Il faisait très froid à Munich, ce jour de dimanche 11 janvier 2015. Mais cela n’a pas empêché des milliers de personnes de se rassembler à la belle place de l’Odéon pour manifester leur solidarité avec les victimes du massacre de Charlie hebdo. C’était émouvant de voir des enfants, des vieilles femmes, des hommes de différents âges défier le grand froid, et venir à cette place pour exprimer leur douleur et leur consternation. Aucun signe de deuil, ou de colère, ou de haine. C’était plutôt l’atmosphère d’une fête marquée par la chaleur humaine, la joie de vivre, ainsi que par cette «terrible beauté » dont parle le grand W.B.Yeats dans son poème célébrant les victimes irlandais de la révolte de Pâques 1916: « Tout est changé, entièrement changé / Une terrible beauté est née ». Tous les orateurs disaient presque la même idée: «Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme ».On ne pleurait pas les victimes, mais à leur mémoire, on chantait, et on récitait des poèmes de Heine, de Brecht, de Neruda, de N.Hikmet, et d’Eluard:

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer Liberté.

Tout d’abord, il faudrait dire que le radicalisme islamiste a commencé à agiter l’Allemagne qui compte 8 millions de musulmans, depuis de longues années. Les groupes de l’extrême droite, les néo Nazis , et les skinheads aux crânes rasées ont toujours exploité ce radicalisme en leur faveur incitant la société allemande à faire face au « péril islamiste », et le gouvernement à fermer les portes du pays devant les émigrés et les demandeurs d’asile dont le nombre augmente de jour en jour à cause des guerres qui ravagent l’Irak, la Syrie, la Libye, l’Afghanistan, ainsi que d’autres pays africains où sévissent la misère et les dictatures. Au cours des derniers mois de l’année 2014, un mouvement anti-islam a vu le jour dans la ville de Dresdes, capitale de la Saxe à l’Est de l’Allemagne. Il s’agit de Pegida, mouvement de « Patriotes européens contre l’islamisation de l’occident. Le porte parole de ce mouvement est Lutz Bachman, un repris de justice qui a été condamné à trois ans et demi de prison pour divers crimes. Chaque lundi, le dit mouvement organisait une manifestation à laquelle participait des milliers de personnes ralliées à ses idées anti-islam. En peu de temps, le Pegida a réussi à étendre son influence organisant des manifestations rassemblant 20.000 personnes, et touchant « un point sensible » de la société allemande, c’est à dire les victimes de la réunification qui a coûté cher au pays. Vers la fin de l’année 2014, tous les partis politiques, les syndicats, les associations civiles, les dignitaires religieux, protestants et catholiques, avaient commencé à s’inquiéter réellement de ce mouvement qui nuit à l’image de l’Allemagne, et incite ouvertement à la haine raciale, et à l’intolérance. A plusieurs reprises, la chancelière Angela Merkel avait intervenu pour dénoncer les dérapage de ce mouvement, et critiquer vivement son islamophobie, défendant une Allemagne « ouverte sur le monde et tolérante et pour la liberté d’expression et la liberté religieuse ».

Le Pegida a considéré l’attentat contre Charlie Hebdo comme une occasion en or pour enfoncer le clous, et toucher au vif ceux qui dénonçaient du bout des lèvres le radicalisme islamiste. Le lundi 12 janvier 2015, devant 25.000 sympathisants de son mouvement, Lutz Backman avait déclaré: «Les islamistes contre lesquels le Pigeda met en garde depuis plus de douze semaines ont aujourd’hui montré en France qu’ils ne sont pas justement mûrs pour la démocratie et que la mort et la violence constituent pour eux des solutions. Mais nos responsables politiques veulent nous faire croire le contraire. Est-ce qu’il faut qu’une telle tragédie se répète en Allemagne? ».

Le même jour, prenant à son compte une phrase du président de la république Christian Wullf qui avait provoqué un tollé en Allemagne, la chancelière Angela Merkel avait déclaré alors que l’islam fait partie de l’Allemagne, et que le gouvernement doit faire tout pour que l’intégration réussisse!