la marche, son sport préféré. Il a passé plus que la moitié de sa vie dans un asile psychiatrique. Un jour, il s’enfuit de l’hôpital ; quelques heures après, il a été trouvé mort enveloppé par la neige qui tombait à flots ce jour-là! C’était le 25 décembre 1956.Il avait 78 ans.

Nous abordons le nouveau roman de Houellebecq: «Soumission » qui vient d’être distribué dans les librairies allemandes par des centaines de milliers. Je dis à Harald que les islamistes radicaux, sans en prendre conscience, rendent d’énormes services à leurs «ennemis » en leur permettant de jouir d’une célébrité que peut être, ils ne méritent pas. C’est le cas de Houellebecq qui excelle dans la provocation, mais qui abonde dans les clichés. Part «Les particules élémentaires » qui m’a vraiment plu, je trouve ses autres romans trop «construits », et trop provocateurs et donc peu intéressants du point de vue artistique et littéraire. J’ai ajouté que les auteurs français d’aujourd’hui, les romanciers essentiellement, m’assomment avec leur lourdeur, et leur volonté de se faire du mal, et faire mal aux autres.

Pour cela, je suis resté classique dans mes goûts littéraires. Relire Flaubert, Céline, Gide, Proust, Camus, Yourcenar, Duras, m’est largement suffisant.

Il est 9h du soir!

Je quitte le café Thélos et je regagne l’appartement de celle qui m’a offert l’hospitalité. Je bois encore quelques verres en sa compagnie en écoutant des morceaux de jazz du bon vieux temps. Vers 11h du soir, je m’installe au lit ayant en tête une phrase de Zola où il disait: « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel! »

Avant de dormir, j’ai souhaité que Mr.Jebali, le sixième Calife, qui nous menace de Daech, arrive à déchiffrer le sens de cette phrase, lui qui peine à prononcer lisiblement ses mots !