(Ambiguïtés tunisiennes – première partie – 1/3)

Ecartons les commentaires « gentils » à propose des dernières élections, de novembre et décembre 2014 ainsi que les analyses, du genre, tout le monde est beau, tout le monde est gentil, et du « miracle tunisien » ainsi que celle qui parle de « l’exception » tunisienne. Le vrai, dans ce genre de flots, réside dans le mal qui y couve. Je veux parler de cette capacité inouïe que nous avons, nous autres tunisiens, à ne pas trancher, à ne pas clarifier les choses, les intentions et la vérité des projets. La vraie question qui demeure après ces élections est : La Tunisie a-t-elle écarté définitivement l’alternative islamiste ? Est-ce la culture, l’Histoire ou la Géographie, qui font que nous soyons les champions des demi-mesures historiques et des ambigüités politiques ?

Même, « la révolution » de Janvier 2014, s’est réalisée sans projet et sans programme précis. Les tunisiens ont exprimé à travers elle, le rejet de l’autocratie et de l’autoritarisme politique, mais ont placé au pouvoir aux premières élections qui ont succédé à cette « Révolution » un parti à projet totalitaire évident et ne l’ont rejeté que partiellement lors des élections de 2014. Cela nous pousse à nous interroger sur le sens de ce « processus révolutionnaire » et sur son contenu. L’évènement « Révolution » lui-même est sujet à interrogations. Certains y voient la petite fille de la «révolution française de 1789 » ou de celle, russe de 1917, d’autres une cousine de celle de l’Iran de 1979, d’autres n’y voient qu’une révolte ou une simple insurrection ou tout autre type de schémas d’analyse.

Les ambigüités de l’analyse de la « révolution du jasmin » viennent allonger la liste des évènements historiques non encore élucidés, tels, la crise youssefiste, la tentative du coup d’Etat de 1962, la crise de 1969, l’éphémère union tuniso-libyenne… Retournons aux élections de 2014, où l’ambigüité est tridimensionnelle :

I- Ambigüités idéologiques

Contrairement, à une lecture très répandue, il n’existe point dans le paysage idéologique tunisien de vrais clivages. Nous faisons face à des discours sur le clivage et non à des clivages réels. D’ailleurs, à part quelques groupuscules minoritaires, peu d’acteurs affichent une appartenance idéologique claire et assumée à des filiations idéologiques affirmées. En effet, les partis, les journaux, les organisations politiques appartiennent tous à des constellations idéologiques floues, aux frontières vagues : (Islamisme, marxisme, nationalisme..) et ne cherchent pas à en clarifier les contours. Pourquoi ? Est-ce par faute de combattants idéologiques (absence d’idéologues) ou par simple opportunisme calculateur ?

En plus de la grave crise des dogmes et des idéologies (libéralisme, islamisme, communisme), les deux éléments de réponses évoqués, favorisent, avec d’autres, un début de réponse à notre question. Avant 2011, il était compréhensible et acceptable, clandestinité et autocratie, obligent, de voiler son appartenance ou son affiliation idéologique, par contre aujourd’hui, la liberté de pensée et d’expression étant acquise, rien ne justifie plus une telle attitude et ce jeu de cache-cache idéologique auquel se livrent nos intégristes islamistes qui veulent se faire passer pour des modernistes, des libéraux , nos communistes qui veulent se faire passer pour des ultra-démocrates et nos libéraux qui veulent se faire passer pour des socialistes. Il y’a même des hommes d’affaires qui veulent se faire passer pour des mécènes et des militants politiques, ainsi que des politiciens pour des activistes associatifs.. Où est la vérité dans tout cela ?

La vérité est que les mouvements idéologiques tunisiens se caractérisent pour deux traits fondamentaux :

1- Le faible ancrage idéologique, produit d’une connaissance médiocre du corpus de l’idéologie à laquelle ils adhèrent ou (leur adhésion). Cette remarque est valable pour le courant islamiste et encore plus pour le courant marxiste.

2- Le grand penchant des chefs des mouvements idéologiques tunisiens à faire de leurs idéologies le cache-misère de leurs faiblesses tant sur le plan théorique que philosophique et une attrape tout intellectuelle pour de nouveaux convertis. A ces deux caractéristiques, s’ajoute un facteur de fond. Il s’agit de ce qu’un sociologue marxiste qualifie de « l’air du temps », qui n’est plus favorable à la réception des « idéologies formées » qui n’ont enregistré que des défaites et des démentis dans l’histoire humaine récente.

(à suivre)